Narbonne, Mémoires, p
LA DUCHESSE DE BERRY
pertes. Plus elles s’auj^mentaient, plus M. le duc d’Orléans demeurait seul. Un intérêt domestique affligeait encore M. le duc et xMmela duchesse d’Orléans. Ils avaient éprouvé ce dont leur fille avait été capable, ayant un fils de France pour époux. Ils comprirent donc aisément quel essor elle était capable de prendre, veuve et ils avaient raison d’en trembler.... En effet, elle sentit moins sa chute que sa délivrance. Elle était grosse, elle espérait un garçon et elle compta bien jouir en paix de sa liberté *. » N’ayant plus à redouter Louis XIV, qui mourut l’année suivante, ni Mme de Maintenon, qui lui inspirait un certain respect et une crainte salutaire, elle put se livrer impunément à ses instincts. Le scandale était inouï.
Au Luxembourg, puis à la Muette, c’était un train royal. « La duchesse de Berry y vivait enfermée dans des appartements tout pénétrés de parfums, à se croire en Orient : ceux qui la venaient voir en prenaient mal à la tête. Son domestique fut porté jusqu’à huit cents personnes, parmi lesquelles la charge de maître de la garde-robe était exercée par* un spadassin, une manière de coupe-jarret, un certain marquis de Bonivet, bâtard d’un Gouffier, car, disait-elle, je suis bien aise d’avoir chez moi un homme de main^ » On affichait jusque sur les murs du Palais-Royal, des placards remplis des allusions les plus injurieuses L La Princesse semblait, d’ailleurs, indifférente aux traits de la malignité publique.