CHAPITRE VII
Louis XVI décida que les portes du bois de Boulogne, toujours fermées durant les séjours de Louis XV à la Muette, resteraient ouvertes au public. La Reine y allait à pied ou à cheval, sans garde, accueillant chacun avec affabilité et recevant, de sa propre main, tous les placets.
« Il y avait eu, lit-on, dans les Mémoires de Croy^, des promenades charmantes, dans le bois de Boulogne, tandis qu’ils étaient à la Muette. Un de ces jours que le temps était superbe, tout Paris y accourut. Le Bois était plein.... La Reine, jolie comme le jour et remplie de grâce, y vint à cheval, qu’elle menait supérieurement. Elle rencontra le Roi qui se promenait à pied, au milieu de tout son peuple et qui avait renvoyé ses gardes, ce qui avait beaucoup plu. Elle se jette à bas, il court à elle et l’embrasse au front. Le peuple bat des mains. Sur quoi le Roi lui applique deux bons baisers. Alors les claquements de mains se communiquent et les plus éloignés faisant de même, devinant l’objet, l’amour s’étend et tout le bois retentit d’acclamations. On m’a assuré que c’était une des scènes les plus touchantes qu’on ait vues et d’autant plus qu’il y avait bien du temps que la Nation n’avait pu dilater son cœur tendre. »
Au bout de cinq semaines de séjour, la Cour partit pour Marly et Compiègne; mais, tous les ans, en mai, le Roi revint à la Muette, comme faisait déjà son prédécesseur, lors de la revue des gardes françaises et suisses, dans la plaine des Sablons. Il descendait, la veille, au château, et se rendait sur le terrain de manœuvres, par le Bois, qui.
i. Croy, Mémoires, III, p. 125.
LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE
avec la porte Maillot, offrait le seul chemin direct, large et ombragé. Une voyageuse anglaise a noté les impressions qu’elle rapporta d’une de ces revues à la date du 6 mai 1784 :
« Aujourd’hui, grande revue dans la plaine des Sablons. Temps splendide et affluence énorme, aucune distinction
de rang ou de condition Sa Majesté, ainsi que le comte
d’Artois, assez gros tous les deux, étaient fort peu à leur avantage, avec leurs habits garnis de dentelles. Suivis d’une foule énorme, ils n’atteignirent qu’avec les plus grandes difficultés une des portes du bois de Boulogne, où les attendait leur carrosse, pour les ramener à Versailles. Apercevant le duc de Choiseul, qui se trouvait à cette porte, le Boi s’en approcha, pour causer familièrement avec lui. Il lui dit que cette plaine sablonneuse l’avait presque aveuglé et qu’il était content de trouver son carrosse prêt.... Mais, au moment de passer par la seconde porte, on s’aperçut qu’on en avait perdu la clef. Ces messieurs se mirent alors tous à l’ouvrage et, aidés du second postillon, réussirent à enlever la porte hors de ses gonds. Le Roi et son frère semblaient fort s’amuser de cette aventure h »
Le 6 mai 1777, l’Empereur Joseph II qui se trouvait en France, assista à cette revue. « 11 dîna à la Muette, y monta à cheval avec le Roi et le suivit, toujours derrière et comme dans la foule; il était absolument seuU. »
Ce fut au retour d’une de ces solennités qu’un homme