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jouirent plus lard. Il : ble*
avec le marquîl d' Min', un, pi
gouverneur du Lyonnaii i ; lenjamifl d
Borde, valet de chambre favori du roi. éditeur magnifique du Choix dé chansons ,r avec Fi
mablc président a II < .'' . :nbre d eur de
ûté, et qui devint plus tard le beau-: Dufort ; enfin avec un cousin de Sallabcrrv, le mar tic Vernouillet, capitaine de cavalerie dans ! La Rochefoucauld -± . Tous U r une fatalité
-■ilicre. devaient périr sur L'échafaud ! erre i:
leur ami survivre seul, non sans avoir subi . Cillions et les angoisses de Ce temps fu-
Dufort était encore dans la première enfance, lorsque son père acheta la terre de Saint-Leu, située en partie sur Saint- Prix. Comme c'est la que noui suivrons le plus assidûment notre personnage, il est Inté - .t de I connaître c ur.
La terre de Saint-Leu a une très ancienne histo: que je ne puis qu'effleurer. Elle entra en i52~ dam domaine ducal que le connétable Anne de Montmorc arrondit avec un soin un peu âpre. La confiscation qui suivit le supplice de Toulouse la fit passer, comme plusieurs autres, dans la maison de Gond, . En r"-:. Charles Le Clerc de Lesseville, conseiller à la Cour des
(i) Le duc de Villeroy demeurait au n° 7 3 de la rue Richelieu. (La Maison mortuaire de Molière, p. 385.)
(21 J'omets un cinquième nom que ie lis difficilement dans le manus. est peut-être celui du marquis je Verteiliac, capitaine dans le régime::. thievre, plus tard gouverneur et grand sénéchal du I. à peu près du même âge que Dufort.
(3) Lebeuf. Histoire du diocèse ni.
aides, obtint qu'elle fût distraite pour lui du duché d'Enghicn, sauf les droits de haute justice, en échange de bois situés à Bethcmont et à Chauvry. Dès 1645, son père, Charles, conseiller au Grand Conseil, avait acheté le fief de Leumont, où, vers cette époque, un nouveau château s'éleva, à la place de l'ancien, qui avait disparu (1). Les Lesseville, dont j'ai parlé ailleurs (2), furent seigneurs censiers de cette paroisse jusqu'en 1 7 1 3 (3). Pierre Vésin, avocat au Parlement, leur succéda, puis Nicolas Baille, conseiller au Grand Conseil, enfin le maître des comptes Dufort,qui rendit aveu, le 23 avril 1739, de la terre, fief et seigneurie de Leumont au comte de Charolais, représentant son neveu, le prince de Condé enfant.
. Après l'origine de propriété, les notaires, dont la méthode plaît aux historiens modernes, donnent la situation et la description de l'immeuble. Comme on le voit par le plan joint à ces pages (4), le château de Saint-Leu était sur le terroir de Saint-Prix; c'est pourquoi j'ai pu, sans excéder les limites convenues, en prendre l'histoire pour sujet de « Notes sur mon village ». Le parc de Dufort avait une superficie de quarante-quatre hectares, valant en anciennes mesures agraires cent vingt-huit arpents (5) ; il cou-
(1) Lefeuve, le Tour de la vallée, t. II, p. 49.
(2) La Fin de l'ancien régime à Saint-Prix. — I. La Seigneurie, p. 12 et suiv.
(3) Lebeuf {Histoire du diocèse de Paris, t. IV, p. 99) parle d'un sieur Lorieul de la Noue, seigneur de Saint-Leu vers 1700. Je conterai dans l'Appendice l'extraordinaire aventure de ce personnage, qui. sorti de rien, fit une grande fortune avec un grand fracas, et sombra dans la banqueroute.
( H 11 est extrait d'un plan général de la paroisse, levé en 1744 et conservé dans les archives de la mairie de Saint-Leu.
(5) Cette surface est plus exactement de 43 hectares 9Q ares, ou de 128 arpents 66 porches, ainsi que nous le trouvons indiqué dans les titres de propriété de M. Ch. (ïadala, possesseur d'an démembrement du parc de Dufort. L'n plan de 1791, qui appartient aux archives de Saint-Prix, attribue 23 arpents l5 perches à noire terroir. Nous raconterons dans l'Appendice les transformations de ce domaine, sa reunion au parc du château voisin, opérée par le roi de Hollande, et son morcellement, après la mort du prince de Condé.
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bordé inférieuremeni par la rouie t-Leu. D
ette route situ nètre*» au delà
J'iiuc gran un mur, limitrophe du
d M. Oursin i), montait perpendiculairement vers une chapelle qu'on avaii ! à la j l'ancienne
de Saint-Leu ± , au bord H. I ne baie, pai
de là, ^>e développait I nte mètrei environ au-
ua du [u'elle ren l le chemin
de la cayée de Chauvir, qui marquait, le mur du
jardin de M. Rigaull ■' . ! i limite orientale du parc, continue au village de Saint-Prix. On arrivait de ce en suivant la rue Hautrcmclle, prol par une route
tendant à la vieille église de Saint- Leu 4 . Cette voie, qui coupait désagréablement le domaine du seigneur et fut un sujet de contestations séculaires entre lui et les
(1) Jean Oursin, écuyer, seigneur d'Orry-la-Ville, né en 1664. receveur général des finances de la généralité de Caen de 1707 à 1742, mourut en 1 - ait le fils d'un humble fabricant de chandelles, et avait acquis une immense fortune, qui lui permit de marier ses six enfants aux plus riches et aux plu? nobles partis. Il demeurait à Paris, rue Richelieu n* 65, dans une des maisons îr les jardins de l'hôtel Saint-Pouenge; il était par conséquent voisin des Dufort. à la ville comme à la campagne. (Voir la Maison de Molière, p. 370, et aussi la Fin de l'ancien régime à Saint-Prix, p. 4.3.)
(2) Lebeuf. loc. cit., p. 107. Cette chapelle même n"existe plus. L'église avait été, comme en tout village, environnée a'un cimetière, dont la place fut enclose dans le parc du duc d'Orléans. M1" de Genlis. ignorant cette circonstance, voulut y faire faire des plantations, et fut surprise et effrayée des squelettes que l'on mit au jour. Elle en conçut le pr*. malheurs qui devaient accabler ses nu
elle ordonna d'arrêter les fouilles et de laisser en repos cette terre func-
(3) Pierre-Auguste Rigault, auditeur en la Chambre des comptes, était le fils d'un procureur au Chàtelet de Paris, qui, ve "éa la propriété qui se trouve aujourd'hui divisée entre ML Carlin et Mœe Sollier. Les Rigault atandonnèrent Saint-Prix en 1781.
(4) La rue Hautremelle, origine de notre chemin vicinal n8 5, bifurquait à l'endroit où se trouve présentement la grille de ML Ch. Gadala, donnant naissance. d'une part, à la route de la vieille église, et. d'autre part, à la cavée de Cha . c'est l'état indiqué par le plan. La route, interceptée depuis, a disparu; la cavée a été aussi enclose, mais remplacée par le tracé moderne, pris, à l'est, sur le bois Notre-Dame. (Voir les conditions de l'échange fait avec le roi Louis de Hollande, dans nos registres paroissiaux, t. III.)
— i3 — habitants, laissait, à gauche, en un grand clos, des prés, vergers, vignes et jardins, et, à droite, le parc proprement dit, avec bâtiments et pièce d'eau environnés de parterres. Le château était à une centaine de mètres de la grille qui forme l'entrée du parc moderne. On n'a aucun souvenir de l'aspect des façades ni des dispositions intérieures. C'était un édifice important, à en juger par les dimension du plan et le nombre d'hôtes qu'on y hébergeait parfois, et placé en merveilleuse situation pour la vue.
Les beautés de Cheverny, d'où Dufort écrivait ses mémoires, le long intervalle qui s'était écoulé depuis qu'il avait quitté le séjour de son enfance ne lui avaient pas fait oublier les vastes et aimables perspectives de Saint- Leu. En effet quel beau demi -cercle d'horizon, depuis Test, où le regard, rasant les bois et le coteau de Montmorency, a le champ libre, par delà les clochers de Saint -Denis, jusqu'à Romainville et aux Prés-Saint- Gervais ; embrasse le large Paris, à moitié caché par la colline de Montmartre ; le dépasse pour découvrir Bagneux, Châtillon, puis Meudon, au midi, entre la butte d'Orgemont et les moulins de Sannois; parcourt la crête des montagnes qui forment le revers de notre vallée, et que domine faiblement, comme une ligne bleuâtre, la terrasse de Saint-Germain ; suit un instant le cours lointain de la Seine, entre Cormeilles et le plateau de l'Hautie; enfin rencontre, au couchant, sur les rives de l'Oise, une chaîne de molles ondulations, dentelée au point le plus haut par le clocher de Courdimanche, et tachée de gris par la ville de Pontoise, un peu avant de se dérober derrière les pentes de Taverny ! Dufort prétend que, de son salon, on apercevait sept villes et trente-trois villages. Mais laissons les descriptions et les points de vue ; nous avons à suivre au jardin l'écolier qui vient s'y ébattre, sans regarder dans la campagne si loin, ni d'un œil si
U I I I . Il C U I t I
tOUI !ir.
I ibbé Puppio • tailleur homme du monde. ms
lumiéri I un ai.
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bûche fc oes.
I jour, ennuyé des sermons de i -lier
;ommoder quelque cho e. A peine fut-i! ;Ju que
m'éloignai avec le bateau, et le péniten eul
peut-être tort d'en rire: tir cela ne contribua pas peu à n. faire mettre a sa vraie valeur. Pourtant il se - fus
ramené au collège huit jours avant la fin des vac
Le régime du collège où il demeura
cinq ans, n'eut pas d ode* rigUC
II sortait le mercredi et le samedi de chaque semaine. Dufort père choisissait ces jours-là pour ir à sa table les plus intéressants de ses amis, qui étaient en même temps les plus illustres de ses contemporains : Voltaire, Fontenelle, de Jussieu, l'ai La Peyronnie, premier chirurgien du toi, Dumoulin, simple « médecin de la ville », mais fort goûté de la cour (i). I dîners plaisaient à l'enfant, dont on voulait éveiller l'esprit et former le goût ; ils l'amusaient surtout quand la verve de l'assistance se tournait contre deux convives, médiocres esprits, adversaires prétentieux de Voltaire : Rigoley de Juvigny, littérateur bourguignon, ■ suppléant du sacristain des Nouvelles-Catholiques, » et cet abbé Trublet qui « compilait, compilait, compilait ». Aux jours de cérémonie, les Dufort recevaient « tout Paris ».
(i) Appelé auprès du dauphin, il pratiqua, contre l'avis de ses confrères, une saignée qui eut un si bon erFet que la reine l'embrassa devant tout le monde : < Me^ieurs. dit-il en riant, je vous prends à témoin que la reine me prend de force. » [Jourfial Je Barbier, :. Y. p. 268.)
