CHAPITRE IV
eut encore une fille en 1737, la Reine savait que le Roi ne se contentait pas de faire semblant. Un jour que Mme de Mailly lui avait demandé la permission de s’absenter, pour paraître à une réunion où devait se trouver Louis XV, elle avait répondu simplement : « Vous êtes la maîtresse ».
Marie Leczinska finit par se résigner. Parfaitement honnête, d’une haute piété, très bonne, très généreuse, quoique très économe pour elle-même, répétant sans cesse que « l’argent est la sueur des peuples » elle trouva, dans sa foi, consolation et soutien.
L’heure arriva où la comtesse de Mailly vit baisser sa faveur et fut supplantée par sa sœur cadette, Pauline-Félicité de Mailly. Une liaison simultanée avec les deux sœurs se poursuivit durant plusieurs mois, puis le Roi décida de marier la nouvelle venue, pour lui donner une situation à la Cour : l’heureux époux fut le comte de Vintimille, neveu de l’archevêque de Paris. Le mariage fut célébré, le 27 septembre 1739, à l’archevêché. « Mademoiselle, princesse facile et de bon accommodement, eut la complaisance de prêter son appartement, pour que les deux époux eussent l’air de consommer le mariage. Les nouveaux mariés se rendirent donc, avec elle et chez elle, au chateau de Madrid, pour sauver les apparences, tandis que le Roi vint souper à la Muette avec Mlle de Clermont, la duchesse de Ruffec, etc.... « Quand ils présumèrent que le souper des noces était fini, le Roi fit monter ces dames dans sa gondole et alla trouver, à Madrid, les nouveaux mariés, qui allaient se mettre au lit. Les mariés se disposèrent à se retirer pour coucher dans le même lit; le Roi fit l’honneur à Vintimille de lui donner la chemise;
LA JEUNESSE DE LOUIS XV
on observa même que Louis XV la donna sans embarras, comme sans jalousie, et que, le lendemain, on affecta de dire que le Roi était revenu coucher à la Muette, laissant dormir ensemble les deux époux. Mais d’autres assurèrent que c’était Vintimille lui-même qui, laissant au Roi sa place à Madrid, avait pris le lit de la Muette L
(( Mme de Mailly, dit Richelieu, n’aimait que la personne dans Louis XV, tandis que Mme de Vintimille n’aimait que l’empire, la gloire et le crédit. Toutes deux n’avaient aucune avidité. Mme de Vintimille était plus jeune, plus intrigante, plus spirituelle que sa sœur, mais elle n’avait pas une plus belle figure.... Elle avait l’ambition de dominer; peu à peu elle établissait son empire, mais toujours insensiblement et finissait par régner en
souveraine Elle fit si bien, avec Louis XV, que ce
prince ne s’avisa point qu’elle était laide, qu’elle avait un cou d’une longueur démesurée et que sa démarche était celle d’un grenadier. Sa taille était longue, grosse et sans rien d’agréable et sa sueur ou sa transpiration d’une odeur fétide, mais elle était tout génie et son ambition fut si active et si énergique qu’elle réussit à se faire aimer, par ses agaceries qui étaient fort du goût du feu Roi. Elle s’en fit adorer et, peu à peu, elle le conduisit jusqu’à le soumettre en entier^. »
Mme de Vintimille mourut, le 10 septembre 1741, non
1. D’Argenson, Mémoires, III, p. 125. Ce fut, d’ailleurs, un singulier ménage, M. de Vintimille, disent les mémoires du temps, ne pouvait souffrir sa femme. 11 disait que cette grande halbreda (femme mal bâtie) puait comme le diable et il ne l’appelait que son petit bouc. Sa sœur, Mme de Flavacourt, disait, en parlant d’elle : « Elle a la figure d’un gre* nadier, le col d’une grue et une odeur de singe ».