‹ Le Château de la PommeraieChapitre 2 sur 8 · C6 LV. CHATEAU · texte numérisé non relu

C6 LV. CHATEAU

Cependant, quand M. Duraesnil se leva, le jour avait paru depuis longtemps.il souffrait d'une ancienne blessure et avait passé la nuit dans une cruelle insomnie. Déjà la disparition de Charlotte était connue de tous les habitants du château. Madame Morel avait, la première, répandu la triste nouvelle. La consternation élait sur toutes les figures. Chiicun faisait ses commentaires et ouvrait un avis différent; mais nul nosait agir d'après sa propre impulsion et moins encore aller éveiller le général pour lui faire part de l'événement. Eugène et Ludovic eux-mêmes avaient reculé, à leur tour, devant une pareille mission. Joseph, ancien militaire, l'homme de confiance du général et particulièrement attaché à son service, paraissait réservé à cette tâche pénible et l'on attendait, dans une anxiété inexprimable, le signal accoutumé par lequel le génértil avertissait de monter à son appartement. Enfin, le redoutable coup de sonnette se fit entendre. Joseph monta lentement l'escalier, en s'avouant à lui-même que le premier coup de canon lire à son oreille sur un champ de bataille avait fait tressaillir moins vivement ses entrailles.

— Joseph, dit le général qui avait peine à se tenir debout, il faut que tu achèves de m'habiller, mon brave... Après quoi, tu me prêteras ton bras pour descendre, attendu que ma jambe refuse obstinément de faire son service aujourd'hui. La vieille rancunière est dans un de ses mauvais jours. Sous prétexte qu'elle sentait remuer la balle autrichienne qui s'est logée brutalement chez elle, à AusLerlitz, elle m'a tenu impitoyablement éveillé toute la nuit. J'aurais bien dû, vraiment, m'en séparer, quand on m'en donnait le conseil. Qu'en penses lu? — Oui, mon général, ré-

pondit machinalement Joseph tout en aidant son maître k s'habiller. — Quel temps fait-il ce matin? — Oui, mon général. — Ah ça, es-tu sourd aujourd'hui, dit le général avec impatience, ou bien jouons- nous aux coq-à-l'âne?... Je le demande quel temps il fait? — II fait très-beau assurément, mon général... — En ce cas, je ferai une petite promenade après déjeuner, avec l'aide de Dieu et le tien, mon vieux soutien... Donnemoi mon habit...

Joseph se mit a brosser Thabit de son maître avant de le lui présenter, tandis que le général, assis devant un petit miroir, ajustait, avec une certaine coquetterie, son col de salin noir dont le bord supérieur était orné d'un petit liséré blanc.

— Allons, fit le général au bout d'un instant, donnemoi mon habit, à présent.

Joseph, quittant sa brosseaussitôt, se mit a chercher tout autour de la chambre l'habit qu'il tenait suspendu sous son bras, allant et venant d'un endroit à l'autre et bouleversant les différents vêtements étalés sur les meubles.

— Eh bien! qu as-tu donc à tourner ainsi avec mon habit sous le bras, au lieu de me l'apporter, quand je le demande, vieux fou?

Joseph balbutia quelques mots et aida son maître à endosser son habit.

— Mon chapeau, ma canne... Allons, dépêchonsnous... Il doit être tard... Le déjeuner est-il servi? — Oui,- mon général. — Ludovic et Eugène sont-ils descendus? — Oui, mon général. — Et Charlotte est-elle prête?

Joseph regarda le général, ouvrit la bouche et resta immobile et muet.

IC Cn\TEAlT DE T-A POMMFn A1F, T. 1. O

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— RIillo tonnerres! s'écria le général avec fureur. J'ai demandé où était Charlotte... Répondras- tu, vieil ivrogne?

tin parlant ainsi, il avait saisi Joseph par le collet de son habit et le secouait avec force, comme pour le réveiller.

— Ah! ah! oui, mon général, sans doute, balbutia Joseph, Charlotte... mademoiselle Charlotte... elle est... elle est là, aussi... — Ah! enfin... fit le général tout en sappuyant, pour descendre, sur lépaule de son domestique... la peur t'a rendu la parole que le vin t'avait enlevée... xMaitre ivrogne, tu feras pénitence, je le le jure; je te retrancherai le vin pendant quinze jours...

Arrivé au bas de l'escalier, le général trouva tous les domestiques rangés sur son passage avec des airs de condoléance. Celte vue acheva de lirriter.

— Eh bien! vous autres, que faites-vous là? demanda-t-il avec humeur... Est-ce que par hasard j'aurais annoncé pour ce matin une iiispection gént*rale? Dans ce cas, tant pis pour moi, car vous n'êUs pas beaux, je vous en avertis, avec vos airs étonnés et vos figures d'hôpital...