— i5 — Je relève les noms suivants, parmi ceux de leur société la plus habituelle: marquis deTessé, Beaujeu, Bragelongne, Gaumont, la présidente Feydeau, les Pelletier, lesTurgot, les Turpin de Crissé.
Les vacances se passaient à Saint-Leu. Le grand-père, Jean Dufort, possédait une maison de campagne à Colombes, la dernière du village du côté d'Argenteuil, non loin de celle d'un ami, le marquis d'Aulède. Lebeuf les a citées toutes deux (i), comme les plus remarquables du pays. On avait par là de fréquents rapports de voisinage et d'agréables sujets de promenade. Un malheur soudain, et qui n'arriva pas seul, bouleversa la courte félicité de cette famille. Un jour, au bord de l'eau, dans son parc, Mnie Dufort, la mère de notre auteur, se sentit prise de frissons, avant-coureurs d'une fièvre qui l'enleva d'une façon foudroyante. Elle n'avait que trente-neuf ans. Le 26 septembre 1743 (jes registres paroissiaux de Saint- Leu nous ont conservé cette date), le corps de la châtelaine, morte Tavant-veille, fut descendu dans l'église du village, où il demeura jusqu'au 3o ; de là, on le transporta à Saint-Roch, à Paris : cérémonies accomplies en présence de Charles Chuppin, garde honoraire des rôles des offices de France, de Charles Le Cor, chef du gobelet du roi, et de l'abbé Puppin.
Nous partîmes tous pour Colombes ; nous passâmes par Ermont, Sannois, Argenteuil. Mon père voulut nous échapper et se jeter dans l'eau , en passant le bac. Je n'ai jamais vu de douleur plus vraie et plus effrayante. Mon grand-père adorait sa belle-fille; cette nouvelle l'atterra. Il avait soixante-quinze ans; il mourut, quelques jours après, d'un accès de goutte (2).
(1) Histoire du diocèse de Paris, t. VII, p. 107.
(2) Le 23 novembre 1743.
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l'hôtel de i.i Pli i
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comme son père; ; I t ce qu'il prit.
Il ai rotait de lei larme \ tous i ;u a
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mouchoirs, reforma tout ce qu'il - le linge personnel,
et) concentrant M douleur, il en fit un poison lent, cont: il ne voulut p : .ru, et qui le 1
A la même époque, le jeune Dufort perdit sa soeur, qui était contrefaite. C'était le quatrième deuil qui l'affligeait en trois années. A L'âge de quinze ans et demi, il restait seul, dans une maison ou la mort n'avait épar. que lui. Il était héritier d'une belle fortune : la terre de Saint-Leu, quelques biens de campagne, onze maia Paris et des rentes sur l'hôtel de ville composaient son patrimoine, dont le revenu atteignait soixante mille livres; je ne parle pas d'un mobilier considérable, linge pour trois maisons, vaisselle d'argent, meubles de toute s >rte. Mmo Soullet, aïeule maternelle de l'orphelin, fut sa tutrice. On décida qu'après six semaines passées, elle le prendrait chez elle, rue des Enfants-Rouges, ou elle demeurait, presque en face de l'hôtel Tallard [3 . Il aurait là sa maison, qu'il dirigerait sous l'autorité de Puppin. Dufort, sans grand respect pour Mme Soullet, voit dans ces arrangements « un coup de politique »
(i) Les Dufort possédèrent, rue Richelieu, les trois maisons numérotées actuellement 16, iS et 27. C'est du n° 27 qu'il est question dans ce passage ; l'hê: . la Paix fut établi au n° 25, de 1778 à iS3o. L'indication de voisinage donnée par Dufort n'est pas, comme on le voit, contemporaine de la mort de son père. C'est à tort, d'après nos mémoires, que M. Vitu fait mourir ce dernier au n» 18. (La Maison mortuaire de Molière, p. io3, 117, 161.)
(2) Le i5 novembre 174.6. Il avait quarante-neuf ans et fut enterré à Saint-Roch.
(3) Lefeuve, Les Anciennes Maisons de Paris. Voir encore: Le comte d'Ancourt, Les Anciens Hôtels de Paris.
— i7 — plus qu'une marque de sollicitude, et croit qu'au fond elle voulait avoir de grands biens à régir, et se trouver toute prête à les recueillir même, si une nouvelle surprise de la mort la faii i pupille. La preuve n'est pas donnée au lect< ir que cette désaffection et cette mésestime fussent fondées.
A seize ans, il y a grande chance qu'un enfant ainsi à moitié émancipé, et qui déjà joue un personnage, se querelle avec ceux qui ont charge de le garder. L'autorité du père ne se transmet pas ; l'influence affectueuse disparue, la crainte seule ne maîtrise pas longtemps une âme impatiente ou rebelle. Le premier différend de Du fort avec Puppin éclata quand il était encore dans la maison paternelle. Fatigué de la conversation du pédagogue et des flagorneries de ses gens, il se mit à visiter assidûment une certaine dame Archambal qui habitait à ige supérieur au sien, et chez laquelle il courait, paraît-il, le risque d'endoctrinement franc-maçonnh; Quand l'abbé fut informé du péril où il exposait sa foi, enflammé d'un zèle héroïque, il se posta dans l'escalier, et saisissant son élève à. bras-le-corps, il le ramena chez lui de vive force. La scène eut une suite.
J'ordonnai qu'on mît les chevaux pour aller au Marais chez ma grand'mère ; il était cinq heures du soir. Mon Puppin prit alors son manteau, el vint se placer dans la diligence, à côté de moi. Nous ne fûmes pas dans la rue aux Ours qu'un sermon et une dispute nous aigrirent ; je finis par lui dire que je me croyais le maître chez moi, et encore plus dans ma voiture. Je pris un ton d'autorité, cela le piqua: il voulut descendre, je le pris au mot, et à l'instant je donnai l'ordre de me conduire à la comédie italienne. Mon père m'avait mené ou envoyé souvent aux spectacles, et le dévot abbé Puppin (archidiacre d'Aurillac, par le bénéfice de l'induit (i) de mon oncle) courait alors à ses affaires.
(1) Droit de D le membre d a parlement pou-
vait l'exercer une foi? en >ït pour lai-même, s'il était clerc, soit, s'il était
laïque, pour nu candidat a ^on cîuix.
Je rentrai 1 ne fut ques-
c-main, m«
que,
c allait trop jeun.
me
soumi
garde dans \t fat le
venir Je son père. Toute M vie. il fut Popini rem auraient eue de la conduite, et
il eut 1 l'en être approuvé, comme s'il k
pos c'est le
fondement de la morale chinoise; je ne Dufort
chercha si loin, sur te philosophique,
les préceptes que Puppin ne sut pas lui pc longtemps de demander à la foi de son enfance. L'abbé s'en alla et fit bien. Huit jours aprè^. il partit pour l'archidiaconé d'Aurillac. Son élève prit possession , i tique appartement, chez Mme Soullet, à laquelle le lieutenant-civil alloua mille livres pour le lover et mille écus pour la pension de son petit-fils, mille écus d'indemnité de logement et do es d'appointe-
ments pour le futur gouverneur. Le jeune homme devait avoir deux mille écus de poche, un carrosse et deux chevaux. On lui loua des écuries rue du Temple, à l'hôtel Lombard, où une ancienne gouvernante de sa famille, restée à son ser Gentil, trouva un
logis, ainsi fort rapproché du sien.
Deux jours après, arriva mon nouveau gouverneur. M. Porlier (c'était son nom), homme d'esprit, jaJis enfant de chœur dans une cathédrale, musicien en conséquence, de bonne soci-.. était grand, bien fait, haut en couleur, le nez retroussé, fort prèle de petite vérole et, au premier coup d'œil. fort rébarbatif.
Il lui fallut faire connaissance avec moi, me gagner par de bonnes manières. J'étais un enfant pour l'âge; mais le train de maison qu'on m'avait laissé l'empêcha de me traiter comme tel. Sorti du collège sans autre instruction que les humanités, je ne devais qu'à mon goût pour la lecture le peu que je savais de l'histoire de mon pays, et Virgile, Horace, Tite-Live, Cicéron, avec lesquels j'étais très familier, n'avaient pas dissipé mon ignorance sur les choses les plus utiles. M. Porlier commença par me faire étudier la géographie et la chronologie. La bibliothèque de mon père, qui m'avait suivi, fut lue avidement. Trois mois se passèrent ainsi le plus doucement du monde. Voici comment j'employais mon temps : le matin, j'avais des maîtres, payés par ma tutrice, le fameux Javilliers pour la danse, Dupont pour le violon. Je voulus un maître d'écriture ; j'en avais grand besoin (i). Mon gouverneur me laissant choisir mes occupations, je voulus tout savoir, et ne sus rien. Un maître de guitare, un maître de vielle, instruments fort à la mode, passèrent successivement par mes mains sans aucun fruit. Mon salon avait l'air de servir à une éducation encyclopédique : on y voyait des sphères d'un CÔ1 instruments de musique de l'autre, des livres,
surtout des volumes de vers des meilleurs poètes. Je prenais successivement tous les goûts.
Je dînais et soupais régulièrement avec mes parents. Un jour, ma grand'mère voulut me faire quelques reproches sur la facilité avec laquelle je passais d'un maître à l'autre. Je ne dis mot et remontai chez moi. C'était l'heure de la leçon d'histoire et de géographie; voici à peu près comment j'interpellai M. Porlier: « Je m'aperçois, monsieur, qu'on vous a mis auprès de moi non seulement comme gouverneur, mais pour rendre compte de ma conduite. Savez-vous que j'ai seize ans, que je me crois mon maître, puisque j'ai mon bien comme si j'étais émancipé? » Il ya de faire quelques phrases. Je repris : « Ou vous voulez vous attacher h moi, ou être le serviteur de ma grand'mère. Dans le second cas, je vous ferai tous les maux possibles, et je trouverai bien le moyen de vous éloigner. Si vous voulez au contraire vous attacher à moi, vous aurez toute ma confiance, vous écrirez mes dépenses, vous paierez pour moi, et je vous
ti) 11 en profita mal : lout letta ir da son manuscrit le déplorera.
i toujours Vous me roniHJMffr ; ten
tiendrai la mienne, i I fui bici 11 ne touchait
iu\ ni' i nner que je m*- mac
meilleur du m ;t un .
spirituel, .le rec limenti que
j'avoue n'ai les les spectacles.
déclamation, 1 • fureur
pnentaii ma bibliothèque de tous les roman jr; mon
imagination Réchauffait
Elle s'échauffa si bien . soir, à l'Opéra, profitant
de la distraction bénévole lier, il 1 ii faussa corn-
ue, et courut à un rendez-vous de ba^ interie,
satisfaire une curiosité aussi h :uc peu d
D'une seconde équipée, Dufort se souvenait avec un sourire, et il est plus aisé i a c<jV.
Une marchande de jalons de la rue Saint-H un jour serré la main du jouvenceau, qui naturellement s'en éprit sur l'heure; il eut aw ! une liaison qui
dura dix-huit mois, jusqu'à la mort . le cette
avenante personne. Pendant ce temps, il lui acheta pour dix mille livres de galons. Il en plaisantait plus tard, et .usait, disant que, quand on pre: ;alon, on n'en
saurait trop prendre.
