‹ Le château de la MuetteChapitre 162 sur 181 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tranchées, accourut, suivi d’un bataillon du 27* de marche, dont un sous-officier planta le drapeau tricolore sur les murs de la ville où l’on venait, par un bonheur inespéré, de pénétrer sans difficulté!

Le lendemain, les corps des généraux Clinchant, Douay et Ladmirault, occupèrent le quartier de Passy et enlevèrent le château de la iMuette. Les communards qui s’y étaient attardés furent assez malmenés. Plusieurs d’entre eux, pris les armes à la main, furent alignés le long du mur qui séparait le parc du jardin-fleuriste de la ville de Paris et exécutés sommairement.

La fin de la guerre devait apporter à Mme Érard une autre douleur et dont elle se montra inconsolable. La pensée que sa chère Alsace n’était plus française lui fut, jusqu’à la fin de ses jours, un intolérable supplice. L’idée qu’elle verrait, à Strasbourg, les casques pointus des Prussiens lui causait une telle horreur qu’elle ne put jamais se décider à revenir dans cette terre natale, à laquelle elle demeurait passionnément attachée. Est-il besoin de dire que, dès les premiers jours, elle déclara opter pour la nationalité française. Ce fut à cette occasion qu’un ami de la maison, Jules Janin, de l’Académie française écrivait : « Chère et bienveillante maison! Nous venions si souvent, dans les beaux jours, assister au coucher du soleil sur la terrasse, admirant l’espace et les merveilles de la création divine, pendant qu’au salon voisin, Listz ou Thalberg, dans une suite incroyable de fascinations, nous faisaient entendre aujourd’hui le Don Juan, demain la Vestale ou Fernand Cortez, ces œuvres magistrales de Spontini, le fils inspiré de la Muette, qui

LE DERNIER DEMI-SIÈCLE

avait donné le signal à Meyerbeer, après l’avoir reçu luimême du chevalier Gluck. Thalberg avait fait, de la Muette, une seconde patrie. Il ne quittait ces lieux charmants que pour sa villa de Pausilippe; quant à Listz, Pierre Erard l’aimait comme il aimait son enfant, il lui passait toutes ses volontés et ses moindres caprices. Listz arrivait, comme une trombe, il partait comme un tourbillon.... Voilà comment cette maison de Mme Erard, dans son rempart de verdure, était un rendez-vous des esprits les plus merveilleux et les plus rares. Elle y apportait elle-même une admiration bien sentie, une louange intelligente et naturelle, une modestie à toute épreuve. Plus d’une fois, les étrangers attirés par sa belle renommée, étaient en grande peine, dans ce salon tout rempli de jeunes femmes, de savoir quelle était la maîtresse de céans, en quel lieu se tenait Mme Erard, et comment faire pour la saluer, tant elle avait soin de se dérober aux plus simples hommages. C’était là toute sa fête, elle vivait innocemment, doucement parmi ses livres.... Elle est née à Strasbourg, la cité victime, elle appartenait par sa naissance à cette Allemagne française, dont la voilà séparée avec tant de regret et de piété filiale. »

Dix ans plus tard, lorsque, par une série d’actes aussi odieux que stupides, le gouvernement des Francs-Maçons expulsa des couvents qui leur appartenaient, les religieux de divers ordres, Mme Erard et Mme de Franqueville tinrent à honneur d’offrir l’hospitalité aux victimes de la persécution. Le R. P. Monsabré, de l’ordre de Saint- Dominique, qui prêchait, avec un si vif succès, la station du carême à la cathédrale de Paris, le P. Marquigny et le

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