En entrant dans la salle à manger, il salua froidement madame ^lorel, embrassa avec distraction Ludovic et Eugène et se mit à table. N'apercevanl pas Charlotte à sa place accoutumée :

— Pourquoi Charlotte nest-elle pas ici? demandat il à madame Morel. — Général... répondit madame ï^Iorel en minaudant la douleur et cherchant à donner à sa physionomie une expression do circonstance.

Joseph, qui se tenait debout derrière son maîire, voulut venir en aide à la gouvernante, -M, se penchant

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presque à l'oreille du général, il lui dit d'une voix mal assurée :

— iMon général, mademoiselle n'était pas... nous n'avons pas trouvé mademoiselle, ce malin, dans sa chambre.

Le général se leva brusquement.

— Ma fille! Charlotte! sécria-t-il. Qu'on cherche ma fille! qu'on me ramène mon enfant!

En disant cela, le général parcourait a grands pas la salle à manger, la surprise, l'effroi et la douleur morale l'empêchant de ressentir les élancements de la douleur physique.

— Madame, dit-il en s'adressant 'a madame Morel qui seule semblait avoir conservé toute sa présence d'esprit, je vous l'avais confiée... je vous rends responsable de tout ceci...

A ces mots madame Morel s'avança vers le général et lui présenta, avec mystère, une lettre qu'elle avait tenue cachée jusque-là. Après l'avoir parcourue, le général pâlit; ses lèvres, devenues bleues, s'enlr'ouvrirentsansquilcn sortît une parole. Ses genoux tremblaient. . . Joseph s'approcha pour le soutenir. Le généri.l regardait tour à tour la lettre et madame Morel.

Comment celle lettre vous est-elle parvenue? lui demanda-t-il enfin. Qui vous l'a remise? — Je l'ai trouvée ce matin dans la chambre de mademoiselle.

— Lui! Urbain! un lâche et un perfide! répélait le général. C'est impossible! Oh! mon Dieu!... Joseph! les chevaux à la voi'urel a l'instant mémo! El disposetoi 'a m'accompagner.

En un instant tout fut prêt.

— Où allons-nous, mon général? demanda Joseph.

— A Ikjucn, d'abord.

Au moment de monter en voiture, le général se retourna.

— Madame, dit-il à madame Morel d'un ton sévère où perçait le soupçon, quel que soit le résultat de mes tlémarclics, n'oubliez pas que vous avez un compte à me rendre...

Le soir de ce jour, le général parcourait en poste cette même roule où Urbain et Charlotte avaient passé la veille, en diligence. A Rouen il n'avait pu recueil^lir aucun renseignement. Le nom d'Urbain se trouvait seul inscrit sur les registres de la poste, Charlotte ayant pris la diligence a trois lieues de la ville. Dans lignorance de cette cuconstance, le général se livra tout le jour aux plus minutieuses recherches. Nul n'avait aperçu, en compagnie d'Urbain, la jeune fille dont il donnait le signalement, et elle n'était certainement partie par aucune des diligences qui, dans la journée, avaient été dirigées Fur Paris.

Désolé, mais ne perdant pas encore tout espoir, le général partit sans délai pour Paris, en compagnie de Joseph. Sur la route, à chaque rtlais, mêmes questions et mômes résultats. La nuit avait favorisé les fugitifs, et nul n'avait aperçu la jeune fille.

A Paris, un rayon dcspérance ranima tout à coup le cœur du pauvre père. Le conducteur qui avait reçu la jeune fille dans sa voiture pendant la route donna sur sa personne des renseignements tels que le général y reconnut sans hésitation le portrait de Charlotte. Maislb se bornèrent ses découvertes et sa joie. En cet endroit il perdait entièrement la trace des fugitifs, et il lui devenait plus difficile que jamais de la retrouver.

Quatre mois furent employés, soit en recherches

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personnelles et en efforts de toutes sortes, soit en sollicitations infatigables auprès de Tautorité. Le général ne ménagea ni ses peines, ni son argent. Joseph le secondait avec intelligence et courage dans toutes ses tentatives. Chaque soir, en rentrant, il rendait compte a son maître du résultat de ses démarches. Celui-ci Técoutait d'un air abattu, et lui donnait de nouveaux ordres pour le lendemain, en répétant chaque fois avec un découragement croissant :

— Allons, encore un jour, encore un effort, mon bon Joseph. La Providence ne peut pas nous abandonner ainsi!...

Quelquefois, sur l'indice le plus incertain, sur la plus légère apparence, le pauvre père se livrait aune joie insensée... Kt puis, le lendeninin, tout s'éteignait de nouveau dans son cœur... C'étaient des alternatives d'espérance et de désespoir, de vie et de mort, à tuer l'organisation déjà tant éprouvée d'un vieux militaire. Joseph n'était pas moins épuisé que son maître par cette vie d"émotions continuelles, de marches forcées et de fatigues de toutes espèces.

