‹ Le château de la MuetteChapitre 161 sur 181 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qui menaçaient de s’effondrer. Toute la famille quitta donc le château, au mois de juin, les échafaudages se dressèrent depuis le sol jusqu’au toit, les plafonds furent percés et les maçons se mirent à l’œuvre.

Ce fut alors qu’éclata le coup de foudre de la déclaration de guerre. Si parfaitement inhabitable qu’elle fût, la Muette devint le quartier général du Vice-Amiral Fleuriot de Langle, qui commandait le XI® Secteur. Le 28 novembre, à dix heures du soir, un incendie se déclara dans l’observatoire en planches, que l’on avait construit au-dessus du château, pour observer les mouvements de l’ennemi, mais les secours arrivèrent promptement et, en moins d’une heure, on fut maître des flammes; les dégâts furent presque nuis. Le parc fut plus saccagé que le château. Henri Rochefort, président de la commission des barricades, avait fait élever, le long du saut de loup faisant face au bois de Boulogne, une sorte de rempart en terre battue et il avait fait abattre les beaux arbres bordant le rond-point du Ranelagb, afin d’établir là aussi une fortification.

Le danger fut plus grand, pendant la Commune. Un soi-disant général nommé Dombrowski s’était installé à la Muette, avec une bande d’officiers et il y menait joyeuse vie. Par un hasard assez extraordinaire, on n’y commit pas trop de dégâts et ce fut d’un autre côté que vint le péril.

Le 9 mai 1871, M. Thiers était allé au Mont Valérien, accompagné des ministres de la guerre, de plusieurs généraux et de M. de Franqueville, directeur général des Ponts et Chaussées et des Chemins de fer. On discuta

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(Depot de la Guerre. i

LE DERNIER DEMI-SIECLE

longuement pour savoir par quel endroit on essaierait de pénétrer dans Paris et l’avis prévalut que le mieux serait de choisir la porte de la Muette. L’ordre fut donc donné de concentrer les feux sur ce point. « Sans doute, dit M. Thiers à M. de Franqueville, ce sera pénible pour votre fils, sa maison aura le sort de la mienne, mais il faut que le salut public l’emporte sur toute autre considération. »

Dès lors, tous les feux du Mont Valérien furent dirigés vers la Muette, mais dans des conditions assez bizarres. Un conducteur des Ponts et Chaussées, attaché au service de la ville de Paris, étant venu à Versailles, se rendit à l’état-major, pour expliquer comment les obus tombaient, non sur le château de la Muette, mais sur une grande caserne d’octroi située en avant, au long des fortifications. On le pria d’aller aussitôt au Mont Valérien et de signaler la chose au commandant, en lui donnant les indications nécessaires pour faire rectifier le tir. La démarche fut fort mal reçue. « De quoi se mêle ce pékin, dirent les artilleurs, il prétend savoir mieux que nous notre métier! » On éconduisit le malencontreux conseiller et l’on continua à tirer sur le bâtiment d’octroi, qui fut à peu près démoli, tandis qu’un seul obus parvint à la Muette, où il ne fit qu’écorner un des bancs du parc.

On sait comment, le dimanche 21 mai, un piqueur des Ponts et Chaussées, M. Ducatel, ayant remarqué qu'il n’y avait, sur les remparts voisins de la porte de Saint-Cloud, ni sentinelles, ni défenseurs, s’avança vers les avantpostes de l’armée et leur fit un signe qui fut compris. Un enseigne de vaisseau M. Trêves, qui se trouvait dans les

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