Dufort devenait ainsi un très grand garçon : tout à fait hors de page, il se liait avi de officiers aux gardes, d'Héricourt, d'Albertas, de Gramont, de CoJtlosquet, d'Entrecasteaux. Il eut même la fantaisie de prendre du service dans leur arme. Mais sa famille s'y opposa, dirigea sa fougue vers les exercices du corps, auxquels il prit goût et réussit. Il fréquenta l'académie d'équitation Jouan, près Saint-Sulpice, et rit des armes a' ^ine, le
plus habile tireur du temps. Ses leçons d'escrime furent interrompues d'une singulière façon. Lépine, dans une
promenade à Ménilmontant, avec quelques amis, s'imagina de grimper à une aile de moulin. Le garde-moulin sortit, l'apostropha, le provoqua même ; à quoi il répondit, sur un ton de raillerie dédaigneuse, qu'il ne lui était pas permis de se mesurer avec un pareil adversaire. Cependant l'homme, en colère, rentra et reparut bientôt avec « une vieille rouillarde », qui amusa beaucoup les promeneurs. Malgré tout, il fallut se mettre en garde ; le combat s'engagea. Le meunier prit son épée à deux mains, fonça sur le maître d'armes « comme un taureau avec ses cornes », déconcerta son jeu et le tua en un clin d'oeil. Depuis ce temps, Dufort résolut de s'en rapporter à la Providence et ne prit plus de leçons. Il est bon de noter d'aileurs qu'il avait une faiblesse de poignet qui le forçait de lâcher son fleuret au bout d'un quart d'heure.
Il suivit pendant trois années les exercices de l'académie Jouan. Il y connut Antoine-Jean Amelot de Chaillou, le fils du ministre, qu'il retrouvait chez son père, rue du Grand - Chantier, près de la rue des Vieilles - Haudriettes. Le voisinage lui donna également l'occasion d'entrer en rapport avec les fils de la comtesse de Chastellux, Louis - Philippe et Jacques- François, le futur académicien, qui demeuraient précisément en face de Mme Soullet ; avec Jean-François Barrassy, logé rue du Temple, vis-à-vis de la rue Chapon et habitant de Deuil pendant l'été; enfin avec un vieillard meme, le duc de Tallard, dont l'hôtel était au coin de la rue des Enfants-Rouges. Le bonhomme goutteux , et très expert en matière d'art, se faisait traîner dans sa galerie de tableaux, pour la montrer à son jeune ami et lui apprendre à connaître et à apprécier les maîtres.
De ce temps aussi, datent les relations de ce dernier avec l'abbé Le Fèvre de Mégrigny, chanoine de Notre-
i et non n
CJi.iill'. >ns, et avec une iOCi I
jeun m maîtres d
tioo : Le Peletier de M ne . Pen In
Cipierre, Juin- famille parlementaire dij de Saron, qui fui premier pi il du parlement de
Paris, Pajoi de % ' de
Caumartin, Chardon, un franc- m -t à
[ue, depuit publiciste disi Lucie ei de la Corse. Amelot ei I . nomm.
haut, étaient au j monde-la.
Dufort avait dix-huit >n venait de l'émanciper.
Quoiqu'il fût le plus jeune, parmi troupe de nou-
veaux compagnons, sa fortune i précoce exp-
ie mettaient de pair avec eux. Hâtons-noua de dire qu'il n'était pas adonné à une vu : Samt-
Leu procurait à sa fièvre juvénile des moments de sion qui lui étaient agréables non moins que saluta: Il y allait deux fois par semaine, et il y payait tout l'automne, en société de sa grar.d'mère, de son or. M. Soullet, et de M,le Félix, sa cousine. Le souvenir de cette jeune fille est tendre chez l'auteur des mémoires. Elle était née du mariage de Charles - Louis premier valet de garde-robe, puis contrôleur général de la maison du roi, et d'une Montarsy, sœur cadette de M11"' Soullet, morte jeune. On la délaissa au couvent, malgré les charmes les plus rares de la figure et de l'esprit; M1""' Dufort, avec la permission du prit cette aimable
cousine, qu'elle éleva; après elle, la garde en échut à Mw Soullet. Notre Dufort eut en I rélix une con-
fidente à peine plus âgée que lui, et pour laquelle on devine qu'il éprouva « ce sentiment qui n'est ni passion ni amitié pure, qui fait une classe à part. » Son nom n'était pas étranger à notre village ; on eût pu le lui
montrer écrit sur Tune des premières pages du plus ancien de nos registres paroissiaux. En 1668, le 26 juin, sa grand'tante, Anne Félix (1), femme de M. Desfontaines, gouverneur des enfants d'honneur du dauphin, avait tenu sur les fonts baptismaux, à Saint-Prix, un fils du tabellion Blanchet, avec Jean d'Estrées, fils du marquis de Cœuvres, gouverneur de Nle-de-France (2). Mais trois quarts de siècle avaient passé, et sans doute MUo Félix ignora la trace que sa famille a laissée dans nos archives.
Le jeune maître de Saint-Leu y recevait dès lors les visites de ses amis. Il les associait à des divertissements où l'esprit avait peu de part, mais où la morale n'avait rien à reprendre. Il en usait avec un grand respect pour la maison paternelle, sachant en quelle considération ses parents Pavaient mise, et ne voulant pas qu'elle déchût avec lui. Ses plaisirs favoris étaient des courses en voiture et des jeux qui sentaient encore le collège. Le baron de Vioménil, le comte d'Ourches, le marquis du Hautoy (ce sont des noms nouveaux) les partageaient avec ardeur. Ils faisaient des simulacres de combat naval sur un grand bassin, se jetaient force seaux d'eau, suivant une mode imitée des enfantillages auxquels le duc d^rléans s'amusait à Saint- Cloud. Ils s'exerçaient aussi à danser sur
(1) Le grand-père de M"-' Félix, Charles-François, premier chirurgien et premier valet de garde-robe du roi, avait, outre MM,e Desfontaines, une sœur mariée successivement à hcsplannes. gentilhomme de la maison du dauphin, et à ])c<pagny, maître de la garde-robe de la dauphine, et un frère qui fut évèque de Chalon-sur-Saône. Ils étaient, tous les quatre, enfants de Charles-François, premier chirurgien du roi, qui fit la fortune de cette famille. Ils possédèrent la seigneurie de Staitis, qu'ils vendirent, le i3 mai 171 1, à Toussaint Bel langer,
trésorier généra] du sceau de France. (Bibl. nat. Mss. Pièces originales^ roi. liai.
Cabinet des titres, dossier Félix.)
(2) Jean d'Estrées (1651-1694), abbé de Conches, évêque de Lyon, duc et pair de France, fils de François-Annibal, duc d'Estrées, lieutenant général des armées du roi, est sans doute le personnage qui fit au pauvre tabellion de Saint-Prix
lhonneur de nommer son enfant.
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Nous les employâmes à \isiter I
environs, qui sont charti I il I :ne vue
variée et nouvelle. Les moulins de San;:
nous avaient vus gravir leur montagne. Enl il couru
depuis L'Isle-Adam jusqu' ant tout
visité, nous adoptâmes, nier jour, uo
it de nous habiller en opérateurs, belle figure, très ^rand et très gr a plus vi
Il prit le rôle ,t celui moi
celui d'opérateur. Les préparatifs nous >up ;
nous tûmes occupés toi I i'un à pi îlle-
ments, les autre
à remplir des fioles de de : les
étiquettes les plus extraordinaires. Nous apprîmes à débiter nos
il 11 on avait composé les paroles, et la Borde la musique. Il fut o gardes de 1744 à i
(2) Il tut intendant de Limoges en \~56. et de Grenoble en : j
|j>) Le marquis de la Galaisiere. père de ce jeine homme, érait chc Lorraine.
rôles avec emphase ; nous vêtîmes nos chevaux avec toutes les babioles des ope'rateurs, et nous prîmes un fort âne, nommé Carabo, habille de même, pour monter Gilles.
Dès que la chaleur fut diminuée, ainsi déguisés, avec notre dame Simonne, qui avait l'air fort avenant, nous descendîmes la montagne de Saint-Prix par les vignes. Nous arrivons h Franconville ; sur la place, je débite ma harangue. Notre provision de bouteilles, que nous vendions deux sous, diminue sensiblement. Nous épuisons toutes les folies; l'une d'elles donnera l'idée du genre. L'opérateur apprenait à Gilles et à sa femme les merveilles les plus extraordinaires. Gilles était toujours battu dans cette lutte d'esprit. Il finit par prendre sa revanche, en proposant à son maître ce problème : « Comment, notre maître, dit-il, feriez-vous, si on vous donnait un troupeau d'oies, et qu'on vous chargeât de les faire passer sur le pont de Saint-Cloud sans qu'aucune d'elles fît la moindre ordure ? » L'opérateur consulte sa femme, et, comme on le pense, est réduit à demander l'explication (i)....
A la grande satisfaction du peuple, nous nous acheminâmes enfin du côté de Sannois. Mômes lazzi, plus grande affluence de monde. Sannois est sur la grande route de Paris. Nous eûmes pleine assemblée et grand débit. Cependant, à un certain moment, des murmures s'élevèrent, quoique Gilles et moi nous dissions les choses les plus agréables. Je regarde, et j'aperçois l'opératrice qui se gratte d'une façon très immodeste. Le curé, spectateur éloigné, indispose les paysans. Rien ne peut faire finir notre prétendue compagne, qui trouve cette plaisanterie très gaie. L'orage ne tarde pas à éclater. Aussitôt on hue, on crie, on fait voler des mottes de terre ; je tourne la bride de mon cheval, et je reprends le chemin de Saint-Leu au petit galop. Mon opératrice me suit, et, pour comble de polissonnerie, s'élève sur ses étriers et brave les poursuivants d'un geste qui dévoile tout. A ce tableau, une émeute se déchaîne. Dans notre fuite précipitée, nous ne nous aperçûmes qu'après avoir passé Ermont que nous avions laissé Gilles-Pajot sur son âne. Nous voulions retourner, pour le tirer du danger, lorsque nous le vîmes trottant
(i) Cette scène est empruntée à Tabarin. qui en donnera le dernier mot, si on désire le savoir.
mé que de retoun.