— C'est assez, mon ami, lui dit un jour le général en lui serrant fortement la main. La partie est perdue... 11 est inutile de laisser ici, tous deux, nos vieux os... Retourne à la Pommeraie... Va-t'en te reposer, Uion brave, et laisse-moi seul ici...

Un refus positif, le premier que le général eût essuyé de la part de Joseph, fut toute la réponse de celui-ci. Le général alors baissa la tête pour dérober K'S larmes qu il sentait rouler sous sa paupière... Au bout de quelques instants, il reprit :

— Va donc commander dos chevaux, pour quo nous luirtions ensemble...

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Après le départ do M, Dumesnil, le château de la Pommeraie avait pris un aspect inaccoutumé. On eût dit que le deuil de ceux qui l'habitaient avait répandu comme une teinte de tristesse autour de lui. Un silence profond s'était fait dans son enceinte. On n'entendait plus la voix des enfants sous les charmilles. Plus de jeux sur la pelouse, plus de cris joyeux. Les domestiques inoccupés allaient et venaient d'un air inquiet, causant avec mystère et échangeant des signes d'intelligence. Les enfants erraient tout le long du jour, comme accablés du poids de leurs loisirs. Eugène avait dévoîé tous les livres de la bibliothèque de son père. Ludovic ne trouvait plus aucun plaisir à jouer de méchants tours à madame Morel. Ses antipathies d'enfant pour cette femme s étaient changées peu à peu en une haine véritable, qu'il avait peine h dissimuler, et qui, en l'absence d'une autorité supérieure, rendait la position de l'ex-gouvernante fort difficile. Cependant, c'était à elle que le général avait remis, en partant, la direction de sa maison. Le temps avait dissipé, en grande partie,le3 soupçons qu'il avait conçus dans le premier mouvement de la douleur. C'est a elle qu'il écrivait, de loin en loin, scit pour l'instruire de l'état de la poursuite qu'il avait entreprise, soitpourlui donner quelques avis sur ses affaires personnelles et radministra*ion de sa maison. Aux plaintes qu elle lui adressait souvent sur l'insubordination de Ludovic, les lettres du général répondaient habituellement par un blâme sévère, qui ne faisait qu'alimenter la colère et l'aversion de Ludovic.

Cependant , l'instinct de Ludovic ne l'avait pas trompé, et sa haine n'était que trop fondée : madame Morel était bien, en effet, la cause déterminante du

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malheur qui avait frappé la famille du général, et Ludovic en particulier. Celui-ci avait pour sa sœur une tendre affection, et sa raison, plus développée que celle de son frère, avait fini par lui rendre suspecte l'excessive indulgence de la gouvernante pour son élève. La disparition de Charlotte avait complètement justifié ses soupçons. Non-seulement madame Morel avait préparé la faute de Charlotte par ses complaisances, mais c'était elle encore qui l'avait inspirée. C'étaient ses conseils perfides qui avaient dirigé et soutenu l'inexpérience et l'irrésolution de Charlotte. C'était elle, en un mot, qui l'avait déterminée a fuir de la maison de son père, et lui en avait indiqué les moyens.

Un intérêt misérable et mal entendu lui avait dicté cette lâche conduite. Elle ne doutait pas que la tendresse du général, plus forte que tout autre sentiment, narrachât son consentement à un mariage devenu nécessaire. Et, dans ce cas, la parole formelle de Charlotte et la reconnaissance d'Urbain lui assuraient une existence heureuse et tranquille. Les difficultés de sa position au château de la Pommeraie, la certitude de la voir bientôt lui échapper et surtout l'impossibilité de jouer plus longtemps son double rôle avec impunité, toutes ces considérations l'avaient déterminée pour le parti honteux qu'elle était parvenue à faire adoptera Charlotte. Ce ne fut pas sans beaucoup d'efforts qu elle avait pu étoutfer les scrupules de la fille du général. Il lui avait fallu bien des insinuations perfides et bien des mensonges de langage pour égarer les instincts vertueux et triompher des terreurs naïves de la jeune fille.

Enfin, l'expérience et l'amour remportèrent sur de vagues scrupules.

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.Madame Morel attendait avec impatience le retour de M. Dumesnil pour quitter sa maison. Elle s'y sentait mal à Taise et en serait partie déjà depuis longtemps, sans la crainte de réveiller des soupçons. Dès que le général fut arrivé, elle demanda et obtint sans peine la permission de se retirer. Elle reçut même de la faiblesse du général un témoignage écrit de ses bons offices, en qualité d'institutrice de Charlotte, et de sa haute moralité. Depuis qu il avait perdu tout espoir, M. Dumesnil semblait avoir perdu toute énergie. 11 n'y avait plus de place dans son cœur que pour la douleur. Le chagrin en avait banni les soupçons.

