‹ Le château de la MuetteChapitre 47 sur 181 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

d’agir en conséquence. » Et Saint-Simon qui, après s’être réjoui d’avoir contribué au mariage, s’en repentait vivement ajoute mélancoliquement : « Et voilà comme on travaille, en ce monde, la tête dans un sac et que la prudence et la sagesse humaine sont confondues, jusque dans les succès les plus raisonnablement désirés et qui se trouvent après les plus détestables ^ »

« Le duc de Berry avait commencé, avec la duchesse, comme font presque tous ceux qu’on marie fort jeunes et tout neufs. Il en était devenu extrêmement amoureux, ce qui, joint à sa douceur et à sa complaisance naturelles, fît aussi l’effet ordinaire, qui fut de la gâter parfaitement. Il ne fut pas longtemps sans s’en apercevoir, mais l’amour fut plus fort que lui. Il trouva une femme haute, altière, emportée, incapable de retour, qui le méprisait et qui le lui laissait sentir, parce qu’elle avait infiniment plus d’esprit que lui et qu’elle était, de plus, suprêmement fausse et parfaitement déterminée. Elle se piquait même de l’un et de l’autre et de se moquer de la religion, de railler avec dédain M. le duc de Berry parce qu’il en avait et toutes ces choses lui devinrent insupportables.... Ses galanteries furent si promptes, si rapides, si peu mesurées qu’il ne put se les cacher. »

Il ne put davantage ignorer un autre vice. Peu de temps après le mariage, c< Mme la duchesse de Bourgogne fît un souper à Saint-Cloud, avec Mme la duchesse de Berry. Cette dernière, et M. le duc d’Orléans, mais elle bien plus que lui, s’y enivrèrent, au point que Mme la

. Mémoires, IX, p. 148.

LA DUCHESSE DE BERRY

duchesse de Bourgogne et tout ce qui était là ne surent que devenir. M. le duc de Berry y était, à qui on dit ce qu’on put et à la nombreuse compagnie — L’effet du vin haut et bas fut tel qu’on fut en peine et ne la désenivra point, tellement qu’il la fallut ramener, en cet état, à Versailles. Tous les gens des équipages la virent et ne s’en turent pas L »

Cette ivresse ne fut pas un pur accident, mais elle devint une habitude. « Elle ne faisait guère de repas libres et ils étaient fréquents, qu’elle ne s’enivrât à perdre connaissance et à rendre partout ce qu’elle avait pris; elle trouvait même mauvais que M. le duc de Berry n’en fît pas autant ^ » Elle mettait sans cesse la patience du Prince à bout et, plus d’une fois, sur le dernier bord du plus affreux éclat.... Elle traitait souvent M. son père avec une hauteur qui effrayait, sur toutes sortes de chapitres. La crainte du Roi l’empêchait de s’échapper directement avec Mme sa mère, mais ses manières avec elle y suppléaient. »

Dès les premiers avis que la duchesse d’Orléans lui voulut donner, (( elle se rebéqua avec aigreur et, sûre de faire de M. le duc d’Orléans tout ce qu’elle voudrait, elle ne balança pas de faire l’étrangère et la fille de France avec Mme sa mère. La brouillerie ne tarda pas et ne fit q u’augmenter sans cesse. Le Roi finit par s’en mêler et il la manda dans son cabinet. La romancine fut longue et de l’espèce qu’on ne veut pas avoir la peine de recommencer. L’après-dînée, il fallut aller chez Mme de Maintenon qui,

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