^ner Il rancune qui do
! ici div icnt p me
lerait de chei >ien de
on y relèverait de n respectable 1 mps
de prison il va ud rail sus Dufort, cependant, sppréciaii en nce de Saint-
Leu d'autres charmes que I tulles durit elle
parfois le théâtre. 11 se i !iir; il aimait
la forêt qui couronne la colline et touche au château s'occupait à v faire tracer des avenues dans des directions pittoresques. Il s'intéressait au refuge qu'il avait ouvert. ! de lui, à d'ancien- I . M trouvait ides
ilitéa pour remplir L >irs de bîenfai qui lui
avaient été légués, l n jardinier,
vieillissait là, seconde en appareil lement
de tout travail par son gendre n , dont le père .
jardinier de M. ; ignol, à Ja Grange-Rubellc. Suivant les derniers v<eu\ de son père, Dufort faisait élever par M11'" Gentil la tille d'un de ses meuniers. Il nous cite la clause testamentaire qui résumait ses obligations en des termes dont il est touché : i Je prie mon fils de continuer » les charités que je fais et qui sont inscrites sur le livre » secret que tient Chaumont, m q premier laquais. i Cette prière, ajoute-t-il, était un ordre; les charités se montaient à plus de mille écus. » C'était le fond solide de la nature morale de ce jeune homme q envers
la mémoire de son père, cette fidélité à un souvenir auquel il avait voué la maison de Saint-Leu. J'insiste sur ce sentiment comme il fait lui-même. Il écrit quelque part avec un naïf enthousiasme : « Je crois que c'est a
mon goût pour ce charmant endroit que je dois de ne m'etre pas plus égaré. Saint-Leu est resté pur ! » Cependant son triomphe ne fut pas tout à fait aussi beau, et, grâce à la sincérité de sa confession, nous verrons qu'il eut une défaillance légère, et que la passion, d'ailleurs plus excusable que le libertinage, profana au moins une fois le seuil consacré.
A dix-neuf ans, Dufort fut vivement pressé par sa famille, et lui-même sentit l'utilité de choisir une carrière. Comme on combattit son inclination pour l'état militaire, il éprouva un vif embarras : sur quoi il demanda les conseils et l'appui de son parent M. Félix. Tous deux ne trouvèrent, au bout de leur recherche, qu'une place d'exempt dans les gardes du corps. La famille se récria ; elle avait un autre plan tout prêt, qui était de faire recevoir son jeune parent conseiller au parlement, et de le marier. Le parti proposé était une jeune fille amie de Mme Turgot, la veuve du prévôt des marchands, mère du futur contrôleur général. Dufort consentit à des ouvertures, à une présentation même : après lesquelles, ne trouvant à son gré ni la place ni la prétendue, il se retira et s'enfuit jusqu'en Angleterre, avec son ami Chailly.
Il y passa une partie de Tannée iyS\. Ce voyage, où nous ne le suivrons pas, fut agréable et intéressant, malgré certains dangers que suscitaient alors aux Français les dispositions hostiles de l'opinion anglaise. A sa rentrée en France, il fut plus pressé de revoir Saint-Leu, où il trouvait toujours l'accueil dû au seigneur, que Paris, qui lui réservait une hospitalité peu cordiale. A Luzarches, il quitta la grande route, et, par la traverse, gagna directement sa terre. De grands travaux avaient continué pendant son absence.
Le lendemain, après avoir visité mes terrassiers et le chef qui
ujct et qui soutenait mber
un arbre de L'arbre, très haut, avaii pris une
autre dii celle q
dans H chut ' Je ceux
qui taient au cbfli
i qu'un bomifl • à mon scr
Je lis d fraciner I . sous la souche du
plus
On rapj i are ren .sse-
villc, ancien propH ' : une
nuit par des voleurs, qui, ne sachant : ms une
pièce voisine, avaient voulu entrer. Ii rolei
i lit tomber un, qui probablement fut enterre par ses camarades sous un arbre qu'on vei lanter.
Le voyageur, de retour, reprit le même train de vie à Snint-Leu et ses réceptions, ou il réunit aux amis déjà connus le comte d'Osmont, le c >mte de Caulaincourt. le chevalier dWpremont et le rils de M. de Fontanieu. intendant des meubles de la couronne, qui venait de prendre le nom de Villecourt. Dufort laissa ses gens a p >ste rixe dans sa résidence favorite. Puis il revint à Paris, où son premier soin fut de congédier Porlier ; car (on ne l'apprendra pas sans surprise) l'ancien précepteur avait conservé sa place, sinon sa fonction, dans l'hôtel de M" " Soullet. Il vivait là, mangeait sa pension, heureux.
(i) Voici l'acte de sépulture que ie rdère dans nos registres paroissi .
« Ce i5e novembre \~':i. I été inhumé dans le ci tte paroi -
corps de Louis Rambourg. manouvrier. décédé aujourd'hui par acciient, sur le territoire de Saint-Prix, par la chute d'un arbre, dans le jardin de M. Dufort, seigneur de Saint-Leu. et ce sur la lettre de M. Mathas. procureur fiscal du prince de Condé, seigneur suzerain de ce lieu, laquelle lettre a . î. le curé,
en date de ce jour: en présence de Antoine Bricon. inspecteur des ouvra. M. Dufort, et de François Adam, domestique dudit Dufort. et autres témoins soussignés. Ledit Rambourg était âgé d'environ trente ans. »
Signé : Varin. vicaire: P. Gontier: J.-F. Hude. I
inactif, oublié, et dormant sur la foi du traité que nous savons. Mais l'oisiveté l'avait fait glisser sur la pente des mauvaises mœurs, et il avait poussé l'oubli de la vertu et des scrupules jusqu'à courir aventure sous le nom de son ancien élève. Celui-ci en prit occasion de revanche, et donna à son maître une leçon qui finit par un congé. Il ne cessa pas ses relations avec sa grand'mère, ni avec son oncle, ses commensaux ordinaires ; il dînait chez eux tous les jours, et y soupait une ou deux fois par quinzaine. Mais ses parents lui savaient mauvais gré de son éloignement pour la robe et pour rétablissement qu'ils lui avaient proposé, et ils se tenaient à son égard dans la mesure de la simple politesse.
C'est alors que Villecourt lui représenta que, délaissé de ce côté, il aurait une agréable compensation à se tourner vers une autre famille, qu'il avait négligée jusqu'alors, et qui était disposée à lui faire le meilleur accueil. Cette famille était celle de Roslin, fermier général, demeurant rue Vivienne, précisément en face de Villecourt. Roslin avait épousé Marthe de Beaufort, sœur de Mme de Boullongne, fille de Charles de Beaufort, ancien fermier général. C'était, au demeurant, un financier sans reproche, un homme dont, selon le rapport 4'un contemporain (i), il n'y avait rien à dire, ni en bien ni en mal. Dufort ignorait parfaitement quels liens de parenté il avait avec lui. Sans doute il s'en éclaircit plus tard ; mais ses mémoires n'expliquent rien à ce sujet, et j'ai le regret de n'avoir pu combler cette lacune. Il se fit néanmoins présenter aussitôt dans cette maison, ou vivaient, avec leurs parents, un fils marié à Marie-Jeanne Richard, iijlc du fermier général de ce nom, une fille veuve, la prési-
(i) Vie privée de Louis XV, t. I, p. 248.
r\ Uf] fille, VCIIVC ' ' de
l'aurai Pô in, .le laire mieux
s une alliance devait, in' -re pci
Il était d< >nc tOU ri i r : il
tard i | lix,
ami cordial et vigilant, guei ur lui un
emploi qui convint vues de ia famille. Il l'avertit enfin
Sainctot, r , voulait se démettre des fonctions d'in-
troducl : . et il 1'
mettre sur les
allait Dus les jours faire ^nn brelan ch( iix , au
vieux Lou
11 jouissait alors du beaucoup de considérât singulièrement commence. Son i -dévot, coma
l'était à la tin du règne de Luuis XIV. Pavait recomm in lé au duc d'Orléans partant pour l'armée. Au retour de la camp.. il s'empresse auprès du prince, au milieu d'une jeunesse toute brillante : • Monseigneur, lui dit-il. re que mon fils a eu
l'honneur de vous faire sa cour, i — « Sans doute. ad le
régent; je l'ai beaucoup vu; • plus
libertin que je connaisse. 11 est délie Jtot,
désole d'un pareil éloge, baissa la I .rla plus
de son fils.
Pour remplacer l'introducteur des ambassadeurs démissionnaire, la cour voulait un jeune homme de bonne
(i) L'introducteur était un c 'a maison du roi. chargé
de présenter les ambas: solennelles. Sa fonction, fo:
cienne. bien que le titre ne d - . - OV, fui supprimée sous la Révolution, et rétablie par Na:~
(2) Nicolas Sainctot. deuxième du nom. pourvu 1. . la charge
de maître des cérémonies ". son oncle, la vendit en
i6qi, et acheta en échange celle d'introducteur des amtx . Il mourut le
•v juillet i -
— 3i — famille et riche : Dufort était un candidat qui pouvait lui plaire. Embarrassé, toutefois, au début, par la question d'argent (il fallait tirer de sa fortune 3oo.ooo livres liquides), il trouva de l'aide avec une facilité et à des conditions surprenantes.
Mme Duparc, la sœur de Mme Félix, une digne femme que je connaissais à peine, était présente à la conversation. Sur l'inquiétude que je montrais de savoir où prendre pareille somme, elle me dit : « Je suis une ancienne amie du chevalier de Sainctot, puisqu'il m'appelle sa femme, comme moi-même je l'appelle mon mari. Si vous voulez me promettre de me donner le même titre, en tout bien tout honneur, je vous prêterai ce qu'il vous faut, par contrat, par obligation, de telle manière qu'il vous conviendra. » Je me jetai alors sur sa main, que je baisai, et tout fut aplani.
Plusieurs prétendants furent facilement évincés. Il ne resta sur les rangs que M. du Jonquoy, surnommé du Tet, du nom d'une terre qu'il possédait près de Rouen, « beau cavalier, accompli dans tous les exercices du corps. » Dufort l'emporta à la fin, grâce aux relations de sa famille, et surtout à M. Mesnard, premier commis de la maison du roi et parent des Phélypeaux (i). Le traité fut conclu au mois de décembre 1/51 (2).
Le nouvel introducteur alla assister aux fêtes données pour la naissance du duc de Bourgogne (3) ; mais il ne pouvait paraître officiellement à Versailles avant d'avoir obtenu sa présentation et prêté serment. M. Félix, par le
(1) Didier-François-René Mesnard, sieur de Chouzy, dit le chevalier de Chou^y, fut contrôleur général de la maison du roi.
(2) C'est à tort que Dufort donne la date de 1750. Il ne devint introducteur qu'au commencement de 1752, ainsi que nous le lisons dans la Chenaye et dans les mémoires du temps. Cela résulte d'ailleurs du récit même de l'auteur.
(3) Dufort se trompe encore lorsqu'il parle ici des fêtes du mariage du dauphin. L'erreur est très manifeste, puisque le dauphin était marié depuis février 1747.
comte d ■ ai il
lixcr U du chevalier de S
de I
re i 1 1
L'intronisation de Dufort. A peine était-
venait d'avoir vini
^mammea
<ks+±:£.i
Débuts a la cour. — Plaisirs de Saint-Leu. — Comédie a la Chevrette. — Mme B***. — Chasses du comte de Charolais. — Mariage de Dufort.
