CHAPITRE II
si vives qu’en 1658, on chargea un conseiller d’État, le sieur de Villemonté, de faire une enquête, mais la peur paralysa toutes les langues et le mal continua. Il faut ajouter qu’à cette même époque, Montdejeux guerroyait, sans cesse contre les Espagnols, et presque toujours avec succès. Ses services obtinrent enfin la récompense qu’il ne cessait de réclamer : en juin 1658, il obtint le bâton de maréchal.
Ce fut à cette époque que devinrent particulièrement graves les scandaleux démêlés du Maréchal avec la comtesse de Montdejeux. Depuis la mort de Richelieu, cette dernière avait été fort mal traitée par son rude époux qui, non content de la ruiner, lui faisait subir les pires traitements malgré le dévouement dont elle lui avait donné tant de preuves. Dès 1655, la Muse historique plaignait son sort.
Certes c'est de toute mon âme Que je plains cette noble dame.
Car son adresse et sa beauté,
Sa candeur et sa fermeté,
Son procédé discret et sage,
Son rare esprit, son grand courage Et sa vertu qui plaît à tous Mériteraient un sort plus doux.
La Maréchale en vint à 'considérer que ses jours étaient en danger, sous le toit conjugal. Elle se réfugia donc à l’Abbaye-au-Bois et elle intenta à son mari un procès en séparation de corps, devant le Châtelet de Paris. Elle obtint gain de cause : sur ce, Montdejeux fît investir le couvent, pour enlever sa femme. Le coup manqua et Mme de Montdejeux put s’enfuir à Liège, où elle fut reçue chez une de ses parentes, la comtesse de Hamel. Toutefois, le Maréchal ayant interjeté appel, elle crut devoir revenir à Paris, pour
DE LOUIS XIII A LA RÉGENCE
soutenir sa cause. Le jugement fut confirmé; alors Montdejeux envoya des soldats, qui vinrent saisir Mme de Montdejeux chez le conseiller de Breteuil, où le Parlement l’avait autorisée à résider. La malheureuse femme fut arrachée de son lit et jetée, nu-pieds et en chemise, dans un carrosse qui la conduisit à Arras, où elle fut enfermée et gardée à vue, dans une salle basse de l’hôtel du prince d’Epinay. Elle y demeura, trois années, exposée aux pires traitements. En vain, elle écrivit à la Reine L Montdejeux affirma qu’elle était folle et elle resta enfermée jusqu’au 1®" août 1663. Triste époque, où les arrêts des plus hautes cours n’étaient pas respectés, où, dans Paris même, une bande de gens armés pouvait impunément commettre un enlèvement scandaleux, et où une personne irréprochable pouvait demeurer séquestrée, sans que le gouvernement consentît à s’en inquiéter.
Une nuit cependant, la Maréchale ayant réussi à endormir ses gardiens, en leur faisant avaler une dose d’opium, s’enfuit, au moyen d’une échelle de corde, et la Muse célébra sa délivrance.
J’ai su d’un certain petit clerc Que madame de Schulemberg Dame d’esprit et de naissance Femme d’un maréchal de France,
Durant six ans ayant été En étroite captivité S’en est vue enfin dégagée
Pour sortir de liens si durs Sauta par dessus deux hauts murs
1. Sa lettre a été publiée dans le tome VIII des Mémoires de V Académie d'Arras.