‹ Le Château de la PommeraieChapitre 4 sur 8 · J30 LE CHATEAU · texte numérisé non relu

J30 LE CHATEAU

cria Urbain. Jo vous déclare, moi, que je brûlerai l<i cervelle à celui qui osera porter 1rs mains sur elle...

— Vous auriez lort dans lintérêL de voire protégée, répliqua de Yibrac sans se déconcerter; je suis riclie, amoureux, fort bUisé sur les conquêtes fitciles... Une jeune femme honnête et charmante fera de moi tout cequ'çll.3 voudra... un mari peut-être',.. Kt, puis vous conviendrez que rien dans ma figure ne m'interdit Tespérance d'un tendre retour... El si, pour l'obtenir, je vous promettais, foi do gentilhomme, de nuser d'aucuns moyens violents... consentiriez-vous enfin?...

Urbain regarda quelque temps Yibrac d'un air de surprise et de doute... Puis, faisant un effort sur luimême el surmontant son émotion, il répondit :

— Je consentirais a tout, sur la foi de votre parole, el en vue du bonheur de Charlotte.

En ce moment un bruit léger se fit entendre sous le b:dcon. Urbain se pencha avec inquiélu !e en dehors de la fenê.re.

— Il ma semblé, dit-il, entendre du bruit au-dessous de ce balcon. On nous écoutait peut-être... — Quelle folie! répliqua Yibrac. Ne voyez- vous pas que c'est le vent du soir qui tourmente les branches de ce massif?

En effet, les branches d'un mélèze placé devant la fenêtre s'agitaient en frémissant sous le souffle du vent.

Yibrac s éloigna, Urbain rentra dans le salon.

Pendant ce temps, Charlotte s'était levée par un mouvement convulsif, en entendant les dernières paroles prononct'es par Urbain, en signe d'assentiment. Il lui semblait qu'un bras impitoviible la repoussait

sur une pente rapide, après lavoir tenue longtemps suspendue dans le vide. Elle croyait sentir la terre vaciller sous ses pas et prête à s'entrouvrir autour d'elle... Un horrible chaos bourdonnait dans s a tête. Ses idées s'entre-choquaient. Ses jambes se dérobaient sous elle. Sa vue se troublait. Et pourtant, ello n'avait qu'une pensée , relie de fuir, d'échapper a un pressant danger et au plus affreux supplice.

Tout à coup il lui sembla entendre des pas dans le jardin. Alors, rassemblant toutes ses forces, elle s'élança vers la porte, traversa rapidement la cour d'entrée et se retrouva dans la rue devenue déserte et sombre. Charlotte, sans s'arrêter, ni retourner la tête, parcourut ainsi plusieurs rues, traversa le boulevard, puis la place et le pont de la Concorde, et poursuivit sa course en suivant la rive gauche de la Seine... Où allait-elle ainsi? Charlotte elle-même ne le savait pas, ou plutôt elle obéissait, à son insu, à un secret sentiment, à un souvenir confus. ElUe se rappelait vaguement qu'elle avait ressenti, ce jour-là même, une tristesse profonde et avait quitté furtivement sa demeure dans de sinistres projets. Mais elle n'aurait pu dire ce qui s'était passé depuis ce moment; seulement, de temps en temps, une voix lugubre, qu'elle prenait pour celle d'Urbain, faisait entendre à son oreille des paroles infâmes. Il lui semblait qu'on l'appelait do noms odieux, et qu'Urbain lui-même la poursuivait pour la livrer. Une fois même elle crut distinguer le bruit de deux chevaux galopant derrière elle, puis des pas précipités. Alors sa raison 1 abandonna, et ayant fait instinctivement le signe de la croix, elle s'élança sur le parapet du fleuve.

Page 1