Saint-Simon, XIII, p
2. On disait que Tun de ses principaux charmes était son habileté dans l’art de la distillation et qu’il possédait un philtre spécial pour se faire aimer. Le P. Laferrière, Wnabite attaché à la paroisse de Passy, dit :
« J’allais souvent voir Rion, le matin, dans son laboratoire de la Muette, où je soufflais pendant que les alambics distillaient les liqueurs les plus agréables ». La passion de la duchesse de Berry pour les liqueurs était
LA DUCHESSE DE BERRY
sible fantaisie dépravée d’une princesse. Il n’en abusa avec personne et se fît aimer de tout le monde, par ses manières, mais il traita Mme la duchesse de Berry comme M. de Lauzun avait traité Mademoiselle. Il fut bientôt paré des plus belles dentelles et des plus riches habits, plein d’argent, de boîtes, de joyaux et de pierreries. Il se faisait désirer, il se plaisait à donner de la jalousie à la Princesse, à en paraître lui-même encore plus jaloux. Il la faisait pleurer souvent. Peu à peu, il la mit sur le pied de n’oser rien faire sans sa permission, non pas même les choses les plus indifférentes. Tantôt prête de sortir pour l’opéra, il la faisait demeurer, d’autres fois, il l’y faisait aller malgré elle. Il l’obligeait à faire bien à des dames qu’elle n’aimait point ou dont elle était jalouse, mal à des gens qui lui plaisaient et dont il faisait le jaloux. Jusqu’à sa parure, elle n’avait pas la moindre liberté. Il se divertissait à la faire décoiffer ou lui faire changer d’habits, quand elle était toute prête et cela si souvent et quelquefois si publiquement qu’il l’avait accoutumée à prendre, le soir, ses ordres pour la parure et l’occupation du lendemain et, le lendemain, il changeait tout et la Princesse pleurait tant et plus. Enfin elle en était venue à lui envoyer des messages par des valets affidés, et ces messages se réitéraient plusieurs fois pendant sa toilette, pour savoir quels rubans elle mettrait, ainsi de l’habit et des autres parures et, presque toujours, il lui faisait porter ce qu’elle ne voulait point. Si quelquefois elle osait se licencier à la moindre chose sans
extraordinaire. Buvat raconte que la duchesse d’Albret mourut à i’àge de trente-six ans, par suite « de la complaisance qu’elle avait eue de boire quantité de liqueurs avec Mme la duchesse de Berry », vol. I, p. 256.