Souvenirs de Mme de Gaylus
2. Saint-Simon, Mémoires, VIII, p. 278. En reproduisant les bruits affreux qui couraient, Saint-Simon ajoute « les cheveux m’en dressèrent sur la tète ». Le seul fait que l’on ait pu imaginer une telle infamie montre malheureusement l’opinion que l’on avait de la moralité du Régent. La duchesse d’Orléans expliquait ce qui avait pu créer la légende : « Lorsque la duchesse de Berry était encore toute petite, elle fut extrêmement malade et abandonnée de tous les médecins. Mon fils désolé de voir mourir cette enfant, entreprit de la guérir, il la traita lui-même et si bien qu’il la sauva; depuis il a eu plus d’affection pour elle que pour ses autres enfants. »
LA DUCHESSE DE BERRY
et plus libre.... Il sourit donc à la question du Roi et lui répondit modestement qu’il attendrait sur cela tout ce qui lui plairait de faire, sans empressement et sans éloignement. Le Roi lui demanda ensuite s’il n’aurait pas de répugnance à épouser Mademoiselle, la seule en France, ajoutat-il, qui pût lui convenir puisque, dans les circonstances présentes, on ne pouvait songer à aucune princesse étrangère. M. le duc de Berry répondit qu’il obéirait au Roi avec plaisir. Aussitôt le Roi lui déclara qu’il avait le dessein de faire incessamment le mariage L »
« M. le duc de Berry était de la hauteur ordinaire de la plupart des hommes, assez gros et de partout, d’un beau blond, un visage frais, assez beau et qui marquait une brillante santé. Il était fait pour la société et pour les plaisirs qu’il aimait tous, le meilleur homme, le plus doux, le plus compatissant, le plus accessible, sans gloire et sans vanité, mais non sans dignité, ni sans se sentir. Il avait un esprit médiocre, sans aucunes vues et sans imagination, mais un très bon sens et le sens droit, capable d’écouter, d’entendre et de prendre toujours le bon parti entre plusieurs spécieux. Il aimait la vérité, la justice, la raison; tout ce qui était contraire à la religion le peinait à l’excès^. »
Quant à la Princesse, la duchesse d’Orléans en fait un portrait peu flatteur: « Le duc de Berry, que l’on a tenu si serré, dit-elle, s’imagine qu’on ne peut trouver rien de plus joli au monde. Elle ne l’est pas du tout, ni sous le rapport de la taille, ni sous celui de la figure. Elle est épaisse,
1. Saint-Simon, Mémoires^ édition Chéruel, vol. VIII, p. 283.