CHAPITRE VII
Souverain et ses sujets, c'est vers cette administration que se tourneront nos premiers soins et notre première étude. Nous étant fait rendre compte de l’état actuel des recettes et des dépenses, nous avons vu avec plaisir qu’il y avait des fonds certains pour le paiement des arrérages et intérêts promis et des remboursements annoncés et, considérant ces engagements comme une dette de l’État et les créances qui les représentent, comme une propriété au rang de toutes celles qui sont confiées à notre protection, nous croyons de notre premier devoir d’en assurer le paiement exact. Après avoir ainsi pourvu à la sûreté des créanciers de l’État et consacré les principes de justice qui feront la base de notre règne, nous devons nous occuper de soulager nos peuples du poids des impositions, mais nous ne pouvons y parvenir que par l’ordre et l’économie. Les fruits qui doivent en résulter ne sont pas l’ouvrage d’un moment et nous aimons mieux jouir plus tard de la satisfaction de nos sujets que de les éblouir par des soulagements dont nous n’aurions pas assuré la stabilité. Il est des dépenses nécessaires qu’il faut concilier avec la sûreté de nos États; il en est qui dérivent de libéralités susceptibles peut-être de modération, mais qui ont acquis des droits dans l’ordre de la justice par une longue possession et qui, dès lors, ne présentent que des économies graduelles. Il est des dépenses qui tiennent à notre personne et au faste de notre Cour; sur celles-là, nous pourrons suivre promptement le mouvement de notre cœur et nous nous occupons déjà des moyens de les réduire aux bornes convenables. De tels sacrifices ne nous coûteront rien, dès qu’ils pourront tourner au soulagement de nos sujets; leur bonheur sera notre gloire et le bien que nous pourrons leur faire sera la plus douce récompense de nos soins et de nos travaux.
Voulant que cet édit, le premier émané de notre autorité, porte l’empreinte de ces dispositions et soit comme le gage de nos intentions, nous nous proposons de dispenser nos sujets du droit qui nous est dû à cause de notre avènement à la Couronne; c’est assez pour eux d’avoir à regretter un Roi plein de bonté, éclairé par l’expérience d’un long règne, respecté dans l’Europe par sa modération, son amour pour la paix et sa fidélité dans les traités. A ces causes...
Donné à la Muette le 20 mai 1774; enregistré le 30 mai, au Parlement de Paris.
Cet édit fut accueilli avec une rare faveur, on le célébra en prose et même en vers :
LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE
Ce qu’on nomma, dans tous les temps Joyeux avènement ne fut, à le bien prendre,
Qu’un hommage forcé qu’en beaux deniers comptant.
Joyeux alors ou non les sujets devaient rendre Au Prince qui montait au trône des Français.
Louis nous en dispense, il dédaigne l’hommage Qui des vrais sentiments n’est que la fausse image Et le veut libre et pur. II veut, par ses bienfaits.
Du règne de Titus faire briller l’aurore Et, sans en perdre aucun, se livrer chaque jour Au doux plaisir d’aimer un peuple qui l’adore Et de lui prouver son amour.
L’édit de la Muette fut répandu partout^ Il fut suivi d’autres mesures d’économie.
Le 23 mai, Louis XYI rendit un édit par lequel, « voulant toujours soulager ses peuples et épargner les frais et déchets auxquels une refonte générale des espèces donnerait lieu et tomberait à la charge de ses sujets, il ordonnait que la fabrication des espèces d’or et d’argent soit continuée, aux mêmes poids, titres et remèdes portés par l’édit de 1729 et suivants, sans aucun changement, et que les espèces fabriquées au coin du feu Roi continuent d’avoir cours concurremment avec celles qui seront frappées à son propre coin et armes ».
Le Roi décida également qu’il y aurait lieu de diminuer les dépenses de luxe de la Cour : menus plaisirs, spectacles, chasses, écurie, table, etc. Marie-Antoinette avait déjà pris l’initiative de ne plus faire servir qu’une seule table, commune au Roi, à la Reine, aux comtes et comtesses de Provence et d’Artois.
1. On en lit môme une édition illustrée que Beaublé avait gravée d’après Voysard.