CHAPITRE VIII
mise en vente de la Muette; cette loi fut sanctionnée par le Roi, le 17 du même mois. Le conseil général de la commune de Passy décida, par une délibération du 27 mai 1791, d’en faire l’acquisition, mais il ne put réunir les fonds nécessaires et il dut y renoncer.
En attendant, comme de sérieux dégâts étaient commis au bois de Boulogne, la municipalité de Paris décida d’établir, à la Muette, un piquet de cavalerie. Bailly écrivit, le 13 janvier 1791, à La Fayette, qui prit aussitôt les mesures nécessaires et fît envoyer seize cavaliers à la Muette. Les officiers municipaux de Passy trouvèrent trop lourde la charge d’entretien de ces soldats et ils réclamèrent une indemnité de six cents livres, en même temps que la fourniture de vingt-quatre fusils.
Cependant la Révolution devenait, chaque jour, plus violente. Ce n’est pas ici le lieu de raconter cette lamentable histoire. On rappelle seulement que la Convention, se constituant à la fois accusatrice et juge, osa traduire à sa barre le Roi de France. Louis XVI était accusé d’avoir conspiré contre la liberté de la Nation et d’attentat contre la sûreté générale de l’Etat. Dans un scrutin, auquel prirent part 721 membres et où le chiffre de la majorité était, par conséquent, de 361, il se trouva précisément 361 membres qui, les uns par scélératesse, les autres par lâcheté, votèrent la mort immédiate. On voudrait pouvoir oublier que l’un de ces régicides était Philippe d’Orléans, alors baptisé du nom de Philippe-Egalité. Parmi ceux qui se rendirent les auteurs de l’exécrable forfait du 21 janvier, qui a couvert leur mémoire d’une tache aussi ineffaçable que celle de Lady Macbeth, beaucoup devinrent les vils flatteurs de
LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE
Napoléon. Après avoir condamné Louis XVI comme tyran, ils se prosternèrent devant l’Empereur, mendiant des titres de noblesses, des cordons, des emplois, des faveurs de toute sorte L
Là ne s’arrêtèrent pas les misérables auxquels la France était livrée. Marie-Antoinette fut traduite devant le tribunal révolutionnaire. Le jury, devant lequel comparut la Reine de France, était composé d’un luthier, un chirurgien, un perruquier, un peintre, un charpentier, un chapelier, etc.
L’acte d’accusation, dans lequel on avait eu l’infamie d’incriminer les rapports de la Reine avec le Dauphin, en des termes qui, suivant une expression de Saint-Simon, « font dresser les cheveux sur la tête », ne contenait, en réalité, que des insinuations. On accusait Marie-Antoinette d’avoir dilapidé les deniers de l’État, d’avoir demandé communication de certains documents relatifs à l’armée, etc.
Qu’on lise le procès, qu’on le lise avec soin, et l’on se convaincra que dans ce flux de déclamations et de niaiseries, rien n’a pu se prouver. La condamnation à la peine de mort n’en fut pas moins prononcée. L’exécution eut lieu, le 26 octobre 1793. Marie-Antoinette, dit un contem-
1. L’auteur d’un ouvrage récemment publié a établi soigneusement la statistique que voici : Sur les 387 régicides, chilîre qui comprend non seulement les 361 qui ont voté la mort immédiate, mais aussi ceux qui l’ont votée avec sursis, 42 sont morts sur l’échafaud ou de mort violente et l’on compte 52 exilés ou disparus; il en resta donc 293. Environ 10 furent auxiliaires de Bonaparte, au 18 Brumaire, 47 sont entrés dans la magistrature, 38 dans les préfectures ou sous-préfectures, 73 dans divers ministères : inspecteurs des forêts, commissaires de police, receveurs généraux, percepteurs, consuls, greffiers, archivistes, en tout 168 dans les fonctions publiques, 67 ont adhéré à l’Empire comme maires, conseillers municipaux, etc. En résumé 235 sur les 293 se rallièrent à l’Empire. En 1815, 206 régicides vivaient encore, 153 furent bannis, mais plusieurs furent graciés ou excusés. En 1830, il en restait 70 et en 1852 un seul, Thibaudeau, qui mourut en 1854. (P. Bliard, les Conventionnels régicides.)