‹ Le château de la MuetteChapitre 163 sur 181 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

P. ïruck, de la Compagnie de Jésus, furent, pendant des mois entiers, les hôtes de la Muette. A cette occasion, un des salons du rez-de-chaussée fut transformé en chapelle \ avec l’autorisation du Souverain Pontife. Nombre d’autres religieux, pendant de plus courts séjours, y vinrent célébrer le saint sacrifice : il en est deux notamment, dont le souvenir doit être noté : le cardinal Mermillod, victime lui aussi delà persécution maçonnique et Dom Bosco, fondateur de la congrégation des Salésiens, dont le procès de béatification se poursuit, en ce moment.

La santé de Mme Erard fut ébranlée par les chagrins qu’elle eut à supporter : la mort de son beau-frère, qui depuis plus de seize ans, était à la tête des affaires de la maison, celle de son neveu, sur lequel elle avait compté pour diriger la manufacture, celles de ses deux sœurs, de ses tantes et de sa belle-sœur; elle se trouvait seule, dans cette grande Muette, jadis si pleine de vie. Une maladie lente mais inexorable survint, au printemps de l’année 1889. La fin, précédée d’une longue et pénible agonie, survint, le 13 octobre suivant.

Peu de temps après, un ami qui l’avait connue et appréciée, M. G. Bellaigue publiait un article qui résume admirablement cette belle vie : « Il y a un mois que, dans la plus belle demeure de Paris, s’est éteinte une douce et

1. Il existait autrefois à la Muette, une chapelle, dans laquelle plusieurs mariages furent célébrés : le 9 mai 1707 François de Paris, chevalier, capitaine aux gardes françaises}’ épousa Catherine Lejongleur. Le 16 avril 1708, l’Évêque de Marseille y bénit le mariage du marquis de Gassion, colonel d’infanterie, avec Marie-Jeanne Fleuriau d’Armenonville. Le 20 janvier 1774, Louis Filleul, concierge du château de la Muette, écuyer, épousa Adelaide- Barbe Farcy, en présence de Dupuy, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres et de Louis de Garnette de la Minière, secrétaire

LE DERNIER DEMI-SIECLE

digne créature, une femme d’un beau nom et d’un grand cœur. On a parlé d’elle avec respect, avec reconnaissance — j\’a-t-elle pas droit d’abord à notre reconnaissance artistique, celle qui fut la compagne, l’auxiliaire intelligente de Pierre Érard? celle qui, demeurée seule, a su conserver la place d’honneur à cette industrie, pour ainsi dire esthétique, dont elle avait pris la garde avec la gloire?... Combien d’artistes secourus, soutenus, sauvés par cette main discrète et charitable! Ce serait manquer à sa mémoire que révéler les secrets qu’elle a voulu taire. Ce que nous pouvons dire ou rappeler, c’est la grâce de son accueil, l’agrément de son entretien, fait à la fois de simplicité, de candeur et de malice légère.... On la trouvait, soit dans l’immense salon, soit à l’ombre des vieux arbres, gracieuse, menue, elle semblait la petite fée hospitalière et souriante de la royale demeure, mais une fée craintive, qui n’aurait pas été tout à fait sûre de sa baguette. Avec la simplicité, presque la naïveté d’une enfant, Mme Erard en avait la timidité, une timidité que rien ne rassura jamais : ni son immense fortune, ni sa longue habitude du monde, ni ses relations avec l’élite artistique de la France et de l’Europe, ni la vénération dont elle vivait entourée.

« Si les petits choses faisaient trembler cet humble cœur de femme, les grandes, les belles, le faisaient vibrer. Les

général des dragons en survivance, trésorier de la maison de Ghoisy-le-Roi. Dans la chapelle nouvelle, ont été célébrés, depuis 1887, les mariages de M. Pierre Schaeffer avec Mlle Chantal de Franqueville (1886), du comte de Gournay avec Mlle Marguerite de Franqueville (1887), du duc d’Ursel avec Mlle Sabine de Franqueville (1898), du comte de Franqueville avec Lady Sophia Palmor (1903), du vicomte de Grandsagne avec Mlle Hélène de Gournay (1909), du comte Henri d’Aragon avec Mlle Madeleine Schaeffer (1909).

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