La fonction d'introducteur des ambassadeurs se partageait entre deux titulaires, qui l'exerçaient à tour de rôle, pendant une demi-année. Le premier semestre appartenait à M. de Verneuil : Dufort en profita pour s'initier aux devoirs de sa charge. Il suivit le service de son collègue assidûment, pendant deux mois, allant à Versailles chaque semaine, le mardi, jour fixé pour les réceptions d'ambassadeurs. Il sentit alors ce que sa dissipation d'autrefois et la lâcheté de son précepteur avaient laissé d'incomplet dans son éducation. Il se hâta de revenir à l'histoire et a la géographie, qui avaient désormais pour lui une importance toute pratique. Son zèle le porta même à une étude méthodique des questions relatives au cérémonial. En coordonnant ses notes, il finit par composer une sorte de traité, qui, après lui, servit de guide à
emploi, ni |u'il san<
: . l ma fa
Qullemem fait poui
teur d< mt i ne
lent que sur des mis4
;• rétrécir l'esprit >ur l'alimenter. Je n'y .ji jamais
tenu que : >ir.
lui même temps qu'il apprenait son r I îfort ctu-
diait le théâti il le fallait jouer jence et
agrément. Il fréquenta le corps diplomatique compagnies ou l'on voyait le monde de la cour.
\ Versailles, j'allais chez MU1" la duchesse de Luynes, dame d'honneur de la reine et son amie Les %ieux courtisans s'y rendaient régulièrement. La reine elle-même y venait ; défendait toute étiquette : on y jouait, et elle causait en jouant. Toutes les vieilles dames du palai t. C était fort triste,
m ,is c'était le moyen de se faire conn entrant
quelque part on ne chuchotât pas votre nom, chose insupportable pour celui qui est l'objet de cette attention. Le duc de Gesvres, capitaine des gardes, recevait beaucoup, et une se. fort mêlée; j'y -lia ment, pour me faire connaître. M. le
marquis de Livry. *r maître d'hôte! du roi, et sa femme,
qui était la fille de M. de Maniban, premier président du parlement de Toulouse, tenaient table ouverte. L'étiquette dans ce temps-là était que, le mardi, jour des ambassadeurs, l'introducteur s'y trouvât et fît les honneurs conjointement avec le maître d'hôte c< âge ient invites par lui. On ne
(i) Dufort fut très certainement aidé par les travaux - r*. Il
omet de dire qu'il existait un traité du cérémonial du cheval:. Bibl.
nat. fr. 14117-14130) et un autre de M. de Breteuil. q i cite luiouvrages antérieurs ce MM. de Guron. de Berlize et de Bonneuil (Bibl nal, 3S5q et 3S6o). Cette observation m'est communiquée par M. A. de Boislisle. que je remercie d'utiles conseils et de renseignements très précis sur ce mo: la cour où l'éditeur Saint- Simon s'oriente avec tant de sûreté.
faisait pas servir qu'on n'eût demande à l'introducteur s'il n'attendait plus personne. Bientôt je devins familier dans la maison.
M. le marquis de Livry était de la société' intime du roi. Sa femme était pleine d'esprit et aimable, et faisait la partie du roi. Leur goût dominant était le jeu ; ils avaient la société où l'on jouait le plus fort (i).
M. le marquis de Beringhen, premier écuyer du roi, et sa femme, qui était veuve du marquis de Thé mines, avaient la réputation de faire la meilleure chère de Versailles. Leur maison était sérieuse, mais composée de tout ce qu'il y avait de mieux. Ma place me mettait en relations avec eux. J'y allais souvent.
M. et Mme Félix tenaient souvent maison à Versailles; ils étaient logés superbement aux petites écuries. Par devoir et par reconnaissance, j'y allais au moins deux lois par semaine. J'y voyais une tout autre société: M. et Mme Mesnard ; Mme Banivet, femme charmante, dont le mari était premier commis du contrôle général ; M. de Bridge, commandant les écuries (2) sous le grand écuyer; le comte de Brionne et le marquis de Tourdonnay, tous les deux écuyers du roy et toujours de sa suite dès qu'il montait à cheval ; plusieurs officiers des gardes du corps; M. d'Anlezy de Damas, gouverneur de .M. le prince de Condé ; M. d'Audibert de Lussan, sous -gouverneur, et M. l'abbé Duser, précepteur et instituteur.
En résumé, mon principal objet était de connaître et d'être connu. Je voulais former mon caractère, qui naturellement est timide et observateur sous l'air le plus gai et le plus ouvert.
On engagea alors Dufort à remplir avec quelque faste les honneurs de la place qu'il venait d'obtenir, et à représenter comme il convenait à un grand seigneur. Il eut la sagesse de ne pas suivre ces conseils :
(1) u On joue aussi au trictrac chez M. Je Livry toute la journée ; il y a 1coup de paris. » (Mémoires du duc Je Luynes, t. XV, p. 1 1 (.)
(2) L'expression est vague: M. de Bridge était, en 1751, à la petite écurie. MM. de Nestier, de Buttler et de Tourdonnay. En 1754, le roi le fit passer de la
petite écurie à la grande, et lui donna le commandement à la place de M. de Nestier. tlbid., t. XIII, p. 24g.)
l'ho- l Cira jue,
, i.ui d'u rail pour n'établir, j'y •■-•mps-la que
M. Dupuil ' 1 1 \ mi inné que
je n'eu :is le nom de marquis nt-Leu lors d<
présent. ition. Je lui ré] I sens que ] tou-
jours mon nom, D qui,
s'ils n'av. lient : :is une origine
/ ancienne. D'ailleurs, Il ten lint-Leu
•econds droits honorifique somme toul
dans la vallée de Montmorency, faisait partie du ductv .ien.
Enfin le second semestre arriva. Il commença, comme il était d'usage, par un Compiègnc. ■ Le roi,
lit-on dans le Journal de Barbier, est parti ce même jour (3o juin 17521 de la Muette, dans le bois de Boulogi. Compiègne, ou toute la cour l'cal rendue; il est parti la nuit, et il devait chasser en arrivant, afin de ne pas perdre de temps. » Cette année-là précisément, on vit a Compiègne plus de monde que jamais. Les officiers du r de la reine montrèrent un grand zèle pour y aller servir. ce qui rendit les logements introuvables 2 . Dufort présenta ses devoirs aux ministres, puis ne tarda guère à s'incliner devant l'idole du jour.
C'était, dit-il, le temps de la fameuse marquise de Pompadour. Maîtresse en titre, les ambassadeurs, excepté le nonce, allaient la voir, après avoir été en corps, avec l'introducteur, rendre visite à la famille royale. La ville et la cour, tout se trouvait réuni chez elle. Les savants, les artistes lui rendaient hommage. Personne ne savait aussi bien qu'elle traiter chacun comme il
(1) M. Dupais (ou du Puis) était le fils de ce trésorier de France, beau-fr- Jean Dufort. que nous avons précédemment nommé. I! était lui-même préau Grand Conseil.
(2) Journal et mémoires du marquis d'Ar^cnson. t. VU, p. 261.
convenait, et elle le faisait avec une aisance qui confondait tous les rangs. Pour e'viter toute étiquette, elle recevait à sa toilette.
L'air de cour est contagieux : les débuts du nouvel introducteur auprès du roi furent très heureux, d'après ce qu'il nous raconte.
On m'avait prévenu que, si, dans le cabinet, le roi s'approchait de vous et que, par respect, l'on se retirât, il avait la discrétion de ne pas vous adresser la parole. Il aimait les jeunes gens ; j'étais un enfant en comparaison du vieux Sainctot. Je surmontai ma timidité et tins ferme. J'en fus récompensé ; il m'adressa souvent la parole, et je m'y suis tellement fait que, vu sa bonté, j'ai souvent été plus à mon aise avec lui qu'avec de certaines gens. La première fois que j'avais été obligé de prendre ses ordres pour la présentation des étrangers (ce fait n'arrivait jamais avant que lui et ensuite les grands officiers, comme le premier gentilhomme de la chambre, fussent prévenus), ayant vu que, tandis qu'il se lavait les mains, mon collègue s'approchait de lui et lui disait les noms de ceux qui se présentaient, je fis de même, et j'adoucis ma voix de telle façon qu'il se mit à sourire, et, se retournant, il me dit : « Vous avez une hautecontre. — Non, sire, répondis-je, je chante très faux. — Il y en a bien d'autres, reprit-il. » Lui-même en effet, à la chasse, criait d'une voix enrouée : Tayaut ! de manière à être reconnu entre mille. Je conclus de là que je ne lui déplaisais pas, et j'obtins avant la fin du voyage que, quand il m'appelait, il ne disait pas « Monsieur», avant mon nom : ce qui était une marque de bonté.
Sauf une exception, Dufort n'a pas noté les circonstances où il fut chargé de présentations solennelles. Je ne rechercherai pas, en ces détails, une exactitude que mon sujet ne demande pas. Je me contenterai d'indiquer au passage, d'après les Mémoires du duc de Luynes , que ce fut lui qui accompagna, le 21 juillet 1752, le marquis de Sartirane, ambassadeur de Sardaigne, et, le 22 août suivant, le baron de ScherTer, ministre de Suède, aux premières audiences que ces personnages eurent du roi.
ivenli ; c 1 1 1 .
: l'cm; entrée dans Pari I
haut. ! I .nités du C
monial, parait que] |ue peu fier <'' ré comme un
! vins prînci u tant de maçni-
i: enec fut déployée ; il J ses moin I
ms BOUtCI les minuties Je sr,n 01 :ice.
K uni» venait, au nom de Pempereui i Pimpérati
prier le roi et la reine de vouloir bien tenir sur les fonts ['enfant dont l'imperatr it prête d'accoucher. A ce
propos, les deux cours échangèrent de brillantes am: sftdes. i La France avait nommé M. d'Haute fort, homme grave et important; Pimpérati >mte de Kaunitz,
son favori. Elle avait dit plaisamment : « Ils m » envoyé un Allemand, et moi je leur envoie un Fran- » çais ; 1 1. »
Kaunitz coucha le [6 septembre -u Du:
alla le chercher le lendemain matin. le maréchal de Làngeron. Dufort décrit avec complaisance le magnifique costume qu'il portait ce jour-là : « habit de velours ras à fleurs d'or, relevé d'une broderie sur toutes les ta i veste à rieurs d'or sur fond d'argent, avec parements de même, chapeau à plumet énorme, maintenu par des attaches à la tête en boucles de diamants épee superbe.
garnie d'un nœud pareil à l'habit. » Le cortège descendit le faubourg Saint-Antoine, fit le tour de la place Royale.
(i) On peut lire dans la Cor ::c de Grimm et surtout dar>
M émoires de d'Argenson, qu. . une peinture très peu flatteuse
tvpe de ■ Français ». qui servit les projets d'alliance de M»* de Pompadour avec Marie-Thérèse, et prépara le traite de 1756. ■ M. de Kaunitz. dit d \ n. se donne ici beaucoup oe - par son amour pour sa figure, qu'il pr
encore plus belle qu'elle n'est: il lui faut quatre miroirs pour mettre «a figure, sa perruque n'< .. mais en i. Pompadc- -
caresse 1 {Tome VI, p. 3o3.)
suivit les rues de la Verrerie, de la Ferronnerie, Saint- Honoré, le Pont -Neuf et la rue du Bac. La cérémonie dura de six heures du matin à cinq heures et demie du soir. L'itinéraire indique par Barbier est beaucoup plus long, dans la dernière partie. « Le comte de Kaunitz, dit -il, a fait une furieuse marche. Depuis Picpus la tournée est grande ; tout son chemin était garni de monde et de carrosses; il a vu ce que c'est que Paris. » Le lendemain il y eut présentation au roi.
