‹ Le château de la MuetteChapitre 74 sur 181 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ensuite à Versailles et soupa comme à l’ordinaire. Le lendemain, il eut une indigestion et se trouva mal à la messe.

Le Mercure de France raconte que « lel^^septembre 1727, le Roi soupa au château de la Muette, avec divers seigneurs, Sa Majesté vit, avant la nuit, les sauts périlleux et les tours d’équilibre du S’^ Mignard, qui le surprirent et le divertirent beaucoup ».

Narbonne a noté qu’en 1729, le Roi coucha cinquante fois à laâluette; en 1731 Louis XV va, toutes les semaines, y souper et y coucher, et il en est de même, pendant les années 1732 à 1735. En 1736, Louis XV vint seulement cinq fois; en 1737, sept fois; en 1738, onze fois; en 1739, vingt-une fois; en 1740, douze fois; en 1741, dix fois; en 1742, sept fois.

Pendant les premiers temps qui suivirent son mariage, Louis XV sembla fort attaché à la Reine qui, de son côté, l’aimait passionnément. Dix enfants naquirent entre 1724 et 1737 L C’était presque un scandale, dans une Cour où l’immoralité était si générale et paraissait si naturelle que la vertu semblait chose extraordinaire et ridicule.

La Princesse Palatine écrivait : « Il se commet plus d’horreurs à Paris que jamais il ne s’en est commis chez les gentils, voire mêmeàSodome et àGomorrhe; ceux qui veulent être vertueux et vivre chrétiennement, on les tient pour sots et pour gens sans esprit; les vicieux sont aimés et les gens vertueux on les hait : c’est une vraie pitié »

1. 1727, Élisabeth; 1727, Henriette; 1728, Louise ; 1729, Louis, dauphin, père de Louis XVI; 1730, duc d’Anjou; 1732, Adélaïde; 1732, Victoire; 1734, Sophie; 1736, Thérèse; 1737, Marie.

2. Correspondance, III, p. 168. II ne faut pas oublier que la mère du Régent était allemande et il paraît que de son temps, déjà, la vue de nos

LA JEUNESSE DE LOUIS XV

Les premiers symptômes du changement se produisirent à la Muette, au commencement de 1732. « Le jeudi 24 janvier 1732, le Roi alors âgé de vingt-deux ans, soupait à la Muette, avec une vingtaine de courtisans. Au dessert, il but à la santé d’une inconnue, qu’il aimait secrètement. Après plusieurs discours, sur les dames de la Cour, il brisa son verre, tous les invités l’imitèrent et cherchèrent à deviner le nom de l’inconnue. On recueillit les voix de chacun : Mme la duchesse, la jeune, obtint sept voix, Mlle de Beaujolais autant, Mme de Lauraguais eut le surplus. Le Roi ne dit rien, mais peu après, on sut qu’il avait une passion secrète pour la comtesse de MaillyL »

Le duc de Richelieu a le cynisme de se vanter d’avoir, le premier, « attiré l’attention de son maître sur la comtesse de JMailly, dame du palais de la Reine et fille du marquis de Nesle qui portait le titre de premier marquis de France^ ». Le Roi d’ailleurs, ne se déclara pas de suite et le secret fut assez bien gardé, pendant quelque temps.

En 1734, le marquis de Pezé, qui venait de mourir, fut remplacé dans les fonctions de gouverneur de la Muette, par son beau-frère, Henri-Camille, marquis de Beringhen, de Châteauneuf et d’Uxelles, comte de Plessis-Bertrand.

L’origine de la famille de Beringhen est assez curieuse : Pierre Beringhen, né dans le duché de Gueldre, servait un

voisins d’outre-Rhin était aussi perçante pour apercevoir les pailles dans les yeux des Français, qu’elle était trouble pour remarquer les poutres qui obstruaient les yeux des habitants de la vertueuse et pudique Germanie. Il n’en est pas moins vrai que l’immoralité de la Cour était déplorable.

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