Alors, le général s'enfonça en quelque sorte dans la solitude pour y vivre seul avec ses regrets. La vuo même de ses enfants lui devenait pénible en réveillant sans cesse des souvenirs cruels. D'ailleurs, après la trahison d Urbain, il n'avait plus de confiance en personne, et l'abanJon de ?a fille chérie ne lui permettait pas plus de croire aux affections sincères qu àla vertu, il envoya Ludovic et Eugène terminer leur éducation dans un pensionnat de Rouen et s'enferma dans son appartement, ne voulant recevoir d'autres soins que ceux de son fidèle Joseph.

Le premier mouvement de Charlotte, après avoir rendu sa faute irréparable, avait été d'implorer le pardon de son père. Une rétlexion d'Urbain len empêcha. Il fallait laisser à la colère du général lo temps de se

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calmer. En allendanl, Urbain avait pris toutes les procautions capables de le dérober aux recherches dont il no manquerait pas dêtre lobjet, A l'abri d'un nom emprunté, il s'était logé dans un des faubourgs les moins fréquentés, et, comme il parlait également bien l'anglais et le français, il s'était présenté pour un jeune professeur de langues, arrivant de Londres, et marié à une Française. Cette fable réussit facilement auprès des simples habitants de la pauvre maison où il vint s'établir, efcil parvint ainsi, comme nous l'avons vu, à fatiguer Topiniâtro sollicitude du père de Charlotte. ]\Iadame Morel, seule, avait été instruite, par l'officieuse intervention d'une amie, du nom sous lequel Urbain se tenait caché et de la retraite qu'il avait choisie.

Lancé fatalement dans la faute contre laquelle il avait lutté si longtemps, Urbain en accepta courageusement toutes les conséquences. Son dévouement fut au niveau de lamour de Charlotte, Il avait bien pu en repousser quelque temps les timides solHcitations; mais aujourd'hui qu'il était, pour ainsi dire, en sa puissance, qu'il en subissait incessamment l'influence, comment n'en aurait-il pas été ému et nel'aurait-il point partagé? A mesure que le cœur de Charlotte s'ouvrait à des sentiments, à des sensations nouvelles, celui d'Urbain semblait s'animer par degrés. Les innocentes coquetteries de Charlotte, les dangereuses suggestions d'une nature rêveuse l'avaient séduit; l'amour exalté et puissant de sa jeune compagne l'enivra. Ce n'étaient plus ces mystères pudiques, ces rougeurs subites, ces demi-aveux, ces élans comprimés et tous ces riens charmants qui éclosent, comme autant do fleurs timides, dune amo vierge encore. C'était une

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passion ardente, riche et profonde; ou plulôt un mélange des poétiques niaiseries d'un premier amour et des emportements d'un sentiment que le cœur ne peut contenir et que nulle crainte n'arrête plus. Lo caractère réfléchi d'Urbain en fut ébranlé; il se sentait comme gagné et euvahi peu à peu par tout ce luxe de séductions. C'étaient tour à tour de la part de Charlotte de brusques élans, des rêveries profondes, des tendr.esses infinies et des enfantillages incompréhensibles. Ses contraintes passées, ses soupirs étouffés, semblaient fournir aujourd'hui un aliment et comme un point d'appui à sa passion. On eût di!. que son énergie naturelle s'était accrue de tout ce qu'elle n'avait pas dépensé. Le souvenir même des marques de respect accordées à l'autorité paternelle d'Urbain et des craintes puériles que lui inspirait quelquefois la gravité de ses fonctions et de son caractère était comme un stimulant et un charme de plus dans la libre possession de son bonheur. Urbain se prêtait à toutes les folles idées évoquées par cette riante imagination, aussi bien qu'aux rêves qu'elle enfantait pour l'avenir. Leur vie s'écoulait ainsi, paisible, ignorée, toute pleine de joies expansives et de bonheur intime. Urbain s'étonnait de ne pouvoir former aucun désir. Charlotte s'affligeait de le trouver au-dessous de l'ardeur immense qui la dévorait.

