CHAPITRE I
que, depuis le milieu du xviii® siècle, on ne désigne plus le château que sous le nom qui lui est définitivement resté.
C’est avec le règne de Charles IX que commence véritablement l’histoire de la Muette. Ce fut sous ce règne que fut construit, ou tout au moins achevé, le château qui remplaçait l’ancien pavillon de chasse. La seule vue authentique de ce monument se trouve au palais de Fontainebleau, dans la galerie des cerfs, longue pièce divisée en treize compartiments, dont chacun contient la vue de l’un des châteaux royaux peint à fresque par Dubreuil L Ce tableau exécuté peu d’années après l’achèvement de la construction, présente un intérêt considérable. On y voit que le château, dont le plan rappelle celui de la Muette élevée par François dans la forêt de Saint-Germain, telle qu’elle est représentée par Androuet du Cerceau, était de forme quadrangulaire, flanqué, aux quatre extrémités, de tours carrées, de dimensions identiques. Le rezde-chaussée était surmonté d’un étage, et des lucarnes percées dans le toit éclairaient les pièces situées sous les combles. Devant la façade principale, s’étendait un jardin ou parterre bizarrement terminé en pointe et clos de murs.
Aucun document ne permet de savoir exactement si Charles IX résida fréquemment à la Meute. Il existe seulement un édit daté de Passy-lez-Paris , qui y fut signé, au mois de juin 1572. Cet acte concerne les offices des trésoriers des Turcies et levées des rivières de la
1. Dubreuil, mort eu 1602, a également achevé Thistoire d’Ulysse, que le Primatice u’avait pas pu terminer. Il avait aussi travaillé à la galerie d’Apollon, au Louvre.
il*alais de Fontainebleau.)
CHARLES IX ET MARGUERITE DE VALOIS
Loire et du CherL Peut-être même est-ce là que furent également rendues d’autres ordonnances datées du « château de Boulongne ».
Quoi qu’il en soit, le Roi ne conserva pas la propriété de la Meute. Désirant s’attacher les chefs du parti calviniste, il avait cru en trouver le moyen en les attirant à sa Cour; il fit plus, il fiança sa sœur à Henri de Navarre. A l’occasion de ce mariage, il fit don du château à celle qu’il appelait du nom resté populaire de Reine Margot.
Les matériaux ne manquent pas pour écrire l’histoire de cette Princesse^, mais il est peu de récits qui soient véritablement dignes de foi. Les uns, et notamment les auteurs protestants, la représentent comme un véritable monstre de luxure^; les autres emploient, pour la louer, les plus extraordinaires hyperboles. C’est entre ces deux extrêmes qu’il faut se placer si l’on veut rester dans le vrai.
Marguerite de Valois, huitième enfant et troisième fille d e Henri II et de Catherine de Médicis, sœur de François II,
1. Il a été analysé par Blanchard (Compilation chronologique, col. 995) et le texte est reproduit dans les mémoriaux de la Chambre des comptes conservés aux Archives nationales (P. 217, p. 975, 977).
2. On peut notamment citer les Mémoires et les Lettres de la Reine, les Historiettes de Tallemant des Réaux, le Journal de VEstoile, les récits de Brantôme, le Divorce satirique d’Agrippa d’Aubigné, Mézeray, le chanoine Mongey, Saint-Poney, Ch. Merki, etc. Tout récemment, enfin mon regretté confrère M. Roujon a fait une conférence sur la reine Margot à l’Université des Annales (mars 1913). Inutile de dire que la Reine Margot d’Alexandre Dumas est un roman.
3. Voici par exemple ce que raconte Tallemant des Réaux : « La Reine portait un grand vertugadin qui avait des pochettes tout autour, en chacune desquelles elle mettait une boîte, où était le cœur d’un de ses amants trépassés, car elle était soigneuse, à mesure qu’ils mouraient, d’en faire embaumer le cœur. Ce vertugadin se pendait tous les soirs, à un crochet qui fermait au cadenas, derrière le dossier de son lit. »