Mme de Pompadour m'avait fait dire qu'elle désirait voir l'ambassadeur, qui lui-même m'avait fait des ouvertures à ce sujet. Je savais que M. de Verneuil s'était prête à ce désir en pareille circonstance. C'était un moyen de plaire dans un pays où je débutais. Dès qu'on eut quitté la table, je sortis avec l'ambassadeur ; nous nous rendîmes chez M8*8 de Pompadour, que j'avais prévenue. Il était accompagne de ses cavaliers d'ambassade. Il entra seul avec moi. Il y avait trois sièges ; elle s'assit, nous nous assîmes. Après une conversation de visite amicale, l'ambassadeur se leva et pria Mme la marquise de lui permettre de lui présenter les cavaliers. Ils entrèrent ; on se tint debout. La conversation devint générale, et, après un quart d'heure, nous partîmes.
Pour en finir avec ce semestre, sur lequel je me suis étendu plus que je ne ferai sur les suivants, je mentionnerai l'honneur que Dufort eut de s'asseoir à la table de la reine, dans un dîner donné le 20 décembre pour Mme de Sartirane.
J'ai voulu présenter sans interruption le récit des débuts de l'introducteur des ambassadeurs à la cour; mais ce serait une illusion de croire pour cela que ses fonctions exigeassent une présence tellement exacte et continue qu'il lui fallût renoncer aux occupations et aux plaisirs ordinaires de sa vie. Je viens maintenant aux séjours qu'entre temps il fit dans sa terre de Saint-Leu, qu'il n'oubliait pas, et aux rapports de voisinage qu'il lia avec la compagnie la plus renommée de cette époque.
M. |'..M l.l S\ , Mi'.
Montmorency, une maison et une i leigneui I
vrette un chât ' it un salon fait de
telle manière qu'avec
qui le divisaient en deux : Il mourut
l.iine fut fermier général et é] .sine, femme d
tout égards; le second, rempli de talent e maria
avec M11" (lhambon. et lit un des plus beaux cabi: On jouait la comédie a la Chevrette du vivant d . tinua après sa mort. M I may habita ' Dupin
de Francueil, receveur général des financer M I).pleix de Bacquencourt , maître des req nt leur
théâtre superbe, établi dans une v, iiigerie. attirait la
meilleure compagnie des environs. Après a\oir été spectateur, on me proposa d'être acteur, ce que j'acc \e fus
introduit dans une société charmante, remplie de talents. Aux représentations succédaient la mu.sique et les intrigues. Nous y vîmes les scènes les plus plaisantes possibles ; j'en rapporterai quelques-unes, pour ne pas les oublier.
Bacquencourt se livrait au théâtre avec un enthousiasme et un zèle peu communs. On joua Zaïre: il se chargea du rôle d'Orosmane ; La Lire prit celui de Corasmin. La pièce allait le mieux du monde ; le souffleur se reposait sur la fidélité1 des mémoires et regardait dans la salle, lorsque Orosmane dit :
i Mais, seigneur, si Louis » La mémoire lui manquant, il
répéta deux fois : i Mais, seigneur, si Louis >> Le souffleur
cherche, ne peut se retrouver; l'assemblée souffre; alors La
(i) Dufort, ainsi que Mmc d'Epinay fil elle-même dans ses mémoires, passe sous silence le troisième fils, le plus jeune. La Live de la Briche. Rappelons le nom des deux filles, qui complètent la famille : M»« Pineau de Lucé et M"« d'Houdetot. Je serai sobre de notes sur ce suiet. très connu depuis longtemps, épuisé par les publications récentes de MM. Lucien Perey e*. Gaston Maugras : La Jeunesse Je Mm< d'Epinay et Dernières années de Mmt d'EpitUt
Dupleix de Bacquencourt était fils d'un fermier général originair. Maçonnais, et neveu de Dupleix, le go .verneur de Pondichérv. Mme d'Epinay ne le nomme pas dans ses mémoires, (l'es; à tort que notre auteur en fait un personnage du même plan que Francueil.
— 4i — Live-Corasmin, du même ton tragique, répond : « Eh bien ! seigneur, six louis font cent quarante livres. » Cette plaisanterie souleva des applaudissements et des éclats de rire qui interrompirent le spectacle. Orosmane, furieux contre La Live , contre le souffleur, fut plus de trois quarts d'heure avant de reprendre ses sens et de pouvoir continuer la pièce (i).
Un autre jour, on annonce le Glorieux, M. d'Epinay se chargeant du rôle de Lisimon. Il était jeune, mince et élancé, et Lisimon est un financier qui doit avoir un ventre. On en commanda un a Paris, tout en crin, qui s'ajustait avec des courroies. Le moment de la représentation, annoncée pour cinq heures, arriva; tout était prêt, excepté le ventre, qu'on n'apportait pas. « Comment, criait d'Epinay, jouer ce rôle, aussi élance que je suis! » Il en pleurait. On se détermina à envoyer un postillon à cheval. Il part et revient avec ce gros ventre, enveloppé dans une serviette. On commence ; Lisimon paraît avec son énorme embonpoint. Il n'est pas à la seconde scène qu'un murmure général, des rires, des applaudissements l'interrompent. Tous les acteurs regardent ; voici le fait : le maudit ventre de crin était de peau d'un côté et de toile de l'autre. Le postillon, en le portant sous son bras depuis Paris, l'avait laissé aux injures de la pluie. Il était comme une éponge. La nécessité de jouer avait fait passer sur l'incommodité du mouillé:
(i) La scène est évidemment racontée d'une façon inexacte. Corasmin, sur l'ordre qu'Orosmane lui donne de délivrer Lusignan et de le mener au roi de France, s'étonne et veut objecter à son maître le péril où sa générosité l'expose. Il lui dit:
Son nom cher aux chrétiens
Orosmane Son nom n'est point à craindre.
Corasmin
Mais, seigneur, si Louis
Orosmane
Il n'est plus temps de teindre ;
Zaïre l'a voulu. C'est assez
(Acte III , scène i".i
On voit que le confident doit avoir la parole brusquement coupée api<.~
mots: « Mais, seigneur, si Louis » 11 est probable que. la mémoire faisant
défaut à Orosmane et la réplique tardant, Corasmin répéta plusieurs fois l'hémistiche, et finalement le commenta lui-même par la saillie qui remplit Orosmane de confusion et II salle de gaîté.
■ i qu'il a l'une ma
lut bi Iticoup ;
i de nos voisin B
nciir d'être de la 1 < • • 1C homme de dix -huit
.m . • it du colle- : jolie fig
litoire i:
quelle p Dancourt. A
nombreuse, le jeune BOBO
commencer mettre n amoir
va bien jusque-là; il commence: - Charmant
N.e me soufflez pas. ( i
bien tout à l'heure... Charmante Angélique... » Ce mono!'
dura Je telle manière que tout le mon<;
homme, démonte, n'en re I ' s moins la. te frottant la -
A la tin. il fut décide qu'un autre se chargerait du h
Lemierre. l'auteur de Guillaume Tell, faisait d comme
beaucoup d'auteurs de nos jours, à qui j'ai vu mettre dans leurs portefeuilles des tirades qu'ils composaient sur des objets moraux, tels que la bravoure, le desespoir, l'amour, et 1er dans
une scène tragique quelconque. Lemierre était un jeune homme, le meilleur du monde, qu'on souffrait en rai-on de -a bonhomie, de sa bonne volonté, de sa complaisance et de son peu de fortune (2). On le chargea du rôle du marquis, dans le Méchant. que Francueil faisait avec distinction. J'assistais a la cinquième répétition ; le marquis s'en tirait si mal. si bourgeoisement, que M. d'Epinay et tous les acteurs me prièrent de me charger de son rôle. Lemierre lui-même m'en pria, et je me mis à l'apprendre. Mais son amour-propre avait fait un trop grand effort: on le surprit dans le parc, pleurant tre- typiquement. A la première repétition où je jouai, il se battait la tête contre les coulisses. Je sacrifiai mon travail et renonçai au rôle, dont il s'acquitta mieux d'ailleurs qu'on ne l'aurait cru.
M. Caze, fermier général, que l'on surnommait le < beau
(1) Je ne sais q ici était ce personnage.
i2> Il était alors le secrétaire de M. D;pin. le père de Francueil. et fut sans doute amené par ce dernier à la Chevrette. Son amour-propre était très coai d'une parfaite naïveté.
danseur (i), » voulut paraître. On arrangea l'Oracle: il dansa une entrée dans le genre de Dupré. Le ballet fut redemande ; les cadres furent augmentés) j'y fus admis. Comme j'avais appris aussi la haute danse, vêtu d'habits de l'Opéra, un masque sur le visage, comme il était de mode alors, je secondai Caze, après une entre'e seul, et ensuite dans un pas de deux. Ce sont toutes les circonstances où je fus utile dans ces plaisirs ; puis je revins à Paris.
On pensera sans nul doute que Dufort revient à Paris un peu vite, et qu'il laisse un beau sujet inachevé. Mais, sMl avait prolongé son séjour à la Chevrette, en serionsnous plus avancés? Je ne le crois pas; il n'y a pas d'illusions à se faire désormais sur les qualités d'observation qu'il s'attribuait tout à l'heure, non plus que sur la finesse avec laquelle il se juge. Il n'a pas trouvé de quoi faire sa gerbe, dans ce champ qui lui offrait toutes les fleurs du sentiment et de l'esprit. Il a passé, ne voyant rien autre chose que des incidents de théâtre et quelques comparses, parmi ce monde si lettré et si raffiné qui formait la cour de la plus agréable femme du siècle.
Ayons cependant toutes les atténuations de l'indulgence, et laissons-lui pour excuse possible de sa distraction, de sa froideur ou de son impuissance ij'évite de choisir le mot), la grande et troublante passion qui l'absorbait alors. Il ne vit rien à la Chevrette, n'y voyant pas Mme B***. Qu'était-ce que Mme B*** ? Son adorateur ne l'a pas nommée; mais il en a parlé si souvent, et avec tant de particularités, que le mystère est très pénétrable. Réunissant ces renseignements épars, je puis dire qu'elle était fille et femme de fermier général, qu'elle habitait l'hôtel
(i) Le beau danseur fit faillite lans cette année même (1752) <> pour avoir trop dépensé et emprunté à toutes mai;;-. J>>: mémoires du marquis j'.l>-
iïcnson . t. Vil , p. 367.)
