CHAPITRE IX
généreux, aimant les arts avec passion, bienveillant avec les artistes, il faisait un bel usage de sa fortune pour la prospérité des uns et l’encouragement des autres. La musique et la peinture étaient, pour lui, des objets de passion. Son oreille bien organisée, son œil perçant, lui révélaient les beautés de ces arts et l’habitude qu’il avait de vivre avec les musiciens et les peintres les plus habiles, avait perfectionné ses heureuses dispositions. La plus belle collection de tableaux que possède aucun particulier, en France, est celle qu’il a réunie dans sa maison de campagne de la Muette, où il a terminé sa longue et honorable carrière. »
De son union avec Marie-Anne Boursier, Jean-Baptiste Érard avait eu deux enfants : une fille Céleste, née le 10 juillet 1790 et un fils né à Paris, le 10 mars 1794.
Au moment de la naissance de ce dernier, on était en pleine période révolutionnaire. Les agents, chargés de rédiger les actes de l’état civil, refusaient d’inscrire des noms de saints et les parents avaient déclaré l’enfant sous celui d’Orphée, mais on lui donna, au baptême, celui de Pierre, sous lequel il fut toujours connu. Néanmoins, dans tous les actes officiels, tels que celui de mariage, il fallait inscrire : Orphée Erard, prénommé dans l’usage, Pierre.
Jean-Baptiste avait fait donner à son fils une brillante éducation. Pierre s’appliqua particulièrement à l’étude de la musique et à celle de la langue anglaise qu’il parlait aussi facilement que le français. Il avait à peine vingt ans, lorsque son oncle Sébastien l’appela auprès de lui, en Angleterre.
1MKHIU-: ihlAHI), par Léon lienouville.
(Galerie de la Mueile.j
LES TROIS ERARD
Moq cher et bon père, écrivait-il de Londres, le 18 mai 1814. c< Je suis avec mon oncle, depuis hier. Vous connaissez trop son excellent cœur pour douter qu’il m’ait bien reçu. Je suis si étonné, si ému, que je suis tout hors de moi-même. » Et, quelques mois plus tard, lorsque son oncle, revenant à Paris, le laissa voler de ses propres ailes, il mandait, le 10 septembre 1814. « Je vais sentir le malheur de vivre loin de son père, car mon cher oncle a pour moi des bontés paternelles. » Il écrivait encore, le 10 octobre suivant. «Je n’oublierai jamais mon devoir et mon devoir est de mettre toutes considérations particulières de côté et de ne rien faire sans le consentement de mon oncle. Je n’ai aucune liaison particulière et n’en veux former aucune; tout mon temps est employé pour les affaires de la maison et mon instruction particulière. Je ne sors jamais dans la semaine que pour affaires et rarement le dimanche, avant quatre ou cinq heures du soir. »
Pendant plus de quinze ans, Pierre Erard demeura seul à la tête de la maison de Londres, menant l’existence la plus sérieuse et la plus laborieuse, dont il rend ainsi compte, dans une lettre du 13 avril 1823. « Je mène ici la vie d’un hibou; à sept heures, dans les ateliers, déjeunant seul en faisant la moue, sortant rarement, ne me rasant que lorsque ma barbe dépasse la permission, n’allant jamais au spectacle, jamais au bal et ne m’occupant que de mes enfants — mes pianos. J’espère qu’ils ne seront pas ingrats et qu’ils me récompenseront de tous les soins que je leur donne. »
La mort de Jean-Baptiste fut, pour son fils, un cruel chagrin. Pierre se rendait bien compte des difficultés aux-