CHAPITRE VIII
porain, conserva, en chemin une tranquillité féroce^. En fait, l’infortunée Souveraine, soutenue par sa foi ardente, fut, jusque la fin, pleine de courage et de dignité.
Ce fut, bientôt après, le tour de Mme Du Barry. Autorisée par Louis XVI à revenir habiter Louveciennes, où elle avait eu l’honneur de recevoir, en 1777, la visite de Joseph II, voyageant en France, elle y avait vécu en compagnie du duc de Cossé-Brissac, son amant. Brissac avait été massacré à Versailles, en septembre 1792, beaucoup de ses autres amis avaient émigré. Pour secourir plusieurs d’entre eux, qui s’étaient rendus en Angleterre, elle partit pour Londres, sous prétexte de retrouver des diamants volés; elle y retourna même jusqu’à quatre fois. Dénoncée par un misérable nègre, Zamore, qu’elle avait comblé de ses bienfaits et par un intrigant anglais, nommé Greive, fixé à Louveciennes, elle fut arrêtée et traduite, le 19 novembre 1793, devant le tribunal révolutionnaire. Elle y comparut, le 6 décembre 1793. Après avoir donné lecture de l’acte d’accusation^, l’accusateur public Fouquier-
1. Le juré Trinchard écrivait ; « J’ai été un des jurés qui ont jugé la bète féroche qui a dévoré une grande partie de la république, celle que Ion califîait si devin de raine ».
2. Voici le texte de cet extraordinaire document : « Fouquier expose : Que les plaies mortelles et profondes qui avaient mis la France à deux doigts de sa perte, avaient été faites à son corps politique bien des années avant la glorieuse et impérissable révolution qui dois nous faire réjouir des maux cuisants qui l’ont précédés puisqu’elle nous a délivré pour jamais des monstres barbares et fanatiques, qui nous tenaient enchaînés sur l’héritage de nos pères, que, pour prendre une juste idée de l’immoralité de l’accusée Dubarry, il faut jeter un coup d’œil rapide sur les dernières années pendant le cours desquelles le tyran Louis XV® du nom a tyrannisé l’univers en donnant la surintendance de ses honteuses débauches à cette célèbre courtisane, qu’en 1769, ce Sardanapale moderne se trouvant blasé sur toutes les jouissances qu’il avait poussées à l’excès dans le parc aux Cerfs, sérail infâme où fut consommé le déshonneur d’une foule de familles honnêtes, s’abandonna lâchement aux vils complaisants qui l’en-
LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE
Tinville reprit la parole, il répéta les noms de Laïs et de Messaline et les accusations d’avoir conspiré avec les tyrans, les nobles et les prêtres contre la République et il conclut à la peine de mort contre Jeanne Du Barry cidevant courtisane.
On posa deux questions au jury :
1® Est-il constant qu’il a été pratiqué des machinations avec les ennemis de l’Etat?
2® Jeanne Du Barry, ci-devant courtisane, a-t-elle été complice ou auteur de ces machinations?
La réponse ayant été affirmative, le tribunal prononça la peine de mort, et la sentence fut exécutée, le 17 janvier 1794. Un témoin de cette scène en a retracé les détails : « J’entendis des cris déchirants. Une femme était sur cette charrette que Barrère appelait la bière des vivants. Sa figure, son attitude, ses gestes exprimaient le désespoir arrivé au plus haut paroxysme.... Au nom du ciel, s’écriaitelle, au milieu des sanglots et des larmes, sauvez-moi ! Je n’ai jamais fait de mal à personne, sauvez-moi! La frayeur délirante de cette malheureuse femme produisait une telle impression, parmi le peuple, qu’aucun de ceux
touraient pour éveiller ses feux mal éteints, qu’un de ses odieux complaisants ayant fait la connaissance d’un ci-devant comte Du Barry, noyé de dettes et le plus crapuleux libertin eut occasion de voir chez lui sa maîtresse qui n’était passée dans ses bras qu’après avoir fait un cours de prostitution... que le ci-devant Du Barry proposa à ce complaisant de lui céder la Vaubernier, s’il parvenait à la faire admettre au nombre des sultanes du crime couronné, que cette créature éhontée parvint à prendre l’empire le plus absolu sur le faible et débile despote. Bientôt des fleuves d’or roulèrent à ses pieds, les pierreries les plus précieuses lui furent données avec profusion.... Les ministres, les généraux et les ci-devant princes de l’Église furent nommés ou culbutés par cette nouvelle Aspasie et tous venaient bassement faire fumer l’encens à ses genoux.... Que, pour ne pas effaroucher la pudeur, l’accusateur public ne soulèvera pas le voile qui doit couvrir à jamais les vices effroyables de la Cour. •