‹ Le château de la MuetteChapitre 138 sur 181 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

amis qui ne tardèrent pas à entourer Mme de Flahaut, se trouvait un jeune abbé qui, dès 1785, devint plus qu’un ami. Le 21 août 1785, M. de Flahaut, qui n’avait pas encore d’enfant devint père d’un fils : Charles-Joseph. Le comte d’Angiviller écrivait alors : « un enfant qui, joint à la certitude quil ne ni est rien, a le tort d’être le fils d’une femme pour laquelle mon mépris est sans bornes ». Quoi qu’il en soit, M. de Flahaut continua à vivre auprès de sa femme. De son côté Talleyrand continua à fréquenter leur salon ^ et il ne tarda pas à devenir le commensal de la maison, au point que, sans même prendre l’avis de M. de Flahaut, il finit par s’inviter à dîner, tous les soirs. D’autre part, Mme de Flahaut assistait à toutes les fêtes que Talleyrand donnait, dans son hôtel de la rue Saint-Florentin, au grand scandale du comte d’Angiviller, beau-frère de Mme de Flahaut ^

En 1788, Flahaut fut nommé intendant des jardins du Roi, en remplacement de Buffon : c’était un moyen qu’employait d’Angiviller, pour lui assurer un traitement

1. Je vais au Louvre, dit Gouverneur Morris, dans son journal. L’Évéque est chez Mme de Flahaut. Il a demandé à dîner avec son fils : c’est bien un dîner de famille. 11 s’en va et je dis à Mme de Flahaut, mon regret d’avoir interrompu une belle scène.

2. Dans ses lettres à la comtesse de Neuilly, d’Angiviller revient souvent sur l’impudeur de M. d’Autun, la légèreté de Mme de Flahaut et le malheur qu’a Leur enfant de leur appartenir. 11 résulte de ceci que Charles de Flahaut, légalement fils de M. de Flahaut et petit-fils de M. Filleul, était en réalité fils de Talleyrand et petit-fils (par sa mère) de Louis XV. 11 fut lui-même le favori de la reine Hortense et le père d’un enfant qui, déclaré à l’état civil sous le nom de Demorny, devint, sous le règne de son frère utérin Napoléon III, duc de Morny. Marié plus tard à la baronne Keith, il eut deux filles : la marquise de Lansdovvne et la marquise de Lavalette. L’aîné de ses petits-fils, a été vice-roi des Indes, secrétaire d’État des Affaires étrangères et est actuellement leader du parti unioniste, à la Chambre des Lords; le second, lord Fitzmaurice a fait partie du cabinet libéral de M. Asquith.

LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE

de douze mille livres; les fonctions furent d’ailleurs remplies par Thouin, Daubanton et Lacépède. Mais, en 1790, l’Assemblée nationale suspendit les pensions, puis elle réduisit les traitements : il fallut emprunter de l’argent à Gouverneur Morris et à d’Angiviller. A la fin de 1791, M. de Flahaut fut révoqué; tous les amis fuyaient, Mme de Flahaut finit par suivre leur exemple et elle partit pour l’Angleterre. Flahaut demeuré en France fut guillotiné, en 1793. Sa veuve épousa plus tard le baron de Souza ^

Filleul, le père, aux yeux de la loi, de Mme de Marigny et de Mme de Flahaut eut, sur le tard, la fantaisie de se remarier^. Le 22 septembre 1776, il épousa Mlle Bocquet.

Anne-Rosalie Bocquet était fille d’un marchand de curiosités, établi rue Saint-Denis, vis-à-vis de la rue de la Grande-Truanderie. A l’âge de quinze ans, elle commença à suivre les cours de dessin et de peinture de Doyen, puis de Briard. Ce fut là qu’elle connut Elisabeth Vigée, avec laquelle elle se lia de la plus solide affection. Admises dans l’atelier de Joseph Vernet, les deux amies y firent la connaissance de Félicité Vernet, qui entra dans leur intimité.

En 1776, Elisabeth Vigée épousa le marchand de toile Lebrun; l’année suivante. Félicité Vernet épousa l’archi-

1. Sur la vie de Mme de Flahaut, Lescure, Rivarol. Mme de Rém\isa.t, Lettres, vol. I. — Forneron, Histoire des émigrés. — Sainte-Beuve, Portraits de femmes. — Lolliée, le Duc de Morny, etc.

2. Dans le volume qu’il a consacré à Mme de Souza, M. de Maricourt dit que le père de Mmes de Marigny et de Flahaut était mort peu après sa femme et qu’absolument ruiné, il s’était tué, en face même de l’hôtel de son gendre, sur la place Vendôme. L’époux de Rosalie Bocquet aurait été Louis Filleul, dit aussi Filleul de Bené, garçon de la chambre du Roi, fils de Thomas Filleul, concierge du château royal de Choisy-le-Roi et deux fois veuf.

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