Bulliof), rue l'I il ile avait pour btllc-
df I <nt 11 fille tut comtesse de
FitZ-Jtme . '. !ir la solu-
tion d'un problème ^ir le j iel l'eiercera 1 • sag
lecteur ; car je res; | \) .
laisserai, comme lui, si beauté dan .r d'une
ifidence inachevée. Je : icr sa réserve,
quoique j'estime que le sujet ne val ii' ut de détours:
on en jugera par la luite du récit. M"' H"* tmit par rendre a Dufort am ir amour: mais ce ne fut
L'affaire d'un jour. Si lui se sentit féru rd , elle
ne se l:ii s- lentement conquérir. Elle lui ht faire
une sorte de Stage, ou il eut peu a peu Je ;emcnt.
Le nouveau soupirant fut, au début, classé troisième dans Tordre des préférences de sa maitresse; je ne comptele mari, qui, depuis longtemps, était hors du tableau, pour des causes inutiles et embarrassantes à dire. Les favoris de première et de seconde ligne étaient les marquis de Tourdonnay et de Donnezan i . Comment notre pitoyable amoureux accepta-t-il l'humiliation derang ? Il ne s\r résigna pas sans douleur. Ecoutons plainte, pendant un voyage de la cour que suivit M"avec son escorte galante.
Elle vint à Fontainebleau, attirée par le plaisir de voir deux personnes qui lui étaient attachées. Ce voyage passa comme un rêve; cependant je fus enchanté d'en voir la fin. Mon cœur, malgré moi oppressé par la jalousie, n'aimait point le part Détermine à faire tous les sacrifices vis-a-vis de la femme que j'adorais, ma force n'allait pas jusqu'à être témoin des préférences qu'on accordait h d'autres. Mais elle avait tant d'empire sur mon
(i) Charles-Armand d'Usson. marquis de Donnezan. prêta serment comme lieutenant de roi au comté de Foix, le 18 juillet \-;56.
— 4^ — esprit qu'un quart d'heure de son éloquence me mettait à ^cs. genoux.
Plaignons Dufort d'une servitude qui le ravalait à de si basses faveurs, mais sans croire que sa vie tout entière fût maîtrisée par un attachement invincible, et se passât à en goûter ou à en rêver les jouissances.
Voici qui nous éclaire sur ce point :
Je continuais pour mes parents la môme vie. Les samedis, dimanches et lundis, je ne paraissais pas chez Mmo B*** ; j'allais à Saint-Leu. D'Osmont, Caulaincourt, du Hautoy et Chailly étaient toujours du voyage. Les autres jours, quand je ne dînais pas chez Mme B***, je dînais chez mes parents ou chez les ministres étrangers, ce que j'évitais le plus que je pouvais. Magrand'mère était attaquée d'une infirmité qui l'obligeait à se faire lever à quatre heures du matin. Je ne suis pas rentré une fois que je ne l'aie trouvée dans la même position. Souvent fatigué, accablé, mes gens me conduisaient au lit tout endormi. Je m'épuisais, je me tuais. De peur d'essuyer des sermons bien justes, j'étais toujours habillé à dix heures, et j'en étais quitte pour serrer outrageusement mon col, de façon à éteindre la pâleur extrême de ma figure.
Dufort, effectivement, continua en 1753 ses visites assidues à Saint-Leu. Il y trouvait un refuge momentané contre l'excès des plaisirs et un air pur dont il avait grand besoin pour faire refleurir sur son visage des couleurs naturelles. Il chassait fréquemment.
La chasse à tir était charmante dès qu'on descendait dans la plaine. La chasse qui m'appartenait s'étendait auprès des réserves du prince, vis-à-vis le Plessis, longeait le bois de Boissy, et revenait près de Taverny, jusqu'à la forêt. Pour peu qu'on se livrât à cet amusement, en une couple d'heures, à trois ou quatre, on pouvait rapporter une trentaine de pièces.
La chasse lui fut une occasion de connaître le comte de Charolais, dont il parle avec des détails intéressants.
46- Api lopin
. L'histoire de a I urquic
d'un coup de fusil, il ;
I -ii je l'ai connu n >ir comme un homme tètfl et fort r-ii oiniiililr inec mal élevé. Devenu tuteur du prin I
an bomme ....
iettes de lu [i, qui étail î les
misa quinze cent mille norme pour le te;.
I rince de Condé était plus riche que ient
plus d'étiquette el piui de dépenses a faire. Chantilly était superbement tenu. Pour le comte C ;olais. loge dans un I très ordinaire, rue Sainte-Catherine, il passait sa -. rentes maisons de C telles que Luzarch. ju chez
sa maîtresse, sauf le temps qu'il donnait au Conseil de son neveu et à la fonction de grand maître de la maison du roi, qu'il remplissait par intérim.
II avait de gros yeux a fleur de tête, les cheveux de face, ainsi que ceux de derrière la tète, reunis dans une seule queue. Un habit de drap uni, boutonne de gros boutons d'or comme un porte-manteau, une culotte noire tre> large, des bas de soie blancs, attaches sous les genoux par une jarretière d< - :oir. de gros souliers à petites boucles : . une canne à pomme d'or, une èpée très commune composaient sa tenue de tous les jours, soit à Versailles, soit à Paris. Il allait à la Comédie- Française très souvent, et se tenait dans la première coulisse, où. a la vue du public, il donnait ses audien c cemment toutefois et sans troubler le spectacle Ii avait une manie dont j'ai été témoin, en allant dans sa voiture à la chasse. S'il rencontrait un capucin ou un moine, il prétendait que cela lui portait malheur; il s'agitait, criait au cocher ou au postillon : a Ecrase ce b là. » Le domestique, d'un coup de fouet, faisait faire feu
(i) « Un grand nombre de seigneurs e: de jeunes gens ne venaient souvent sur le théâtre, sans avoir de place, que pour voir le spectacle et les femmes des loges et se faire voir, causer entre eux et aller et venir dans les chauffoirs. causer avec les actrices... » Journal Je Barbier, t. VII. p. r rrima,
Comédie-Française, ces places s.:r le théâtre, qui gênaient singulièrement les
a la acteurs
des quatre pieds aux chevaux. Le moine n'avait que le temps de sauter dans une allée ; la voiture passait, et le prince, en riant, disait : « J'ai conjuré le mauvais sort. »
Ma terre de Saint-Leu, qui n'avait que moyenne et basse justice, relevait du duché d'Enghien. Le goût de la cha se m'était venu. J'amenais à Saint-Leu toujours mes deux chevaux de selle et un cheval de suite. Cette terre, sur le coteau, près de Saint-Prix, avait deux parcs considérables, tout entoures de murs. Le parc du haut, tout en bois, donnait dans la foret d'Enghien, où le comte de Charolais chassait régulièrement le sanglier. M. Félix, secrétaire du grand maître, lui avait parlé de moi. Dès qu'il me connut, il m'invita à aller à la chasse. Je devins ami de ses écuyers et son second , avec le marquis de Maleyssie, qui avait aussi une terre dans le voisinage (i). Quelquefois il avait de l'humeur, descendait de son petit cheval et restait deux heures assis au pied d'un arbre; d'autres fois, il se tenait seul dans un carrefour, et vous laissait suivre la chasse. La forêt a, sur la montagne, une route tirée au cordeau, depuis la Croix-Jacques jusqu'au Camp de César (2), qui domine sur tous les vallons. Cette route retourne ensuite jusqu'à Chauvry, toujours sur les hauteurs, et quelqu'un qui connaît bien le pays peut très aisément suivre la chasse à pied : de sorte qu'un seul cheval me suffisait, et je réservais les autres pour celle de M. le prince de Conti, qui chassait le cerf régulièrement deux fois la semaine dans la même forêt (3).
(1) La terre de Maugarny, sur le finage de Margency. Voir ce que j'ai dit de cette famille dans la Fin de l'ancien régime à Saint-Prix — I — La Seigneurie. p. 39 et s.
(2) Le Camp de César est situé sur le coteau, à 250 mètres de l'église de Tavernv. qu'il domine immédiatement. La Société des antiquaires de France, sur un double rapport de M. le commandant de la No€ et de M. de Boislisle et d'après un plan lève par M. Jean de Courcy, a récemment émis l'opinion que ces retranchements n'ont pas l'origine romaine qu'indique leur nom, et n'étaient qu'un simple refuge, un oppidum, construit au .v ou au xi« siècle.
(3) Le bon accord ne dura pas toujours entre le prince de Conti et le pupille du comte de Charolais. Luynes raconte la querelle, et surtout les représailles du prince de Condé en matière de chasse. L'incident est intéressant pour nous; il est rapporté sous la date du 2 janvier 1756 (t. XV, p. 3 19) :
« Il y a à l'Isle-Adam la Haute-Forêt, qui est à M. le prince de Conti; la Basse- Forêt dépend d'Fcouen et est a M. le prince de Condé ; M. le prince de Conti n'y a jamais chassé que par la permission de feu M. le Duc ou de M. le prince de Condé. Le mariage de M. le prince de Condé avec Ml,e de Soubise a donné occasion à la brouillerie la plus vive entre ces princes. M. le comte de Charolais et M. le prince de Condé se plaignent hautement de M. le prince de Conti et ne
i a joui que , l'un
,e CAO* h ces possessions
.r la |ue moi La posii t-l
une espèce de braconnage lue- inde
porte sur l.i forêt, du CÔt<i de la vieille i js animaux
întroduitfienl en grand nombre. Par un despotisme inouï, Ifl prince 11 multiplier de telle sorte que ! isses
de la vallée, pour détendre leur
communs, entouré la forêt de palissad
qui, par le bruit du tambour et de leurs cris, empêchaient le gibier de forcer les barrières. Mes amis Si moi, nous avions profite de ces circonstances, et, dans des chasses nocturnes, qui étaient un des grands attraits du séjour de Saint -Lcu, nous détruisions cerfs, sangliers et chevreuil hasses braconn.
