‹ Le château de la MuetteChapitre 154 sur 181 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

simples conviennent aux miennes, qui cependant ait reçu l’éducation d’une femme bien élevée et qui appartienne à une famille honnête. » Ces velléités n’avaient pas eu de suite, à cette époque : Pierre n’avait véritablement pas le temps de se marier. Mais, en 1838, sentant sa situation pleinement assise, ayant déjà dépassé la quarantaine, il put enfin y penser sérieusement. La fille de son oncle, Antoine Erard, avait épousé un libraire de Strasbourg, nommé Jacques Février, dont elle avait eu trois filles : l’aînée. Céleste, mariée à un magistrat, M. Dessolliers, la seconde, Laure, à un avocat, M. Schaeffer. La troisième, Camille, vivait auprès de ses tantes, elle avait alors vingt-cinq ans, elle était simple, bonne, douce et timide, d’une nature aimante et d’une intelligence très particulière. Erard lui proposa de l’épouser et sa demande fut accueillie avec une émotion et une joie difficiles à exprimer.

Le contrat fut signé, le 9 octobre 1838, chez M. F. Deschesne, notaire à Paris. On y lit que l’apport de la future consiste en une somme de vingt mille francs comptant, en ses droits non liquidés dans la succession de son père et en un trousseau d’une valeur de 10 251 fr. 75. Le mariage fut célébré à Strasbourg, le 13 octobre L

Alors commença, pour Erard, une nouvelle existence. Il reprit possession de la Muette, dont le bail était expiré

1. Mme Érard aimait à rappeler aux gens qui croient à l’influence nuisible du chiffre 13 que sa vie, si parfaitement heureuse en somme, démentait ces pronostics. Elle était née en 1813, elle s’était mariée le 13, était venue demeurer à Paris, rue du Mail, n» 13, avait acheté un terrain et construit un immeuble portant le n° 13 de la rue Auber. Elle est morte le 13 octobre, jour anniversaire de son mariage.

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LES TROIS ÉRARÜ.

et il s’y installa, en compagnie des trois sœurs de son père, dont aucune n’était mariée. Bientôt après, sa propre sœur et son beau-frère Spontini vinrent compléter la réunion de famille.

Gaspare Luigi Pacifîco Spontini était né, le 14 novembre 1774, à Majolati, dans les États de l’Église. Ses trois frères aînés entrèrent dans les ordres et lui-même était également destiné au sacerdoce, mais telle n’était pas sa vocation. Dès son enfance, il avait un goût décidé pour la musique : le son des cloches, la mélodie des orgues l’enchantaient et il finit par obtenir, non sans peine, qu’on l’envoyât au Conservatoire de Naples. Là, il vit Paesiello, Piccini, Cimarosa, Fioraventi; il fut transporté, en entendant leur musique et il commença à composer des cantates, des oratorios et même des morceaux de musique théâtrale. Le directeur d’un théâtre de Rome ayant entendu quelques-unes de ces compositions, le pressa de venir, en promettant de monter le premier ouvrage du jeune auteur. En six semaines, Spontini acheva un opéra : ^ Puntigli delle donne, qui fut représenté à Rome, le 26 décembre 1796. Le succès fut tout à fait extraordinaire; l’année suivante, YEroisino ridicolo fut aussi bien accueilli; enfin, en 1798, il Teseo riconosciuto, représenté à Rome et VAmore segreto, joué à Naples, obtinrent les suffrages du public et ceux des compositeurs. En ajoutant à cette liste : GU amanti in cimento, Il finto jpittore, Chi piu garda non vede, VIsola desabitaia, on constate « ce phénomène d’un musicien encore à l’école, qui fait jouer six opéras, dans une même année et dont l’apprentissage du talent se fait, en vingt lieux à la fois, à Rome, à Naples,

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