Ce bonheur fut un éclair dans leur existence, La prévoyance naturelle dUrbain, endormie quelque temps dans les enchantements d'une première passion, se réveilla bientôt en face des tristes réalités de la vie sociale. Les faibles épargnes amassées par lui étaient dissipées. Quelques bijoux emportés prudemment par Charlotte, sur les conseils de madame Mo-

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T'A, avaiont été vendus successivement, et le produit en était absorbé chaque jour. Dans cette extrémité, Urbain voulut pourvoir par lui-même aux nécessités du moment. Ses talents et son instruction variés devaient lui offrir plus d'un moyen de vivre honorablement, sinon heureusement. Mais, inconnu, sans appui, il essuya bien des humiliations. Sa tendresse pour Charlotte, la pensée d'un grand devoir à remplir, pouvaient seules soutenir son courage. Il sollicita donc avec une infatigable persévérance et dans toutes les carrières un emploi quelconque. Malheureusement Urbain n avait que du mérite, et sa science n était attestée par aucun diplôme. Livré, dès sa première jeunesse, à ses propres ressources, et n ayant pour patrimoine que son industrie, il avait été forcé de renoncer à faire viser, par leS autorités compétentes, la somme d'intelligence qu'il devait à la nature et à l'étude. Cette né2;li2;ence forcée lui fut fatale. Il offrit en vain plus d'une fois de se mettre à l'œuvre pour fournir la preuve de sa capacité. On lui répondait en lui demandant l'exhibition de ses titres dhomme d'esprit et de savoir, et plus d'une porte se referma devant son talent apocryphe.

Le caractère même d'Urbain formait peut-être l'obstacle le plus sérieux au succès de ses démarches. En même temps que sa modestie laissait son mérite dans l'obscurité, sa fierté naturelle et le sentiment de sa valeur personnelle se pliaient difficilement au rôle de solliciteur, et se révoltaient contre les humiliations. Il demandait avec dignité, intimement convaincu qu'il offrait une valeur plus grande que celle qu'il réclamait en échange. Cette juste estime de soi-même empoche presque toujours le succès,parce qu'elle éveille infail'i-

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blement autour d'elle l'inslinct de la jalousie. Urbain so heurtait incessamment contre des difScullés nouvelles, faute de vouloir se courber pour les éviter ou dévier de la ligne droite pour les tourner. Ces luttes perpétuelles entre sa nature et les nécessités de sa position l'irritaient, sans rien changer a son caractère. ,

Ce n'était pas pourtant, il faut le reconnaître, que sa vertu ne pût consentir à aucune transaction.,, Cne circonstance toute récente témoignait assez de sa fragilité, mais il avait du moins combattu longtemps. C'était là précisément le principe dominant de son organisation. Son cœur pouvait succomber, mais il ne s'abaissait jamais volontairement. Ardent, passionné, il était fatalement prédisposé peut-être à subir la séduction, mais il n'allait jamais au-devant de la tentation, et la repoussait de toutes ses forces. Si sa sensibilité extrême le livrait souvent à de dangereuses suggestions, son âme s'égarait sans se dépraver. Il était dans sa destinée de ne faiblir jamais que par dévouement, et de ne rencontrer d'obstacle insurmontable à son bonheur ou à sa fortune que dans ses qualités mêmes.

Cependant sa tendre sollicitude pour Charlotte, la responsabilité de cette chère existence qui reposait désormais sur lui seul, triomphèrent des résistances de son caractère. Urbain s'humilia et rapetissa son orgueil au niveau de sa position. Les moyens les plus mesquins, les plus sottes flatteries et les sollicitations les plus obséquieuses furent mis en usage pour obtenir les emplois les plus infîmes. Le souvenir de Charlotte qu'il évoquait sans cesse à son aide lui donnait la force du tout oser et de tout supporter. Son amour même,

cet amour si pur et si touchant dont il était fier et dont il eût voulu se parer à tous les yeux, cet amour l'obligeait à ramper pour elle, et lui commandait de se dégrader... Ce fut en vain. Les rangs étaient si serrés dans cette ruche immense qu'on appelle la société, et qu'envahissent les frelons, qu Urbain ne put parvenir à y trouver une place. Et pourtant, en s'abaissant encore d'un degré seulement, le succès eût été possible. Il ne fallait que de l'audace ou de la perfidie; écraser ou calomnier ses rivaux... Urbain ne se sentait capable ni de cet effort de l'orgueil, ni de ce genre d' habileté...

Il était à bout de patience et d'ignominie... Une fureur impuissante s'empara de lui... Il s'avouait avec rage qu'il s'était dégradé sans profit. Vainement il avait colporté dans tous les rangs de la société son intelligence et son dévouement; tous deux avaient été repoussés ou méconnus. A la première il manquait le timbre, et le second n'avait qu'une valeur relative. Sa modestie lui avait nui dans l'estime des sots, sa dignité avait fait ombrage aux plus clairvoyants. Il avait déplu aux grands et excité la méfiance des petits. Les plus bienveillants étaient sans crédit; les plus puissants étaient sans bienveillance. Les uns avaient procédé à son égard par exclusion; les autres en usaient avec lui comme Fabius le Temporiseur envers l'ennemi des Romains. Un haut fonctionnaire lui avait offert sa protection à prix d'argent. Les plus honnêtes gens lui conseillaient de prendre rang dans l'administration par une place de surnuméraire, afin d'être adnnis, après plusieurs années d'épreuves et de travail gratuit, à recueillir quelques menus morceaux de la manne miniflérielle... Urbain récapitula en lui-

