CHAPITRE IX
de son invention, puis il fît paraître ses premières harpes à simple mouvement. La maison de Paris, transférée rue du Mail, n° 13, où elle est encore, prit un immense développement.
Sans vouloir entrer dans des détails techniques, on peut indiquer très sommairement les magnifiques inventions dues à son génie persévérant. Le double échappement pour le piano et le double mouvement, qui a rendu la harpe un instrument complet, sont les deux principales. Le double mouvement coûta à Erard plus de douze années de recherches et d’insomnies; ce ne fut qu’en 1811 que parut son invention, quoique le brevet en eût été pris en 1801, tant il eut de difficultés à vaincre, pour arriver de la théorie à la pratique. Le succès de la nouvelle harpe fut tel, qu’à Londres, dans la première année seulement, on en vendit pour la somme de vingt-cinq mille livres sterling. Le double échappement pour le piano, lui coûta encore plus de temps, car ce ne fut qu’en 1823 qu’il put en publier le modèle complet. C’est d’après ce principe, chef-d’œuvre de mécanisme, que sont aujourd’hui construits tous les pianos de concert, et c’est à sa perfection que l’on doit toutes les ressources qu’a su tirer, de l’instrument, le génie de tous les pianistes de l’école moderne.
Cependant, l’immense prospérité de la maison Erard, la vogue constante et soutenue de ses instruments, se trouvèrent gravement compromises par les malheurs qui bientôt accablèrent la France. Le blocus continental empêcha de recevoir les bois nécessaires et les désastres qui suivirent la série extraordinaire des triomphes de Napoléon paral}^sèrent le commerce et l’industrie. Erard se trouva dans les
LES TROIS ÉRARD
plus grandes et les plus pénibles difficultés. Avec un admirable courage et une puissante force de volonté, il finit par sortir de cette douloureuse et angoissante période. Tandis qu’il confiait à son jeune neveu Pierre, fils de Jean-Baptiste, la direction de la maison de Londres, il restait à Paris, tenant tête à l’orage et, en même temps, il travaillait à perfectionner encore ses instruments. Au mois d’avril 181b, il soumit ses inventions à l’examen de l’Institut. L’Académie des Sciences et l’Académie des Beaux-Arts réunies nommèrent une Commission, dont faisaient notamment partie Méhul et Gossec. Le rapporteur Prony conclut que « l’invention par laquelle Érard acquiert de nouveaux droits à la reconnaissance des hommes qui s’intéressent aux progrès des arts, mérite des éloges et l’approbation des deux classes ».
Sébastien Érard possédait, à Sèvres, une maison de campagne, qu’il habitait pendant la belle saison. En 1820, l’administration des Ponts et Chaussées entreprit de rectifier la route de Paris à Versailles et dut exproprier, dans ce but, une partie du jardin qui entourait l’habitation. A cette même époque, Érard commençait à souffrir cruellement de la maladie de la pierre et le voyage quotidien de Paris à Sèvres, par une route pavée, lui devenait de plus en plus pénible. Il résolut donc de vendre la totalité de sa propriété de Sèvres et il se rendit acquéreur de la partie de la Muette qui se trouvait précisément mise en vente.
Ce fut le 12 août 1820 qu’eut lieu l’adjudication de ce domaine, dont M. Rousseau possédait les trois quarts et M. Thion de la Chaume le dernier quart. Par suite de la mort de ce dernier, la licitation fut demandée et le tribunal