‹ Le château de la MuetteChapitre 31 sur 181 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Marie-Claire épousa, le 3 avril 1695, Philippe de Villette- Nursage, déjà veuf et père d’une fille qui fut Mme de Caylus et qui, devenue veuve, épousa Bolingbroke.

L’aîné de la famille, Louis, marquis de Marsilly, lieutenant général des armées du Roi fut tué, en 1691, à Leuze, où il commandait les gardes du corps. Il avait épousé la fille de Thomas Corneille. Le dernier frère, Antoine, était seigneur de Guignicour et d’Enercemoiit.

Marsilly se défit de sa charge, en 1682 et, le 6 avril, le Roi signa un édit ainsi conçu : « Louis.... La charge de Capitaine des chasses, etc., étant vacante par la démission du S"" Armand Deschamps, vicomte de Marsilly, et de René Deschamps son fils, pourvu en survivance. Nous avons cru ne la pouvoir remplir d’une personne qui nous soit plus agréable que le S" Louis de Beauvais, baron de Gentilly, l’un de nos maîtres d’hôtel et de la fidélité duquel nous sommes informés et de sa vigilance et affection à notre service. »

Quelle était l’origine de Louis de Beauvais? Son grandpère, Jacques de Beauvais, commissaire examinateur au Châtelet, puis Bailli de Meaux, fut pourvu, le 6 février 1569, d’une charge de notaire secrétaire du Roi. Il mourut, le 28 avril 1589, ayant acquis une noblesse, qu’il transmit à ses enfants, avec la seigneurie de Villiers. De son mariage avec Ambroisine Regnot, il eut trois fils; l’un d’eux, l^ierre, devint premier substitut du procureur général au Parlement et eut plusieurs enfants, dont un fils, également nommé Pierre, qui fut nommé, en 1630, lieutenant général de la prévôté de l’hôtel et qui épousa, en 1634, Catherine-

DE LOUIS XIII A LA RÉGENCE. 37

Henriette Bellier*, fille de la remueuse des enfants de France.

Catherine, élevée à la Cour, avait épousé Pierre de Beauvais. Elle était devenue la première femme de chambre de la Reine; c’était elle qui, de ses propres mains, habillait chaque jour sa maîtresse, la coiffait et remplissait toutes les fonctions d’une domesticité intime. Son père avait été fripier et crocheteur aux halles; son mari était marchand de rubans, au palais; parmi les clients pour lesquels elle se montrait peu cruelle, il s’en trouva un qui eut le crédit nécessaire pour la faire présenter à la Reine. Anne d’Autriche, dit Mme de Motteville, apprécia fort « l’adresse de ses doigts et sa grande propreté ». Catherine n’était ni belle ni très jeune et, de plus, elle était borgne : la Reine l’appelait familièrement Cateau la borgnesse. Saint-Simon la peint ainsi : « créature de beaucoup d’esprit, d’une grande intrigue, fort audacieuse, qui eut le grappin sur la Reine mère et dans sa plus intime confidence, et qui était plus que galante ». Tout le monde lui faisait d’autant plus la cour qu’elle ne s’était pas mise moins bien avec le Roi.

Largement payée par Mazarin et surtout par Fouquet, auquel elle racontait tout ce qu’elle voyait ou entendait chez la Reine, elle avait eu, un jour, l’audace ou la faiblesse de donner au Roi, âgé de quinze ans, une leçon que Saint-Simon, Dangeau et plusieurs autres caractérisent, en employant des expressions très crues. La Palatine dit que la Beauvais fut la première qui ait appris au Roi comment il faut agir avec les dames. Très fière de cet exploit, elle fit obtenir à son mari les titres de conseiller

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