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même les différents semplois qui pouvaient cadrer avec son organisation particulière ou avec la nature de ses connaissances : plusieurs lui convenaient; mais il se trouva qu il ne convenait à aucun, la plupart étant des charges vénales, ou exigeant tout au moins des dépenses préalables ou des avances considérables... Urbain, en promenant les yeux autour de lui, reconnut avec effroi que sa place n'était marquée nulle part au banquet social; que son intelligence était un instrument stérile, parce quelle manquait de point d'appui, et qu'il était impuissant à protéger les autres et luimême.

Cependant le hasard, à défaut des hommes, parut vouloir le prendre sous saprotection.il fut agréé, dans une riche maison du faubourg Saint-Germain, en qualité de répétiteur dun jeune garçon. La rétribution était légère, mais c'était une prime offerte au travail persévérant, une avance prise sur la misère qui commençait à se faire sentir. Le courage d'Urbain se ranima; il fit de nouveaux efforts pour rendre sa position moins précaire et 1 existence de Charlotte plus facile et plus douce. Les longues heures que lui laissaient ses récentes fonctions, il les employait a chercher d'autres occupations plus lucratives. Une partie de ses journées se passait en démarches et en courses vaines, à travers cette ville immense oia le travail manque à ceux-là mêmes qui n'ont que le travail pour moyen et pour ressources. Urbain rentrait chez lui fatigué d'esprit et de corps; mais il ne proférait pas une plainte, et s'efforçait de paraître oublier, sous les soins de Charlotte, les dégoûts profonds et les défaillances de son âme.

Une conliDuelle inquiétude se mêlait aux secrets

ennuis d'Urbain. La prudence leur commandait a tous deux une retraite absolue, et les fréquentes excursions d'Urbain l'exposaient à être reconnu d'un moment à l'autre. Quant à Charlotte, elle s'était elle-même condamnée à ne sortir jamais pendant le jour. Quelquefois seulement ils allaient ensemble, le soir, visiter une amie de madame Morel, celle-là même qui s'était chargée de recevoir, sous son couvert, la correspondance de Charlotte avec son institutrice. Cette dame avait témoigné, dès l'abord, une bienveillance extrême a Charlotte et à Urbain. Elle prenait le plus vif intérêt a leur position et leur donnait, sous ce rapport, des conseils marqués au coin d'une prudence consommée. Souvent elle se plaisait a les rassurer sur l'avenir en leur présentant comme inévitable et prochain le pardon de M. Dumesnil. Dans le cas même où, par impossible, ce pardon leur serait refusé, elle n'avait pas hésité 'a leur orfrir, de la manière la plus positive et la plus pressante, ses services personnels. Son indulgence égalait d'ailleurs sa bonté naturelle. Elle appelait Charlotte sa colombe voyageuse, et plaisantait gaiement Urbain sur ce qu'il avait fait, disaitelle, l'école buissonnière avec son élève.

Madame d'Ortès, ainsi se nommait l'amie de madame Morel, pouvait avoir de trente à quarante ans. 11 eût été difficile de dire, même par approximation, à quelle dislance elle se trouvait en réalité, de ces deux points éloignés. C'était une petite femme toute gracieuse et mignarde. Ses manières ofTraient un mélange de familiarité choquante et d'amabilité expansive qui attirait et repoussait en même temps. Ses traits réguliers et fins avaient peut-être quelque chose de trop arrêté qui leur donnait un certain caractère de dureté.

Ses yeux bleus, qui tranchaient sur les tons bruns de son visage et sur le noir luisant de sa chevelure, brillaient parfois d'un éclat incisif et mordant. Mais ce n'élail qu'uniclair, et ils reprenaient presque aussitôt leur langueur caressante et leur douceur habituelle. Toute sa personne respirait la coquetterie la plus raffinée et je ne sais quoi de discret et de mystérieux. Son langage, ainsi que ses manières, avait ce double caractère de hardiesse et de retenue étudiée qui la classait tour à tour par une nuance insaisissable et changeante entre la femme libre déchue. On eût dit qui! y avait en elle deux personnes dont Tune servait à l'autre comme de voile et de passe-port. La maison de madame d'Orlès était, comme sa personne, mystérieuse et suspecte. C'était une de ces maisons à \ index où une honnête fenmie n'est jamais entrée que par surprise, d'où un jeune homme ne sort jamais sans y avoir laissé quelque chose des délicatesses de son âme el de sa loyauté naturelle. Madame d'Orlès recevait chez elle une société élégante où la galanterie des hommes n'était pas toujours contenue dans les limites d'une bienséance irréprochable, quoiqu'ils appartinssent presque Ions a Taristocralie du rang, de la naissance ou de la fortune. C'étaient, en général, des noms illustres dans l'armée, dans les arts, dans les lettres, dans la politique ou dans la finance. Quant aux femmes, sauf quelques rares exceptions, il faut convenir qu'elles paraissaient fort audessous, par leur éducation, des hommes qu'on leur adressait. Quelques-unes n'étaient plus jeunes, un très-petit nombre étaient véritablement jolies; mais toutes exhalaient un luxe qui eût ruiné toute autre femme, et une coquetterie capable de détruire en

