‹ Le château de la MuetteChapitre 55 sur 181 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Berry invitât son père à venir passer une nuit, à la Muette, pour assister, le lendemain, à la petite fête champêtre. Làdessus, la duchesse d’Orléans, sa mère, lui écrivit un billet assez aigre \ en lui demandant ce que penseraient, en apprenant la nouvelle, ses bonnes amies les Carmélites du faubourg Saint-Germain, chez lesquelles elle faisait souvent des retraites forcées pour celles-ci.

C’est au cours d’une de ces excursions — on était alors en pleine conspiration de Cellamare, et l’ambassadeur d’Espagne intriguait pour substituer son maître au duc d’Orléans comme régent de France — que le prince, venant de Saint-Cloud, échappa à un danger, que relate Madame, à la date du 2o avril 1719 : « Le 17 avril, on a amené un drôle qui, l’an passé, a failli surprendre mon lîls, au Bois de Boulogne. C’est un colonel réformé, nommé La Jonckère; il avait écrit à mon fils, en faisant des demandes exorbitantes de pensions et de charges; ayant été refusé, il va en Espagne et promet à Alberoni de livrer mon fils mort ou vif, et de l’enlever. Il vient, avec deux cents hommes, qu’il met en embuscade, aux environs de Paris. Il n’a manqué mon fils que d’un quart d’heure, au Bois de Boulogne, que celui-ci avait traversé, pour aller dîner chez sa fille, à la Muette. Cet homme en a été désespéré et s’est sauvé dans les Pays-Bas. Là il a dit avec jactance que, puisqu’il avait manqué mon fils, une fois, il prendrait désormais si bien ses mesures qu’on entendrait bientôt parler d’un grand coup. Par bonheur, on a rap-

1. C’est sur cette lettre que se sont appuyés les historiens pour affirmer l’exactitude des accusations qui faisaient dresser les cheveux sur la tête de Saint-Simon.

LA DUCHESSE DE BERRY

porté cela à mon fils et on a ajouté que l’homme était à Liège. Mon fils y a envoyé un rusé compère, qui a attrappé l’homme, en le conduisant hors de la porte; là, il lui amis un pistolet sur la gorge et l’a menacé de le tuer sur-lechamp, s’il ne le suivait pas et s’il faisait du bruit.... On l’a lié et on l’a conduit à la' Bastille L »

En 1719, dit Saint-Simon^, « Mme la duchesse de Berry vivait, à son ordinaire, dans le mélange de la plus altière grandeur et de la bassesse et de la servitude la plus honteuse, des retraites les plus austères aux Carmélites et des soupers les plus profanés par la vile compagnie et la saleté et l’impiété des propos, de la débauche la plus effrontée et de la plus effroyable frayeur du diable et de la mort.... Elle ne voulait se contraindre sur rien; elle était indignée que le monde osât parler de ce qu’elle-même ne prenait pas la peine de lui cacher et toutefois elle était désolée de ce que sa conduite était connue. Elle était grosse de Rion, elle s’en cachait tant qu’elle pouvait.

« La grossesse vint à terme et ce terme, mal préparé par les soupers continuels fort arrosés de vins et de liqueurs les plus fortes, devint orageux et promptement dangereux.... Languet, le célèbre curé de Saint-Sulpice, parla des sacrements à M. le duc d’Orléans... mais, en homme instruit de ses devoirs, il déclara qu’il ne les administrerait point, ni ne souffrirait qu’ils fussent administres,* tant que Rion et Mme de Mouchy seraient dans la mà’isbnV’Il le fît tout haut et devant tout le monde. M. le duc d’Orléans

prit le curé à part et le tint longtemps, à tâcher de'Iiii‘faire

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