‹ Le château de la MuetteChapitre 150 sur 181 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ordonna la vente, par un jugement du 20 mai 1820. La propriété avait été divisée en six lots. Sébastien Érard fut déclaré adjudicataire, moyennant le prix de 122.000 francs du premier lot, comprenant le pavillon gauche de l’ancien château, avec communs et parc d’une contenance de 11 hectares 46 ares 11 centiares L

D’après le texte du jugement, le lot acquis par M. Érard comprenait un pavillon à un étage ayant six croisées de façade : au rez-de-chaussée, un vestibule, une salle à manger, éclairée par deux croisées, un office, un salon éclairé sur le parc par trois croisées et, sur le côté, par une grande porte-croisée donnant sur le perron, enfin un billard, éclairé par deux croisées.

Toutefois, avant de prendre possession de son nouveau domaine, Érard éprouva un scrupule : il était profondément attaché à la monarchie légitime et, n’oubliant pas que la Muette avait appartenu à la Couronne, il crut devoir s’adresser au Roi, pour obtenir son agrément.

Louis XVIII, touché du procédé, fit répondre par la lettre suivante, qu’Èrard crut devoir faire annexer à ses titres de propriété : « Vous devez être sans scrupule sur l’acquisition que vous avez faite d’un lot des propriétés dépendantes du château de la Muette; elle est conforme à l’esprit de la loi et sanctionnée par Sa Majesté même ». Signé : le duc de la Châtre, premier gentilhomme de la Chambre. Aux Tuileries, le 6 septembre 1820.

Pleinement rassuré, Érard se mit en mesure d’installer sa nouvelle demeure. Il n’était pas marié, mais il vivait

1. On trouvera, aux Documents annexes, le résultat de Fadjudication.

{Galerie de la Miieile.)

LES TROIS ERARD

avec son frère et ses trois sœurs Barbe, Catherine et Élise. La maison n’était pas grande. Comme cela a été dit, le château avait été coupé en deux; le pavillon de gauche qui seul avait été acquis, était insuffisant pour installer convenablement les maîtres et les domestiques : on le suréleva de deux étages et de mansardes, le tout surmonté d’une terrasse, d’où la vue s’étendait au loin. Mais, outre la famille, il fallait aussi loger les tableaux que possédait déjà Ërard et ceux^ qu’il comptait bien acquérir encore. On construisit donc une longue galerie, n’ayant qu’un rezde-chaussée et s’étendant en prolongement sur la façade nord.

La Muette étant enfin disposée pour recevoir son nouveau propriétaire, Sébastien s’y installa, en compagnie de Jean-Baptiste et de Mlles Érard. Sa maison devint un centre très vivant et les réceptions qu’il y donna fréquemment finirent par attirer l’attention du gouvernement. Le Ministre de l’Intérieur ayant écrit, à ce sujet, au préfet de police, en reçut la réponse que voici, datée du 19 septembre 1826 L c( Ces réunions, qui se renouvellent presque toutes les semaines, commencent ordinairement par un dîner, et se terminent par un concert ou par un bal qui est toujours brillant. La maison de M. Érard est fréquentée par quelques hommes de lettres et par les plus célèbres artistes. Ce facteur, dont le nom est devenu presque européen, trouve par là un moyen d’étendre encore sa réputation, et les relations qu’il se crée parmi les étrangers. »

Page 1