‹ Le château de la MuetteChapitre 45 sur 181 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ramassée, a de longs bras, les hanches courtes; elle marche mal et a mauvaise grâce en tout ce qu’elle fait, elle grimace horriblement, elle a la figure pleurarde, marquée de la petite vérole, les yeux rouges, d’un bleu clair, à l’intérieur, la figure rougeaude; elle paraît bien plus vieille qu’elle n’est en réalité, mais ce qu’elle a de parfaitement beau, c’est la gorge, les mains et les bras; elle les a très blancs et fort bien faits, les jambes aussi et les pieds sont gentils. Je ne peux comprendre pourquoi elle a la démarche si chancelante. Avec tout cela, le duc de Berry et le Régent s’imaginent que jamais Hélène ne fut aussi belle \ » Saint-Simon est moins sévère. D’après lui, la duchesse de Berry était c( grande, belle, bien faite, avec toutefois assez peu de grâce et quelque chose, dans les yeux, qui faisait craindre ce qu’elle était. Elle n’avait pas moins que père et mère, le don de la parole, d’une facilité qui coulait de source, comme en eux, pour dire tout ce qu’elle voulait et comme elle le voulait dire, avec une netteté, une précision, une justesse, un choix de termes et une singularité de tours, qui surprenait toujours. Timide d’un côté en bagatelles, hardie d’un autre jusqu’à effrayer, haute jusqu’à la folie, basse aussi jusqu’à la dernière indécence, il se peut dire qu’à l’avarice près, elle était un modèle de tous les vices, qui était d’autant plus dangereux qu’on ne pouvait pas avoir plus d’art ni d’esprit^.

c( Le dimanche 6 juillet 1710, le mariage fut célébré, sur le midi, par le cardinal de Janson, grand aumônier. Deux

Page 1