Archives Nationales, 0‘, carton
LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE
duchesse de Rohan avait été exemptée par elle du port du tablier traditionnel et autorisée à s’asseoir, même en présence des princes. La Reine la comblait éfi^alement de bontés, si bien qu’on reprocha plus tard à Rosalie d’avoir été l’intime amie de la « Messaline Antoinette ». Au fond, l’emploi était une sinécure. Filleul, frappé de paralysie, ne pouvait plus rien faire ei oOn épouse avait d’autres soins que celui de tirer le cordon.
Un jour vint où la situation de Filleul se trouva changée. En 1787, à la suite de l’assemblée des notables, le ministre Loménie de Brienne prescrivit une réforme générale des dépenses de la Cour et le poste de concierge fut supprimé, en même temps que la Muette était rayée de la liste des demeures royales. Le Roi, toujours bienveillant, adoucit ce coup douloureux; par une décision du 17 juillet 1787, il accorda à Filleul une pension de six mille livres et à Rosalie, une autre de six cents livres, sur la cassette royale : il y ajouta le don d’une petite maison, située rue de l’Église, au coin de la rue Bois-le-Vent, et de tous les meubles qui garnissaient leur appartement. Louis Filleul survécut peu, il mourut le 10 novembre 1788 et Rosalie resta veuve, à trente-cinq ans. Son amie Émilie Vernet, séparée de Chalgrin, après une union orageuse, vint se fixer auprès d’elle, tandis que leur amie, Mme Vigée-Lebrun partit pour l’Italie, dès le début de la Révolution. « Je me souviens, a-t-elle dit dans ses Mémoires, qu’au moment où j’allais quitter la France, pour fuir les horreurs que je prévoyais, Mme Filleul me dit : Vous avez tort de partir, moi je reste, car je crois au bonheur que doit nous procurer la Révolution... elle n’avait point quitté le château