un jour la réputation la plus solidement établie.

Urbain n'alla d'abord que rarement chez madame d'Ortès, et les jours où elle ne recevait que ses intimes. Peu à peu il s'enhardit jusqu'à paraître dans les grandes réunions. Quant à ce qui s'y passait, Urbain voyait tout à travers le voile de ses illusions. Quoique doué d'une remarquable perspicacité, il avait trop peu d'expérience, et il avait trop vécu en dehors du monde pour en connaître tous les vices et les honteux mystères. Les dehors brillants qui recouvraient ceux dont il était témoin leur enlevaient ce qu'ils auraient eu d'odieux et de repoussant pour lui. Il croyait, d'ailleurs, à la bienveillance que madame dOrtès lui témoignait et au crédit qu'elle devait à ses relations avec des hommes riches ou puissants. Quant à Charlotte, il eut soin de ne la conduire jamais chez madame d'Ortès qu'aux jours et aux heures où il savait qu'elle devait être seule.

En arrivant à Paris, madame Morel était descendue chez madame d'Ortès. Son premier soin fut d'écrire à Charlotte pour la prévenir de celte double circonstance , et l'avertir qu'elle l'attendait dans la journée, empêchée qu'elle était de sortir par une extrême lassitude. Quoique envoyée de bonne heure à Charlotte, cette lettre ne lui fut remise que fort tard. On était au mois de novembre, et la nuit approchait. Charlotte se trouvait seule en ce moment. Urbain venait de sortir. Elle hésita quelque temps Si elle attendrait jusqu'au lendemain pour se rendre tardivement, à l'invitation de madame Morel; mais pressée par la curiosité, plus forte que la crainte de s'aventurer seule la nuit dans les rues de Paris, avide d'apprendro des nouvelles de sa famille, surtout de connaîtra

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enfin les dispositions de son père à son égard, elle ne put résister au désir qui l'obsédait; elle courut tliez madame d'Ortès.

A sa grande surprise, elle trouva madame Morel et madame d'Ortès dans une toilette recherchée, au milieu d'un cercle de femmes élégamment parées. Quelques hommes causaient familièrement avec elles, assis sur les divans, ou debout devant la cheminée. Charlolle qui, évidemment, n'était pas attendue, avait été introduite, par une erreur des domestiques, sur la foi de son apparente intimité avec la maîtresse do la maison. A l'aspect de cette foule, elle hésita un instant sur le seuil du salon, puis elle courut se jeter toute honteuse dans les bras de madame Morel. Les deux amies échangèrent rapidement un coup d'œil d'intelligence. Madame Morel était visiblement contrariée, madame d'Orlès qui paraissait comprendre la cause secrète de l'embarras de son amie, se leva pour aller à son aide.

— Madame Morel, dit-elle à Charlotte d'un air sentimental et pénétré, a bien voulu sacrifier a mon amitié égoïste les quelques heures de repos dont elle avait un si pressant besoin... Vous me pardonnerez, sans doute, d'avoir préféré mon plaisir personnel à l'intérêt de sa santé, puisque c'est a moi que vous devez le bonheur de la voir à cette heure... — Oh! mainte nant, je ne sens plus la fatigue, interrompit madame Murel en embrassant Charlotte avec des élans de tendresse maternelle. Chère enfant! quel bonheur de nous trouver enfin réunies!... Mais pourquoi ne vous ai- je point vue plus tôt, ainsi que je vous lavais demandé? ÊtcoDiment êtes-vous venue srns ce cher... sans votre mari?...

DE LA POMMl^RlIE. to

Charlotte rougit et fit connaître la cause de son retard et de l'absence d'Urbain.

— Cet excellent petit mari, fit madame d'Orlès reprenant, sans s'en apercevoir, son ton de familiarité choquante, comme il va être inquiet de votre absence, à son retour! Car, je gage que dans votre précipitation vous aurez oublié de !e rassurer par un mot, petite é-iourdie... Vous nous l'amènerez, demain, pour nous dédommager, mon amie et moi, n'est-ce pas, cher ange? — Vous êtes vraiment trop bonne, madame, balbutia Charlotte interdite.

