‹ Le château de la MuetteChapitre 151 sur 181 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les expositions de 1823 et de 1827 furent un triomphe pour Érard, qui obtint les plus hautes récompenses : trois médailles d’or et la croix de la Légion d’honneur. Charles X le chargea même de fabriquer un orgue pour la chapelle des Tuileries. L’Académie des Beaux-Arts ayant invité sa section de musique, alors composée de Catel, Auber, Lesueur, Boieldieu, Cherubini et Berton, à lui faire un rapport sur les travaux d’Erard, voici quelle en fut la conclusion : c( Votre section ne croit pouvoir mieux faire l’éloge de la belle découverte de M. Erard qu’en vous rappelant ce qu’en a dit et écrit un de ses plus illustres collègues, le célèbre Grétry. L’orgue, dit-il, remplacera peut-être, un jour, tout un orchestre, si Erard achève sa superbe invention; quel grand parti ne tirera-t-on pas de

cet instrument Le gouvernement devrait récompenser

dignement Erard, l’homme du monde le moins intéressé. En effet, ce magnifique instrument, sous tous les rapports, est admirable et votre section partage entièrement l’opinion du célèbre Grétry. » En transmettant à Erard une copie de ce rapport, le 2 décembre 1829, le secrétaire perpétuel Quatremère de Quincy ajoutait : c( Qu’il me soit permis de vous exprimer l’extrême satisfaction que chacun des académiciens a éprouvée, en vous donnant ce témoignage de l’admiration que vous leur avez causée. »

Jean-Baptiste Erard mourut en 1826, et l’on comprit alors quels immenses services, dans sa sphère modeste, il avait rendu à son frère, dont il avait exécuté tous les travaux. Sébastien resta à la fête de la maison de Paris, et Pierre continua à diriger celle de Londres.

Cette période ne fut pas la plus brillante de la maison

LES TROIS ÉRARD

Érard. Sébastien, comme les hommes de génie, voyait tout en grand et n’aimait pas s’occuper des détails. Sans cesse tourmenté par son esprit inventif, il imaginait toujours des perfectionnements. Près de son cabinet, était un atelier spécial, où des ouvriers d’élite n’avaient d’autre emploi que d’exécuter les plans qu’il inventait et modifiait sans cesse. C’est de cet atelier que sortaient les modèles de mécanismes, qui devaient être exécutés dans les grands ateliers destinés à la fabrication. Ces derniers étaient dans le domaine de Jean-Baptiste, praticien excellent, qui surveillait avec un soin extrême la construction des instruments destinés à être livrés au public. A la mort de Jean-Baptiste, Sébastien resta concentré dans son atelier spécial; une maladie cruelle lui rendait, d’ailleurs, toute locomotion pénible : la pierre, dont il était atteint et pour laquelle il fut souvent opéré, lui causait les plus cruelles souffrances. La surveillance de la fabrication lui était devenue difficile, les détails de la comptabilité lui échappaient, et les affaires en souffraient gravement.

Ce fut à la Muette que Sébastien Erard mourut, le 5 août 1831, dans sa quatre-vingtième année. Par son testament, daté du 1®’’ décembre 1827, il instituait son neveu Pierre, légataire universel de tous ses biens, en France et en Angleterre.

Son frère aîné, Antoine, était mort en Alsace; ses trois sœurs, dont aucune ne s’était mariée et qui vivaient auprès de lui, demeurèrent chez leur neveu Pierre.

« Sébastien Erard, dit M. Fétis, dans la biographie qu’il a publiée, n’était pas seulement remarquable par son génie, il était doué, en outre, d’un caractère noble et

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