CHAPITRE III
plus outrée qu’elle en sentit la raison et, par conséquent, son impuissance de retarder le départ, à quoi Rion n’osa se commettre. Il obéit donc.
M. le duc d’Orléans fut, plusieurs jours, sans aller à iMeudon. Ce départ n’avait pas mis d’onction entre le père et la fille. « Elle lui avait dit et répété qu’elle était veuve, riche, maîtresse de ses actions, indépendante de lui, répétait ce qu’elle avait ouï-dire des propos de Mademoiselle, quand elle voulait épouser Lauzun, y ajoutait les biens, les honneurs, les grandeurs qu’elle prétendait pour Rion, dès que leur mariage serait déclaré et se mettait en furie jusqu’à maltraiter fortement de paroles M. le duc d’Orléans, dont elle ne pouvait supporter les raisons ni les oppositions....
(( Le voyage si prématuré de Meudon et des scènes si vives n’étaient pas pour rétablir une santé si nouvellement revenue des portes de la mort. Le désir extrême qu’elle eut de cacher son état au public et de soustraire à sa connaissance la situation où elle se trouvait avec Monsieur son père l’engagèrent à lui donner un souper, sur la terrasse de Meudon, sur les sept heures du soir. En vain on lui représenta le danger du serein et du frais du soir, sitôt après l’état où elle avait été et dans l’état chancelant où sa santé se trouvait encore. Ce fut pour cela même qu’elle s’y opiniâtra, dans la pensée qu’un souper sur la terrasse, sitôt après l’extrémité où elle avait été, ôterait à tout le monde la persuasion de sa couche et ferait croire qu’elle était toujours avec ^1. le duc d’Orléans comme elle y avait été, nonobstant la rareté inusitée de ses visites, qui avait été remarquée. Ce souper en plein air ne lui réussit pas; dès la nuit même, elle se
LA DUCHESSE DE BERRY-
trouva mal. Elle se dégoûta de Meudon, comme les malades de corps et d’esprit, qui, dans leur chagrin, se prennent à l’air et aux lieux. Quelque contraire que lui fût l’air, le mouvement, le changement de lieu, dans l’état où elle se trouvait, rien ne put l’empêcher de se faire transporter de Meudon à la Muette, couchée entre deux draps, dans un grand carrosse, le dimanche 14 mai, où elle espéra que la proximité de Paris engagerait M. le duc d’Orléans à la venir voir plus souvent et 3lme la duchesse d’Orléans aussi, au moins par bienséance. Ce voyage fut pénible, par les douleurs qui s’étaient jointes aux autres accidents que ce trajet augmenta et que le séjour de la Muette ni les divers remèdes ne purent apaiser que par de courts intervalles et qui devinrent très violentes.
« Le mal eut son cours, les accidents et les douleurs augmentèrent avec des intervalles courts et légers, tellement qu’on commença tout de bon à craindre. La nuit fut si orageuse' qu’on envoya éveiller M. le duc d’Orléans, au Palais-Royal. Il y eut une saignée faite, le 15 juillet et on envoya chercher le cordelier, son confesseur.
« Les longues douleurs dont elle fut accablée, ne purent la persuader de penser à cette vie, par un régime nécessaire à son état, ni à celle qui la devait bientôt suivre, jusqu’à ce que enfin parents et médecins se crurent obligés de lui parler un langage qu’on ne tient aux princes de ce rang qu’à grand’peine, dans la plus urgente extrémité. Elle se soumit aux remèdes, pour ce monde et pour l’autre. Elle reçut ses sacrements, à portes ouvertes et parla aux assistants sur sa vie et sur son état, mais en Reine de l’une et de l’autre. Après que ce spectacle fut fini, et qu’elle