Puis, elle ajouta en baissant la voix et s'adressant à madame Morel :

— De grâce, madame, parlez-moi de mon père, de ma famille.

Madame Morel se leva et emmena Charlotte à une extrémité du salon, où elles s'assirent toutes deux à l'écart. Madame Morel gardait le silence, comme embarrassée de ce qu'elle avait à dire: Charlotte n'osait l'interroger.

— Ludovic et Eugène, que font-ils? demanda-telle, comme pour préluder a une question plus importante et qu'elle retenait sur ses lèvres... parlent-ils quelquefois de leur sœur? — Bien souvent... entre eux, dit madame Morel, répondant ainsi d'avance à cette autre question que Charlotte n'csait lui adresser. — Ainsi donc, reprit Charlotte en pâlissant, mon nom même est proscrit par mon père, et mes frères n'ont j : s le droit de le prononcer devant lui!... Quoi! toujours inflexible!... Quoi!... pas un mot, pas un regret pjur son enfant... C'en est fait; plus d'espoir pour moi... — Oh! je ne dis pas cela, répliqua madame Morel avec l'accent de la commisération... Au con-

traire, je suis persuadée que le temps finira par triompher d'un ressentiment que combat une tendresse profonde...

Charlotte comprit, a la banalité même des consolations qui lui étaient adressées, qu'elle devait renoncer pour jamais au pardon de son père et aux illusions do bonheur qu elle avait caressées jusqu'alors. En dépit de tous ses efforts pour soutenir le coup mortel qui venait de lui être porté, les larmes jaillissaient de ses yeux, et elle se retourna vivement, en cachant sa figure dans ses mains, pour éviter les regards qui s'attachaient sur elle.

Pendant ce temps, madame d'Ortès donnait, d'un air mystérieux, aux personnes qui l'entouraient, des explications sur l'apparition et la personne de la jeune inconnne. On parlait à voix basse, on échangeait des signes d'intelligence. De temps en temps, sur un mot de madame d'Ortès, un sourire d'incrédulité entr'ouvrait les lèvres des femmes qui l'écoutaient. D'autres fois elle s'efforçait de réprimer, par un geste, un cri d admiration ou de surprise, échappé à quelqu'un des hommes penchés curieusement au-dessus du cercle dont elle occupait le centre.

Les chuchotements indiscrets et les rires étouffés arrivaient, comme une mordante ironie , jusqu'au cœur de Charlotte. Deux des auditeurs de madame d'Ortès s'étaient simultanément rapprochés delà jeune fille par un mouvement de curiosité hardie, et se tenaient debout dans l'embrasure d une fenêtre en la considérant avec une opiniâtreté msultante, et exprimant tour à tour à haute voix l'intérêt et l'admiration qu'elle leur inspirait. En la voyant pleurer, l'un d'eux s'avança d'un air de pitié étudiée

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— Eh! ma chère enfant, lui dit-il, est-ce que l'on pleure à votre âge? Les larmes, croyez-moi, doivent être laissées aux vieilles et aux laides. Des yeux comme les vôtres ont bien autre chose à faire, vraiment..

Celui qui parlait ainsi était le chevalier de Moranges, petit homme sec et ridé, vêtu avec une recherche remarquable. Une magnifique chevelure blonde aux boucles soyeuses et parfumées contrastait avec les tons jaunâtres de sa figure desséchée en dépit du vermillon irréprochable qui couvrait ses joues.

Charlotte, hors d'état de répondre, se serra contre madame Morel.

— De grâce, ma toute belle, poursuivit le petit homme, respectez la fraîcheur et l'éclat de votre teint... Il n'y a rien que le chagrin fane si vite que ces fleurs-là... Voyons, ajouta-t-il en s'asseyant familièrement près d'elle, contez- moi vos chagrins... On dit que cela fait du bien... J'en sais déjà quelque peu. — Monsieur! fit Charlotte avec dignité. — Oh! je sais que vous allez me dire qu'il n'y a pas de remède possible... que votre chagrin sera éternel... Bien, bien... Je connais tout cela, foutes les jolies filles qui ont des peines de cœur disent de ces choses-là. Heureusement qu'il n'en est rien... Il y a toujours dans quelque coin d'un jeune cœur un rayon de soleil prêta poindre au milieu des plus violents orages... — Bravo! mon cher chevalier, interrompit le jeune marquis de Vibrac, voilà qui est des plus gracieux et qui va directement, à son adresse! Je ne vous connaissais pas un pareil goût pour la poésie. —Eh! morbleu, poursuivit le galant suranné, à tout péché miséricorde! La colère de votre père ne durera pas toujours... J'en sais

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