CHAPITRE III
se fat renfermée avec ses familiers, elle s’applaudit avec eux de la fermeté qu’elle avait montrée et leur demanda si elle n’avait pas bien parlé et si ce n’était pas mourir avec grandeur et courage
(( Le lendemain, M. le duc d’Orléans vint à la Muette.... Mme la duchesse de Berry parut fort rentrée en elle-même et souhaita recevoir, encore une fois, Notre-Seigneur. Elle le reçut, à ce qu’il parut, avec beaucoup de piété et tout différemment de la première fois. Ce fut l’abbé de Castries (futur archevêque d’Albi) qui le lui administra et qui le fut chercher à la paroisse de Passy. Cet abbé fît une exhortation courte, belle, touchante et tellement convenable qu’elle fut admirée de tout ce qui l’entendit.
« Dans cette extrémité où les médecins ne savent plus que faire et où on a recours à tout, on parla de l’élixir d’un nommé Garus, qui faisait alors beaucoup de bruit et dont le Boi a depuis acheté le secret. Garus fut donc mandé et arriva bientôt après. Il trouva 31me la duchesse de Berry si mal qu’il ne voulut répondre de rien. Le remède fut donné et réussit au delà de toute espérance ; il ne s’agissait plus que de continuer. Sur toutes choses, Garus avait demandé que rien, sans exception, ne fût donné que par lui et cela même avait été très expressément commandé par M. le duc d’Orléans. Mme la duchesse de Berry continua d’être de plus en plus soulagée et si revenue à elle-même, que Chirac craignit d’en avoir l’affront. Il prit
1. « Le courage lui manquait cependant pour renoncer à ses habitudes d’intempérance. Le 17 juillet encore, il fallut lui donner l’émétique pour lui faire évacuer les figues, le melon, la bière et le vin, tout à la glace, qu’elle avait encore mangé contre les sentiments des médecins et de ses principaux officiers. » Buvat, Journal de la Régence, I, p. 412.
LA ÜUGHESSE DE BERRV.
son temps que Garus dormait sur un sofa et, avec son impétuosité, présenta un purgatif à Mme la duchesse de Gerry, qu’il lui fît avaler sans en dire mot à personne et sans que deux garde-malades qu’on avait prises pour la servir et qui seules étaient présentes, osassent broncher devant lui. L’audace fut aussi complète que la scélératesse, car M. le duc et xMme la duchesse d’Orléans étaient dans le salon de la Muette. De ce moment à celui de retomber pis que l’état d’où l’élixir l’avait tirée, il n’y eut presque pas d’intervalle. Garus fut réveillé et appelé. Voyant ce désordre, il s’écria qu’on avait donné un purgatif qui, quel qu’il fut, était un poison, dans l’état de la princesse. Il voulut s’en aller, on le retint, on le mena à M. le duc et à Mme la duchesse d’Orléans. Grand vacarme devant eux, cris de Garus, impudence de Chirac et hardiesse sans égale à soutenir ce qu’il avait fait. Mme la duchesse de Berry, pendant ce débat, tendait à sa fin, sans que Chirac ni Garus eussent de ressource. Elle dura cependant, le reste de la journée.
(( Mme de Berry, écrivait la duchesse d’Orléans le 20 juillet L n’est pas morte encore, mais je crains que bientôt elle n’expire, car il commence à tonner et c’est la chose dangereuse pour les moribonds.... Chaque jour, je vais à la Muette, je reste dans la chambre, où il fait horriblement chaud, de trois heures et demie à huit, ayant le cœur bien gros, car je vois mon fils en proie à une telle tristesse que j’en ai l’âme navrée. Je retiens mes larmes, à cause de la malade. Elle est pourtant bien résignée à