‹ Le château de la MuetteChapitre 54 sur 181 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

son congé, il la traitait comme une servante et les pleurs duraient quelquefois plusieurs jours. Cette Princesse si superbe et qui se plaisait tant à montrer et à exercer le plus démesuré orgueil, s’avilit à faire des repas avec lui et des gens obscurs, elle avec qui nul homme ne pouvait manger, s’il n’était prince du sang. »

« Mme de Mouchy était la confidente de tous ces étranges particuliers : elle et Rion mandaient les convives et choisissaient les jours. La Mouchy raccommodait souventla princesse avec son amant, qui en était mieux traitée qu’elle, sans qu’elle osât s’en apercevoir, de crainte d’un éclat qui lui aurait fait perdre un amant si cher et une confidente si nécessaire. Cette vie était publique. Tout s’adressait à M. de Rion, qui, de sa part, avait grand soin de bien vivre avec tout le monde, même avec un air de respect qu’il refusait, même en public, à sa seule princesse. Il lui faisait, devant le monde, des réponses brusques, qui faisaient baisser les yeux aux spectateurs et rougir ceux de Mme la duchesse de Berry, qui ne contraignait point ses manières soumises et passionnées pour lui, devant les compagnies. »

Le remords saisissait, de temps à autre, la Princesse, au milieu de cette ignoble vie. Elle avait pris un appartement au couvent des Carmélites du faubourg Saint-Germain; elle y passait quelquefois l’après-midi, allait toujours y coucher, aux bonnes fêtes et souvent y demeurait, plusieurs jours de suite. Elle assistait aux offices du jour et fort souvent à ceux de la nuit, jeûnait très exactement, les jours d’obligation et demeurait longtemps en prières. Deux carmélites de beaucoup d’esprit et qui connaissaient le monde

LA DUCHESSE DE BERRY

étaient chargées de la recevoir et de l’accompagner. Elles lui parlaient franchement et lui disaient qu’elles ne comprenaient point ce qu’elle venait faire dans leur couvent. La princesse riait et ne se fâchait point. Elle ne cessa pourtant pas de vivre comme elle faisait et de laisser admirer un contraste aussi surprenant et qui, du côté de la débauche, augmenta toujours. »

Le 17 mai 1717, le tzar Pierre le Grand fut l’hote de la duchesse de Berry, à la Muette, où elle était confortablement installée. L’auteur de la Gazette de la Régence raconte ainsi une visite qu’il y fît à cette époque : « J’allai, dimanche matin, à Passy, je fus voir la Muette, c’est-à-dire les appartements et les jardins, Mme de Berry, ayant été, tout le dimanche et le lundi à Paris, pour y faire ses dévotions. Elle en revint, le mardi et y passera tout l’été. C’est un petit château délicieux, galamment meublé. Du lit de la princesse, elle voit son jardin et tous les objets riants : rien ne se présente aux yeux que d’agréable. On y fait bonne chère et tous les vins les plus exquis s’y trouvent en abondance. On observe que Mme de Berry ne va point, cette année, presque à la chasse et Dieu sait si le long séjour en cette maison donne lieu à jaser. Mais les princes sont au-dessus des discours vulgaires et ils vont leur train h »

Les anciennes vignes de Passy étaient, sinon de première qualité, du moins d’une certaine étendue, que rappellent de nos jours les noms des rues des Vignes et Vineuse. Rien de surprenant à voir les vendanges y prendre assez d’importance pour que, le 4 octobre 1718, la duchesse de

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