‹ Le château de la MuetteChapitre 9 sur 181 · HISTOIRE DE LA MUETTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA MUETTE

à gagner le cœur de Marguerite, que celle-ci à fixer le Vert Galant. Henri manquait de grâce et avait quelques défauts physiques*; la reine de Navarre, au contraire, était très belle, « hormis qu’elle avait les joues un peu pendantes et le visage un peu trop long; elle était aussi fort instruite. Elle parlait phébus, suivant la mode de ce temps-là, mais elle avait beaucoup d’esprit. Pour se rendre plus belle de taille, elle faisait mettre du ferblanc aux deux côtés de son corps, pour élargir la quarrure. Il y avait bien des portes où elle ne pouvait passer. Elle était coiffée de cheveux blonds d’or, blond de filasse blanchis sur l’herbe. Elle avait été chauve de bonne heure et, pour cela, elle avait de grands valets de pied blonds, que l’on tondait de temps en temps. Elle avait toujours de ces cheveux-là dans sa poche, de peur d’en manquer. »

Les écrivains et les poètes ont célébré, à l’envi, les charmes de Marguerite. « Pour parler de la beauté de cette rare princesse, dit Brantôme, je crois que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont été, près de la sienne, sont laides, car la clarté de la sienne brûle tellement les ailes de toutes celles du monde qu’elles n’osent, ni ne peuvent voler, ni comparaître à l’entour de la sienne. Que s’il se trouve quelque mécréant qui ne veuille donner créance au miracle de Dieu et de nature, qu’il la contemple seulement. »

Et Ronsard :

1. On raconte que Mme de Seymer, le voyant pour la première fois, dit : J’ai vu le Roi, mais je n’ai pas vu Sa Majesté. Mme de Verneuil l’appelait : Capitaine bon vouloir et disait qu’il puait comme charogne. Cela était vrai, dit Tallemant des Réaux, il avait les pieds et le gousset fins.

CHARLES IX ET MARGUERITE DE VALOIS

Voy comme son bel œil, mon bel astre divin Surmonte la clarté des lampes de ton temple,

Voy son corps de beauté le portrait et l’exemple.

Qui ressemble une aurore au plus beau du matin.

Brantôme, qui est intarissable sur ce sujet, raconte ce qui se passa, lorsque le duc d’Anjou (plus tard Henri III) fut élu roi de Pologne et qu’une députation, ayant à sa tête l’Evêque de Cracovie, vint à Paris pour lui notifier son élection. « Lorsque les ambassadeurs poulonnais vindrent en France... elle leur parust si belle, si superbement et richement parée et accoustrée, avecque si grande majesté et grâce, que tous demeuraient perdus d’une telle beauté. Et entre autres, il y eut, Lasqui, l’un des principaux de l’ambassade à qui je vis dire, perdu de cette beauté : « Non, je ne veux rien plus veoir après telle beauté. c< Volontiers, je ferais comme font aucun Turcs, pellerins « de la Mecque, qui demeurent si aises, si esperdus, si « ravis et si transis d’avoir veu une si belle et si superbe « mosquée qu’ils ne veulent plus rien voir après et se « font brûler les yeux par des bassins d’airin ardans qu’ils « en perdent la veue, tant subtilement le savent-ils faire, « disant qu’après cela rien ne se peut voir de plus beau « ny ne veulent rien plus voir après.... »

« L’Evêque de Cracovye fit l’harangue pour tous et en latin. La Reyne luy respondit si pertinnement et si éloquemment, sans s’aider d’aucun truchement, que tous en entraient en si grande admiration que d’une voix, ils l’appellerent une seconde Minerve ou déesse d’éloquenceh » Et l’auteur ajoute : « Je luy ay veu souvent faire de si beaux

Page 1