CHAPITRE IX
quelles son oncle allait se trouver aux prises, en perdant un collaborateur si utile et si dévoué. Ses inquiétudes redoublèrent lorsque éclata, en France, la révolution de 1830, qui porta aux affaires un coup très rude. Cette crise n’était pas encore passée lorsque s’ouvrit la succession de Sébastien Érard.
Les conditions dans lesquelles se trouvait Pierre Erard étaient particulièrement difficiles. Il devait prendre, à Paris, la place de son père et celle de son oncle, sans pourtant abandonner la maison de Londres. Il s’agissait d’être désormais tout ensemble la tête et les mains, non seulement de concevoir et d’imaginer, mais aussi d’exécuter et de commander, en France aussi bien qu’en xVngleterre.
Et dans quelles circonstances ce fardeau lui était-il imposé?
Le gouvernement issu de la révolution de 1830, était constamment mis en échec par des émeutes, qui paralysaient le commerce et empêchaient la confiance de renaître. D’un autre côté, il fallait payer, dans un délai assez bref, des droits de succession considérables, tant en France qu’en Angleterre, faire face aux legs particuliers contenus dans le testament de Sébastien, et acquitter un passif assez important, si bien que Yattorney de Londres conseillait de renoncer purement et simplement à la succession.
Pierre n’était pas homme à reculer devant les difficultés et, après avoir envisagé froidement la situation, il prit résolument le parti qu’elle lui semblait commander. Si pénible que lui parut ce sacrifice, il n’hésita pas à mettre en vente la galerie de tableaux que son oncle avait si
LES TROIS ERARl).
laborieusement formée ^ Quant à la Muette, elle fut louée momentanément au docteur Guérin, qui y lit installer un établissement orthopédique, de concert avec le docteur Pravaz.
Ses affaires une fois réglées à Paris, Erard se rendit en Angleterre, où rapj)olaient do graves intérêts. Ses brevets expiraient en 1835, il fallait en obtenir la prolongation. Une commission du conseil privé, composée de lord Lynd- Imrst, lord Brougliam, sir Robert Peel et le baron Parke fut chargée d’examiner sa demande, à laquelle elle Ht droit « en considération du service que M. Erard rendait à l’industrie, en créant une nouvelle branche de fabrication supérieure à rancienne ».
Par son intelligence, son activité, son dur et incessant labeur, Erard parvint enfin à surmonter toutes les difficultés. « Grâce à lui, a écrit Adolphe Adam, les pianos acquirent cotte supériorité qui les faisait choisir et rechercher par les artistes les plus renommés, sur tous les points du globe. Possesseur de tous les plans de son oncle, il les fit exécuter, avec une perfection inouïe et il sut encore apporter de nombreuses améliorations dans la fabrication. »
Ij’heure était venue où Erard pouvait enfin songer à jouir du fruit de son travail. L’idée du mariage avait parfois traversé son esprit, pendant son long séjour en Angleterre. A son père qui touchait ce sujet dans une de ses lettres, il répondait, le 22 août 1823 : « Je ne tiens pas à la fortune. En me mariant, je ne désire que trouver une compagne aimable, dont les habitudes
1. Voir aux documents annexes le catalogue de la galerie et les prix d’adjudication.