CHAPITRE II
lité, une des plus agréables maisons des environs de Paris, et Monseigneur le duc et Mme la duchesse de Bourgogne, en ayant ouï parler comme d’un lieu méritant d’être vu, résolurent d’y aller, sans en avertir M. d’Armenonville, qui, de son côté se doutait qu’il aurait un jour l’honneur de recevoir cette auguste compagnie, dans cette agréable maison. Il ne se trompait pas, et ayant su qu’elle était en chemin pour s’y rendre, il alla la recevoir à la porte du parc, appelée la porte verte. xMme la duchesse de Bourgogne se promena longtemps dans ce parc, en habit d’amazone, accompagnée d’une vingtaine de dames, dont les plus jeunes étoient aussi vêtues en amazones, et l’on se rendit ensuite au château de la Muette, d’assez bonne heure pour en voir les appartements. M. et Mme d’Armenonville, pour répondre à l’honneur qu’ils recevoient, trouvèrent le moyen, malgré la brièveté du temps, de faire préparer un magnifique ambigu, dont la délicatesse des mets et la beauté des fruits répondoient à leurs soins et à Tardent désir qu’ils avoient que ce repas pût être digne des augustes personnes pour lesquelles ils Tavoient fait préparer. Gomme ils n’avoient pas prévu que la compagnie dût être si nombreuse, la table n’étoit que de quinze couverts. Il y avoit une seconde table pour les seigneurs qui accompagnaient monseigneur le duc de Bourgogne, et comme toutes les dames ne purent trouver place à la première table, il y en eut plusieurs qui se placèrent à la seconde, ce qui fut cause que beaucoup d’officiers n'y purent avoir place, etM. d’Armenonville s’en étant aperçu, il en fit servir une troisième, dans son cabinet. Comme il fallut employer un peu de temps à préparer ces tables,
DE LOUIS XIII A LA RÉGENCE
les hautbois jouèrent pendant cet intervalle, durant lequel Mme la duchesse de Bourgogne dansa avec les jeunes dames de sa suite. On se mit à table à huit heures. Monseigneur le duc et Mme la duchesse de Bourgogne furent servis par M. et par Mme d’Armenonville h
« Pendant le souper, on illumina la cour avec beaucoup de lamperons, alîn que la compagnie en fût éclairée lorsqu’elle sortirait. Le repas fini, Mme la duchesse de Bourgogne reprit la danse, afin de donner un air de fête à la réception qui lui avait été faite, et M. d’Armenonville, voulant marquer la joie qu’il ressentait de ce que cette réception avait été agréable aux augustes personnes qui lui avaient fait l’honneur de venir chez lui, fît tirer de très belles fusées volantes, dont il avait fait provision, dans la pensée qu’il pourrait, un jour, recevoir l’honneur qu’il reçut ce jour-là. La danse finit à une heure après minuit, et toute la compagnie retourna à Versailles, éclairée par un grand nombre de flambeaux^. »
En 1708, Ghamillart ayant donné sa démission des fonctions de contrôleur général des finances, fut remplacé par Desmarets, neveu de Colbert, et collègue d’Armenonville. Les deux postes de directeur des finances furent alors supprimés; en compensation de celui qu’on lui retirait, Armenonville fut créé conseiller d’Etat et l’on assura à son fils la survivance de la capitainerie avec la jouissance du châ-
1. Saint-Simon a soin d’ajouter que Mme d’Armenonville se tint debout derrière la Princesse. Il dit plus loin : « Le Roi ayant été dîner à Dhôtel de ville, il n’y fut pas question que Mme de Fourcy (femme d’un conseiller d’État, prévôt des Marchands) se mit à table, non plus que Mme d’Armenonville, à la Muette. C’est un honneur auquel la robe la plus distinguée n’a jamais osé prétendre. » (Vol. VI, p. 115).