‹ Le château de la MuetteChapitre 32 sur 181 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du Roi et de baron de Gentilly. L’année suivante, en 1654, elle se fît bâtir, dans la plus belle partie de la rue Saint- Antoine, près de la place Royale, un magnifique hôtel, pour lequel la Reine lui fît don, par brevet, d’une grande quantité de pierres destinées aux bâtiments du Louvre h A l’occasion de la visite que lui fît, en 1643, la jeune Reine Marie-Thérèse, la Muse historique raconte :

Mercredi, notre auguste Reine Celte charmante souveraine Fut chez madame de Beauvais Pour de son aimable palais Voir les merveilles étonnantes Et les raretés surprenantes.

L’hôtel était fini, depuis quelque temps déjà. Il fut, en quelque sorte, inauguré par la Reine mère qui vint, le 26 août 1660, assister, du haut du balcon, à l’entrée du Roi et de la Reine nouvellement mariés. La Reine d’Angleterre, le cardinal Mazarin, Turenne et d’autres grands personnages s’y trouvaient également.

Le poste de la Reine Mère Pour voir tout ce brillant mystère Et de monsieur le Cardinal

Fut chez madame de Beauvais Poste qui n’était pas mauvais Etant un palais à la mode Fort somptueux et fort commode.

1. Cet hôtel existe encore et, bien qu’il ait perdu son ancienne splendeur, son aspect extérieur a peu changé. Dans la Revue universelle des ArtSy vol. XX (année 1865), M. J. Cousin en donne une longue description; il dit que, construit par Lepautre, il porte actuellement le n*’ 62 de la rue Saint-Antoine. L’erreur de cette indication est évidente. Le véritable hôtel de Beauvais, dont la description et les vues extérieures sont reproduites dans le second volume de V Architecture française de Blondel, publiée en 1752, est situé au n® 68 de la rue François-Miron qui portait probablement jadis le nom de rue Saint-Antoine, à laquelle elle fait suite; de là Terreur.

DE LOUIS XllI A LA RÉGENCE.

En dehors de la construction de son hôtel, qui lui coûta 500 000 livres, Mme de Beauvais fît encore d’autres dépenses, qu’elle fut incapable de payer et, en 1683, elle dut abandonner tous ses biens à ses créanciers.

Pour l’aider, le Roi qui, suivant Saint-Simon, avait conservé beaucoup de considération pour elle, renouvela, au profit de son fils, le privilège qu’elle avait obtenu, le 30 octobre 1667 « des carrosses, coches, chariots et autres voitures, pour aller et venir par terre, aux lieux où L.L.M. les enfants de France et leur conseil séjourneront ». Beauvais en céda l’exploitation, moyennant une rente annuelle, qui ne cessa de s’élever avec l’accroissement de la circulation. On calculait qu’il en avait tiré deux millions de bénéfice.

Le mari si commode et si peu remuant de Mme de Beauvais mourut en 1685; il fallut liquider la communauté; l’hôtel de la rue Saint-Antoine fut racheté par un notaire, servant de prête-nom à Mme de Beauvais, qui y demeura jusqu’à sa mort. Sa fille aînée avait épousé, en 1652, le marquis de Richelieu, petit-neveu du Cardinal. La cadette, Claire-Angélique, était plus réservée que sa mère. Bussy-Rabutin raconte qu’au cours d’une chasse « une dame qui n’était pas pourvue de caleçon étant tombée de cheval, Mlle de Beauvais, fille d’honneur de Madame, s’écria qu’elle mourrait de chagrin s’il lui était arrivé un pareil accident^ ». Elle était, dit Saint-Simon, grande amie de la Reine, qui lui confia son testament; elle était pleine d’esprit et de grande piété. Elle fit profession, le 12 août 1668, au monastère de la Visitation de Chaillot,

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