CHAPITRE VIII
qui étaient venus pour insulter à ses derniers moments
ne se sentit le courage de lui adresser une parole d’injure
Pondant toute la route, elle continua à pousser les mêmes cris. Arrivée à l’échafaud, il fallut user de violence et ses derniers mots furent : Grâce! grâce! M. le bourreau, encore une minute, M. le bourreau! ^ »
La Révolution devait faire encore une victime, parmi les habitants de la Muette. Ni l’âge, ni le sexe, ni l’illustration, ni l’obscurité ne mettaient à l’abri de ses coups. Après la Reine, après la favorite de Louis XV, ce fut l’humble concierge du château qui porta sa tête sur l’échafaud. L’histoire de cette dernière est assez curieuse.
Le 21 janvier 1747, dans la chapelle du château de Longj)ré, Catherine du Ruisson, lîlle du seigneur de Longpré et d’Irène de Séran épousait Charles- François Filleul, commissionnaire en vins, lils de Jacques Filleul, marchand à Falaise. Aussitôt après le mariage, Filleul vint se fixer à Paris, où il s’installa dans un appartement de la rue du Mail; sa femme, qui était d’une beauté rare, fut signalée à Louis XV ^ Cela valut, de suite, au mari un emploi dans les domaines royaux, puis la place assez lucrative de concierge de la Muette L
Plusieurs enfants naquirent à d’assez longs intervalles : d’abord, le 15 juillet 1751, Marie-Françoise-Julie, puis deux
1. Arlicle de la Nouvelle Minerve^ Souvenirs de la Révolution. — Wallon, le Tribunal révolutionnaire, vol. II.
2. Dufort de Gheverny, Mémoires, I, p. 323. — Fleury, Louis XV intime, p. 305. — Marinontel, Mémoires d'an père, etc. — Archives Nationales, W, p. 431, 1)07, pièces 51 et 97.
3. Par une coïncidence assez curieuse, les fonctions de portier de la Muette avaient été conllées, le 18 janvier 1707, à Jérôme de Flahaut, sieur de la Billarderie, qui remplaçait P. Monuerot.
LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE
garçons, enfin, le 14 mai 1761, Adélaïde. x\I. Filleul paraît avoir été d’une rare discrétion, car les registres paroissiaux qui constatent les baptêmes de ces enfants portent invariablement ces mots : })ère absent, Marie-Françoise - Julie-Constance, aînée des filles, épousa en janvier 1767, le Marquis de Marigny, frère deMmedePompadour. Quelques mois plus tard, Mme Filleul mourait. Adélaïde restée orpheline, sortit du couvent, à seize ans. Reçue chez son beaufrère, au château de Ménars, elle y rencontra M. de Flahaut, qui s’éprit d’elle et demanda sa main.
Alexandre-Sébastien de Flahaut de la Billarderie, comte de Flahaut, né à Nesles, près Beauvais, le 18 janvier 1726, avait conquis tous ses grades dans l’armée du Roi, et s’était distingué pendant la guerre de Sept Ans. A cinquante ans, il était maréchal de camp et enseigne des gardes du corps. Au moment où il épousait .Mlle Filleul, il avait cinquante-trois ans, sa fiancée en avait dix-huit.
C’était, a dit sa jeune épouse, « un vieillard gouteux, se traînant appuyé sur deux personnes, qui avaient peine à le soutenir et, s’il n’avait pas eu l’air très soulîrant, son extrême parure l’aurait rendu bien ridicule ». Toutefois, ses manières étaient exquises et sa politesse extrême. Mme de Genlis disait qu’il joignait à une honnêteté parfaite un caractère original.
Le mariage fut célébré, en l’église Saint-Jacques-du- Haut-Pas, le 30 novembre 1779. Flahaut n’avait aucune fortune et vivait d’une petite pension, que le Roi lui avait accordée grâce à son troisième frère, qui portait le titre de comte d’Angiviller et qui était surintendant des bâtiments royaux; il obtint un petit logement au Louvre. Parmi les