LK CHATEAU
Au même instant elle se sentil arrêtée par une Uid'in vigoureuse.
— Au secoursl ayez pitié de moi, s'écria Charlotte en se débattant. Au nom du ciel, laissez-moi, jaime mieux mourir.
Lliomme qui l'avait saisie, après s"ê!.re efforcé en vain de calmer sa frayeur, lui mit la main sur la bouche, et l'entraînant vers une voiture arrêtée à quelques pas, il la déposa dcns Tintérieur, en s asseyant à côté d'elle, et ordonna au cocher de retourner par le môme chemin.
L'homme qui venait d'arracher Charlotte à un acte de désespoir insensé élaii M. de Ceyran. Sa voilure s'arrêtait à deux pas de la maison d'Irma, lorsqu'il en vit sortir Charlotte. L h^^ure déjà avancée, le soin qu'elle semblait mettre à éviter les regards des passants, la précipitation de sa démarche éveillèrent dans l'esprit de M. de Ceyran une curiosité mêlée d'inquiétude. 11 la suivit de loin, dans sa voiture, et arriva devant la maison de madame de Saint-Venant, au moment où Charlotte venait d être transportée chez le concierge. Après avoir pris des renseignements sur la cause de sa disparition, ilattendit, à quelque dislance, persuadé qu'elle ne tarderait pas à ressortir. Etonné, au bout d'un temps assez long, de ne point la voir revenir, il se décida à aller s'enquérir lui-même de celle circonstance. II apprit que, selon toute probabilité, Charlotte avait quitté la maison sans qu'on s'en aperçût, et poursuivi son chemin. Convaincu, néanmoins, l)ar le témoignage de ses propres yeux, que Charlotte n avait point franchi de nouveau le seuil de la porte, .M. de Ceyran résolut de ne pas quitter son poste avant d*avoir pu cclaiicir tous ses soupçons.
La réapparition de Charlotte, après une si longue absence, l'égarement qui se peignait dans tous ses mouvements, donnèrent une nouvelle force aux appréhensions de M. de Ceyran. 11 ordonna à son cocher de régler la marche de la voiture sur celle de la jeune femme et de se tenir le plus près d'elle qu'il serait possible. Arrivé sur le quai, il descendit de voiture en toute hâte, et ne doutant plus alors des sinistres projets de Charlotte, il la poursuivit et fut assez heureux pour l'atteindre avant qu'elle eût eu le temps de les mettre à exécution.
Lorsque M. de Ceyran eut ramené Charlotte à sou domicile, déjà Irma, entrée chez elle pendant son absence, avait lu la lettre fatale qui lui était adressée.
— Ingrate!... s'écria Irma en se jetant dans ses bras.
Charlotte, recouvrant peu a peu sa sensibilité naturelle au milieu des témoignages de l'amitié la plus vive et de l'intérêt le plus sincère, embrassait tour à tour, en pleurant; Irma et M. de Ceyran, qui avait peine à se défendre d'une profonde émotion.
Les deux lettres, destinées, l'une à M. Dumesnil et l'autre à Urbain, furent détruites. M. de Ceyran fit jurer à Charlotte de ne plus attenter à sa personne, et se retira, après avoir recommandé à Irma de veiller sans relâche sur son amie.
Quand elles furent seules, Charlotte, éclatant en sanglots, raconta, dans les plus grands détails, tout ce que lui était arrivé dans cette triste soirée, tout ce qu'elle avait vu et entendu chez madame de Saint- Venant... excepté ce qui touchait à la probité d'Urbain. L'infortunée respectait encore Urbain dans son abais-