CHAPITRE IX
les récompenses, il fut nommé membre et rapporteur du
Jurv.
L’année suivante, il eut le regret de voir partir son beau-frère. Spontini désira revoir la terre natale, et visiter les établissements pieux qu’il avait fondés à Majolati et à Jesi et auxquels, n’ayant pas d’enfants, il voulait laisser sa fortune. Ce fut là qu’il s’éteignit doucement, après une courte maladie, le 24 janvier 1851, à l’âge de soixante-quinze ans.
L’exposition universelle qui s’ouvrit à Londres, en 1851, fut, pour Pierre Erard, l’occasion d’un véritable triomphe. Pour mieux assurer l’impartialité du jury, on avait décidé que tous les instruments seraient couverts, de façon à cacher les noms des fabricants. Lorsque les essais furent terminés, il se trouva que deux pianos étaient considérés comme supérieurs à tous les autres, mais, en même temps d’une qualité tellement égale que le jury décida de les faire essayer de nouveau. A la suite de cette dernière épreuve, il sembla impossible de déclarer que l’un des deux était supérieur à l’autre et, en conséquence, il fut décidé que la plus haute distinction leur serait attribuée ex æquo. On découvrit alors les instruments et il se trouva que les deux pianos étaient ceux d’Erard.
La seule grande médaille attribuée aux instruments de musique {Council medal) lui fut décernée, en raison du mérite de ses inventions, que fit ressortir le rapport rédigé par Thalberg. A cette occasion, il fut promu au grade d’officier de la Légion d’honneur, distinction qui, à cette époque, était rarement décernée à des industriels et qui avait alors une réelle valeur.
LES TROIS ÉRARD
Le 15 novembre 1852, Pierre Érard acquit, moyennant le prix de cinquante mille francs, une maison avec un jardin située chaussée de la Muette, n° 22 , il fît raser le bâtiment et réunit le terrain au parc de la Muette. Il se proposait d’acheter également la propriété de la petite Muette, mais M. Péreire, président delà Compagnie concessionnaire delà ligne de chemin de fer de Paris à Auteuil chargea un ami commun, M. Moussette, d’intervenir pour arrêter la transaction, promettant formellement de rétrocéder toute la partie de la propriété qui resterait entre la Muette et la ligne du chemin de fer. M. Erard céda aux instances de son ami. M. Péreire fît l’acquisition de la propriété et il tint sa parole, en ce sens qu’il vendit à M. Erard le bâtiment et le terrain dont il avait été question, mais il interpréta les mots : prix coûtant dans un sens tout à fait inattendu; en d’autres termes, il exigea, pour cette vente partielle, la somme totale payée parla compagnie et moyennant laquelle M. Erard aurait pu lui-même faire l’acquisition de tout l’immeuble. L’acte du 6 août 1853 indique une superficie de 62 ares et un prix de cent mille francs.
A cette époque déjà, Erard ressentait les premiers symptômes du mal qui devait l’emporter. Les soins et les travaux que nécessitait la préparation de l’Exposition de 1855 achevèrent de ruiner sa santé. Pendant plusieurs mois, il ne quitta plus la Muette et il s’y éteignit, le 14 août 1855, à l’âge de soixante-uii ans.
c( Pierre Erard, a dit Ad. Adam dans la notice qu’il lui a consacrée, était d’une pureté de mœurs admirable, et avait le bonheur de posséder un grand fonds de religion. Il a su puiser de grandes consolations dans ses croyances et dans