CHAPITRE I
>de Charles IX et de Henri III, était née à Fontainebleau, le 14 mai 1552. Elle était, affirment les chroniques, une des plus belles personnes de son temps; beaucoup le lui dirent, dès sa jeunesse et, à plusieurs, dit-on, elle donna des signes non équivoques de sa gratitude. Au moment où se posa la question du mariage, elle était particulièrement sensible aux attentions du duc de Guise. Celui-ci, un peu plus jeune qu’elle, était l’un des plus séduisants seigneurs de la Cour, mais le Roi et la Reine mère refusèrent absolument de lui donner la main de Marguerite. Le duc d’Anjou alla même jusqu’à le menacer de le tuer, s’il cherchait à épouser la Princesse.
Pour le moment, il se contentait d’une menace, mais son frère Henri III alla plus loin et, pour un autre motif, il fit assassiner Guise, au château de Blois.
Marguerite à laquelle on ne laissait d’autre alternative que d’entrer au couvent ou d’épouser Henri de Navarre, finit par céder. Le mariage fut célébré, le 18 août 1572. Huit jours plus tard, avait lieu le massacre de la Saint- Barthélemy. Ces noces, qui semblaient apporter une réjouissance publique et être cause de la réunion des deux partis qui divisaient le royaume, furent au contraire, dit Richelieu, « l’occasion d’un .deuil général et d’un renouvellement d’une guerre plus cruelle que celle qui avait été auparavant; la fête en fut la Saint-Barthélemy, les cris et les gémissements de laquelle retentirent par toute l’Europe, le vin du festin le sang des massacrés, la viande les corps meurtris des innocents pêle-mêle avec les coupables. Si ces noces furent si funestes à toute la France, elles ne le furent pas moins à elle, en son particulier. Elle voit son
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CHARLES IX ET MARGUERITE DE VALOIS
mari en danger de perdre la vie, on délibère si on doit le faire mourir, elle le sauve. » Marguerite elle- même fut en , grand danger. « Comme j’étais la plus endormie, dit-elle dans ses Mémoires, voici un homme frappant des pieds et des mains à la porte de ma chambre, criant : Navarre, Navarre. La nourrice pensant que c’était le Roi mon mari courut vilement à la porte; un gentilhomme déjà blessé et poursuivi par des archers entra avec eux dans ma chambre. Luy se voulant garantir, se jette dessus mon lit; moi sentant cet homme qui me tient, je me jette à la ruelle et lui après moi, me tenant toujours à travers du corps. Je ne savais si les archers en voulaient à lui ou à moi, car nous criions tous deux et étions aussi effrayés l’un que l’autre. Enfin Dieu voulut que M. de Nançay, capitaine aux gardes, vint, qui me trouvant en cet état là, encore qu’il eut de la compassion, ne put se tenir de rire et se courrouça fort aux archers, les fit sortir et me donna la vie de ce pauvre homme, qui' me tenait et que je fis coucher et panser, dans mon cabinet, jusqu’à ce qu’il fut du tout guéri, et changeai bien vite de chemise, parce qu’il m’avait couverte de sang. »
Tallemant des Réaux raconte que Charles IX avait dit : « En donnant ma sœur Margot au prince de Béarn, je la donne à tous les Huguenots du royaume », c’était dire trop ou trop peu. La reine de Navarre était une éclectique et les catholiques ne furent pas exclus de ses bonnes grâces. « Jamais, dit l’auteur des Historiettes, il n’y eut une personne plus encline à la galanterie. » Peutêtre est-ce une exagération, mais ce qui est malheureusement certain, c’est que le Béarnais ne réussit pas plus