‹ Le château de la MuetteChapitre 160 sur 181 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

créer une excellente situation, dans le milieu qui devait être désormais le sien.

La vieille maison de la rue du Mail fut transformée ; on y construisit une salle de concert et un grand bâtiment d’habitation, où Mme Erard et M. et Mme Schaeffer passèrent désormais les hivers, tandis que la Muette servait de résidence pendant l’été. Enfin la manufacture de harpes et de pianos fut transportée à la Villette.

Peu à peu, les salons se rouvrirent, à Passy aussi bien qu’à Paris. Mme Erard qui était la plus généreuse, en même temps que la moins égoïste des femmes, ne voulait pas imposer son deuil à tous les siens et, tout en le gardant dans son cœur et dans ses vêtements, elle reprit l’habitude de recevoir les anciens amis, auxquels beaucoup de nouveaux vinrent successivement s’ajouter.

Ce fut en 1864 que s’opéra, à la Muette, un changement très considérable L Le 12 novembre, Mlle Schaeffer, nièce et plus tard fille adoptive de Mme Erard, épousa M. de Franqueville. Il se trouva précisément alors que le bail de la Petite Muette, achetée par Erard en 1853, se trouvait expiré. Aussitôt que M. le comte d’Auchamp, qui en était titulaire, eut quitté les lieux, on réunit le pavillon à l’autre partie du château, tandis que le jardin qui l’entourait fut annexé au parc. Les travaux exécutés à ce moment furent considérables. Quoique la dépense eût été très

1. On peut noter ici que, depuis son veuvage, Mme Érard avait fait plusieurs acquisitions, qui augmentèrent la superficie du parc. Le 21 février 1859, elle acquit de la Ville de Paris, 1 092 m. 50 pour le prix de 32 775 francs; le II juin 1863, Mme Maurin, lui vendit une maison et un terrain situés chaussée de la Muette n“ 18, moyennant 80 000 francs. Plus lard, le 5 juin 1875, acquisition des héritiers Sauvage de la Martinière pour 54 100 francs d’un terrain d’une contenance de 3 195 m. 33.

Î.ES DEUX PARTIES DE l’ANCIEN CHATEAU DE LA MUETTE AVANT LEUR RÉUNION (1864).

LE DERNIER DEMI-SIÈCLE

importante, l’effet n’était pas très heureux : la moitié du château ayant quatre étages, alors que l’autre moitié en avait seulement deux.

M. et Mme de Franqueville s’installèrent dans la partie qui portait naguère le nom de Petite Muette. Elle comprenait, au rez-de-chaussée, trois salons et une salle à manger, au premier étage plusieurs chambres à coucher, dont la principale avait été tour à tour celle de la fille Poisson et de la fille Bécu, avant de devenir celle de Marie-Antoinette. Le 18 juin 18G5, Mgr Buquet, évêque de Parium, auxiliaire de Mgr Darboy, archevêque de Paris, vint bénir le nouveau logis.

La Muette ainsi agrandie, englobée depuis l’annexion de la banlieue, dans les limites de Paris, devint à partir de cette époque, une résidence d’hiver aussi bien que d’été, et Mme Erard y ouvrit plus largement ses salons. Elle aimait à réunir les plus célèbres compositeurs : Gounod, Rossini, Meyerbeer, Berlioz, Félicien David, Beyer, Massenet, Léo Delibes, Guiraud, Ambroise Thomas qui occupait à l’Institut le fauteuil de Spontini, Richard Wagner, qui lui dédiait la partition de Tannhauser. Dans une série d’inoubliables soirées, on entendait les plus grands pianistes : Listz, Tbalberg, Rubinstein; les premiers chanteurs, Roger, Faure, Mmes Krauss, Miolan-Carvalho, Fidès-Devriès, etc., sans parler des vivants.

A la fin du printemps de 1870, Mme Erard résolut de faire exécuter, à la Muette, des travaux importants; il s’agissait, non seulement de consolider les murs des étages supérieurs construits assez légèrement par Sébastien Erard, mais encore de remplacer plusieurs planchers,

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