CHAPITRE IX
Villeroy, où il lui aurait été impossible d’établir les vastes ateliers qu’allait exiger ce qu’il voulait entreprendre, il alla fonder une maison, dans la rue de Bourbon (aujourd’hui rue de Lille). Dès ce premier pas, il affranchissait son pays d’un tribut payé à l’étranger ; les pianos anglais et allemands furent bientôt remplacés partout par les pianos français, et l’instrument naguère exceptionnel devint d’un usage général.
Les luthiers, qui faisaient ce commerce avec l’étranger, voulurent faire cesser cette concurrence dangereuse, et ils firent pratiquer une saisie chez les frères Erard, sous prétexte que ces fabricants ne s’étaient pas rangés sous la communauté des éventaillistes, dont l’état de luthier faisait partie. On était alors en 1785, et Louis XVI, qui comprenait si bien tous les intérêts de la France, se hâta d’accorder aux frères Erard un brevet d’exemption et de fabrication ainsi conçu :
« Aujourd’hui, 5 février 1785, le Roi étant à Versailles, informé que le sieur Erard est parvenu, par une méthode nouvelle de son invention, à perfectionner la construction de l’instrument nommé forte-piano, qu’il a même obtenu la préférence sur ceux fabriqués en Angleterre, dont il se fait commerce dans la ville de Paris, et voulant Sa Majesté fixer les talents du sieur Erard dans ladite ville et lui donner des témoignages de la protection dont elle honore ceux qui, comme lui, ont, par un travail assidu, contribué aux arts utiles et agréables, lui a permis de fabriquer et de vendre des forte-pianos, sans qu’il puisse être troublé, ni inquiété pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit. »
.1.-15. 1-: 15 A 151), par Huer.
(Galerie de la Muelle.)
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LES TROIS ERARD
La Reine ayant commandé un piano, Érard, qui savait que la voix de Marie-Antoinette avait peu d’étendue, inventa, à son intention, le clavier mobile. Peu après, il porta son attention sur la harpe et apporta à la fabrication de cet instrument une série de perfectionnements. La harpe était alors fort à la mode, mais ses imperfections étaient considérables. Un virtuose très renommé sur cet instrument, Krumpholtz vint prier Erard d’appliquer son génie à la régénération de la harpe. Sébastien employa une année à ce travail : pendant qu’il y était occupé, l’auteur àn Barbier de Séville, qui jouait de la harpe, vint examiner les plans d’Erard. Fils d’un horloger, Beaumarchais ne se contentait pas d’être littérateur et musicien, il avait encore la prétention d’être mécanicien, et il déclara tout net que les plans étaient impraticables, et qu’on ferait bien d’y renoncer. Erard n’eut garde de suivre ce conseil, mais Krumpholtz vint le prier d’abandonner momentanément son entreprise.
Ce fut alors (1786) que Sébastien passa en Angleterre et qu’il fonda, dans une maison de Great-Marlborough St, à Londres, sa célèbre manufacture de harpes et de pianos. La Révolution ayant éclaté en France, il ne lui fut plus possible de rentrer à l^aris, sans courir de très gros risques, car il avait été dénoncé comme dévoué au tyran. Aussi bien, Jean-Baptiste, demeuré à son poste, s’occupait des affaires d’une façon si intelligente que son frère pouvait demeurer en paix.
Après le 9 thermidor, Sébastien revint à Paris, où il fit connaître les premiers pianos à queue, d’après le système des instruments anglais, mais avec un perfectionnement