ces èrent dès que je pus approcher ceux dont elles violaier.' droits; mais l'impulsion était don:
Une nuit, l'un de mes gardes et le conducteur des relais firent si bien fonctionner le piège qu'à trois heures du matin on ferma les portes, avec la certitude que sei/ ient
entres dans le parc. Toutes les têtes se montèrent ; chacun s'arma; on lâcha les chiens; on tua deux sangliers dans une grande pièce d'eau. On les aurait tues tous, si les cris, le bruit des coups de fusil n'avaient fait lever les gardes du duch.*, qui étaient à Saint-Prix et à Taverny. Ils accourent ; n'osant en* ils montent sur les murs et dressent procès -verbal. Cependant ils saisissent un sanglier tue et l'envoient au prince, comme preuve de délit. Je sais parfaitement que. si je n'avais pas eu affaire à un prince très violent, j'eusse pu défendre mon droit. Ayant basse et moyenne justice, il m'était loisible de faire ce
veulent pas le voir. Dans cette position, M. de Charolais. qui parle au n: son neveu, dit. non sans raison, qu'il est assez singulier q îe M. le prince de Conti ait toujours continué de chasser dans la Basse-Forêt; qu'il avait bien pensé à le faire avertir des dispositions dans lesquelles ils étaient à cet égard. M. le prince de Condé et lui; mais que, tout bien considéré, il avait cru que la voie la plus sûre et la plus courte était de faire empoisonner la forêt, en l'en faisant avertir. Il dit tout haut que c'était bien dans l'intention de l'empêcher d'y chasser; il l'a dit au roi. et il le disait hier devant vingt personnes. Il ajouta au Roi que. si S. M. lui en donnait l'ordre, il ferait ôter les gobes, et le Roi lui dit que, puisqu'elles étaient mises, il n'y avait qu'à les laisser. »
qui me plaisait dans mon parc entouré de murs, et, ne convenant pas d'avoir attiré les animaux, je pouvais prétendre n'avoir fait qu'user de mon droit de propriété. Mais, en outre, j'avais maille à partir avec un homme qui me traitait à merveille, qui m'associait à ses plaisirs, et, dans le fait, mes gens avaient tort, et je ne devais pas justifier un pareil procédé. Dès que je sus l'affaire, je me rendis à la Comédie-Française, où je savais que le prince allait tous les soirs. Il n'y vint pas ; je ne fus pas fâché de n'avoir pas à m'expliquer devant le public. Je trouvai son gentilhomme, M. Dumonau, qui, dès qu'il me vit, me dit : « Le prince est furieux contre vos gens. Il veut qu'ils soient punis exemplairement. — J'espère, dis- je, que, s'il y a une réparation à faire, elle viendra de moi, et que le prince ne commencera pas par des voies de fait sur mes gens. Je vous demande de savoir de lui à quelle heure je puis le voir. — Je me risquerai, répondit-il; mais il est d'une furieuse humeur. Il va à la chasse demain et tire dans la plaine de Vanves; montez à cheval et \enez le trouver ; nous y serons à midi. »
Je monte à cheval le lendemain et me rends dans la plaine : j'aperçois les batteurs. Je vois le prince assis, avec quatre fusils autour de lui, au coin d'une remise. Dumonau me dit : « Je l'ai prévenu ; il vous attend. » Je le connaissais assez pour savoir qu'il n'aimait pas être interrompu, soit qu'il fût dans ses rêveries, soit qu'il attendît le gibier. Je laissai finir la battue. Je donnai mon cheval à mon postillon et regardai tranquillement tirer le prince. Il m'aperçut ; je m'avançai à lui : « Monseigneur, lui dis-je, j'ai appris avec la plus grande peine le délit qu'a commis mon garde. Admis à partager vos plaisirs, je viens vous protester que j'entretiendrais des sangliers dans mon parc si je croyais que vous pussiez vous en amuser, plutôt que de les laisser détruire. — Votre garde, me répondit-il, a eu le plus grand tort. — Je le sais, Monseigneur, et je viens le mettre à votre merci ; faites-en ce qu'il vous plaira ; je ne le défends pas. — Eh bien ! repartit-il, je vous prie de lui dire qu'il ne recommence pas; nous le punirons, si jamais il récidive. N'en parlons plus. Je croyais que vous veniez chasser avec moi. — Moi, Monseigneur, je voulais vous faire mes excuses, vous assurer de mon respect, et nullement partager des plaisirs où vous ne m'aviez pas fait l'honneur de m'admettre. — J'en suis fâché, dit le prince, car je n'ai de fusils que pour moi. M. Dumonau, voyons ce que j'ai de gibier. » A l'instant, il me détache vingt-quatre perdrix et deux lièvres,
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J'interromps l'auteur pour lui objecter qu'il avait ici un moment Je bonn :i humble,
et qu'il ne vaut pas la peine de chi 1 le
.ment de l'histoire. Sou récil aboutit bien plus naturellement à une conclusion dont un mot de d'Ar^cnson serait la vive formule : « Le prince est un fol, avec quelques bons intervalles d'une raison furibonde (i). » Dufort va d'ailleurs donner lui-même la confirmation populaire de cette opinion, après un curieux récit de la mort du personnage.
Ce prince mourut en 1760. âgé de soixante ans, amoureux jaloux, comme il avait toujours été, d'une fille qu'il avait faite marquise. Il finit ses jours dans une maison du faubourg Saint- Germain, au milieu de ses gens, peu entouré d'amis. Ce fut l'abbé Duser, ancien précepteur du prince de Condé, élu par les Etats de Bourgogne, qui l'assista dans ses derniers moments. Il fut attaqué d'une hydropisie de poitrine, venue à la suite d'une obstruction qu'il ne voulut pas soigner. Retiré dans sa maison, il fit fermer sa porte, et se livra aux conseils de son médecin quand il n'était plus temps. L'hydropisie gagna la poitrine ; il ne put se coucher, et fut réduit à passer les jours et les nuits dans son fauteuil et, plus tard, sur une chaise de commodité. Son médecin, alarmé d'une pareille situation, qui hâtait
(1) D'Argenson, dans un autre endroit, s'est expliqué avec un peu plus de détails: <• M. le comte de Charolais était né avec de la beauté et un courage comme en ont tous ceux de la maison de Bourbon, mais plus ou moins à la - . ! ^a branche est sujette à la folie. la bile noire s'y allume : cela paraît par .: jeunesse, et, en vieillesse, cela tourne à la véritable folie. • (T. II, p. 406 ; t. III. p. 20.)
sa fin, lui fit des observations; le prince le traita rudement. Toute la maison le supplia ; elle fut traitée de même. Enfin l'abbé Duser, homme d'esprit, se hasarda à lui parler. Voici la réponse du malade : « L'abbé, vous qui avez de l'esprit et de la tête , vous donnez dans l'idée du médecin et de mes gens , et croyez me rendre un service. J'en sais plus qu'eux : l'eau me gagne la poitrine ; le moindre mouvement m'étoufferait. Je jouis encore de la vie, en causant philosophiquement avec vous. — Monseigneur, le médecin assure le contraire ; votre position augmente vos souffrances et vous mettra hors d'état d'y résister. — Vos raisonnements, reprit le prince, ne peuvent me convaincre; si on me remue, j'étouffe. » L'abbé : « C'est impossible. » Le prince : « Vous m'impatientez ! Vous allez voir l'effet. Adieu! » En disant cela, il se pencha vivement de côté et mourut à l'instant. On le porta à Montmorency, dans le caveau de tous les princes de sa maison. Il fit un temps, ce jour-là, si exécrable, si épouvantable, que les paysans, qui le craignaient sur parole, dirent que tous les diables étaient déchaînés pour assister à son enterrement.
Je veux, après cela, que le comte de Charolais fût avisé dans les affaires, brave à la guerre; mais, sur le renom qu'il eut en somme, il faut laisser le dernier mot aux paysans de Montmorency.
La chasse, à propos de laquelle s'est présenté cet épisode de la vie et de la mort du comte de Charolais, n'était pas le seul plaisir auquel Dufort se livrât à Saint- Leu. Il y donna des réceptions qui firent époque dans sa vie. Il imitait les divertissements des châtelains du voisinage et des princes mêmes; il ne craint pas la comparaison avec les fêtes du duc d'Orléans à Bagnolet. Une première série d'invitations lui amena la famille Soullet et ses entours : la présidente marquise d'Albertas, la comtesse de Fiers, Mlle Félix, le marquis de Gravezon, le comte de Merles; le château n'eut pas moins de seize hôtes permanents, sans compter les allants et venants. Le seigneur, avec le chevalier de Fontanieu pour second, s'ingéniait à les
amuser Je toutes ! I , urnéc, ce n'étaient que
i partit aux châteaux curieux;
le soir, illumination
■eut a Ipegoie ordinaire
des plaisirs Je Dufort. Contrairement au vœu qu'il avait fait (nous av<, nale la faute .lettre dans la
maison Je son père que des ; ai U pi
H'offensÉi pas un souvenir vénéré, il y rCÇUl Mm
laquelle il prodigua les soins et les hommages. Par une
condescendance étrange, il alla jusqu'à reunir autour d'elle, sous son propre toit, la cour de ses « agréables », parmi lesquels Tourdonnay et Donnezan. Aux passetemps habituels on ajouta la comédie, qui était le goût dominant, la passion du jour. Mais combien l'imitation de la Chevrette fut loin du modèle ! I BCtaclca ici
n'ont pas pour critiques ou pour acteurs les Duclos, les Rousseau, les Grimm, les Francueil. Le salon ne s'emplit pas de leurs conversations enjouées, ingénieuses ou profondes ; nulle femme ne le gouverne comme Mme d'Epinay, avec sa main souple, sa grâce naïve malgré ses faiblesses, sa préférence délicate pour les gens de mérite et les sujets élevés.
A Saint-Leu, on joue des parades de la foire. Le théâtre a été construit dans une écurie ; Donnezan en est le grand ordonnateur. Voici une scène qui eut le plus vif succès. Deux Gilles (c'était Dufort et Fontanieuï se disputaient à propos d'une Isabelle, jouée par Donnezan ; ils faisaient un tel tapage qu'un soldat aux gardes paraissait à une fenêtre et demandait à cette beauté, qui raccommodait sa culotte, de la lui rapporter vivement pour qu'il pût venir mettre le holà. De la dispute, les rivaux passaient aux coups. On avait appris à Fontanieu à mettre sa main devant son visage, pour recevoir un soufflet. Il oublia le geste dans la chaleur du jeu, si bien que le soufflet tomba d'aplomb
sur sa joue. La colère le prit ; il sauta à la gorge de Dufort, qui se défendit véritablement, et le public applaudit comme si Fart seul donnait au jeu des acteurs ce naturel parfait ; mais il était temps que le soldat aux gardes et son Isabelle vinssent séparer les combattants.
Le répertoire de Saint-Leu n'emprunte pas aux chefsd'œuvre les émotions nobles ni les gaîtés discrètes. Il est tiré de quelque volume analogue au Théâtre de campagne ou Recueil des parades les plus amusantes, propres au délassement de l'esprit (i). Telle est la littérature: voyons l'amour.
Toujours attaché à Mme B***, toujours occupé à lui plaire, je l'avais logée en bas, dans un appartement qui me joignait. Quand Tourdonnay vint, mes hommages ne dépassèrent pas les bornes du respect. Elle m'en sut gré. Je ne me plaignais pas, mais je souffrais. J'étais tellement épris, qu'en me quittant elle eût fait le malheur de ma vie. Je lui aurais tout passé, plutôt que de ne pas la voir. Tourdonnay fut obligé de nous quitter. La gaîté me revint. Cette femme avait l'art de captiver tous ceux qui la connaissaient, par son esprit, sa bonne humeur, sa tournure élégante. Un matin que je lui faisais une cour pressante dans son cabinet de toilette, et qu'elle excitait ma passion par d'adroits refus, elle s'oublia au point de me dire : « Finissez, Donnezan. » Je m'éloigne froidement, je m'avance vers la glace de sa toilette, et. m'y regardant, je lui réponds : « Non, je ne vois pas Donnezan. » Cette parole fut un coup de foudre; elle sentit son étourderie, et, moi, j'aurais dû m'en séparer à jamais. Mais, faible, maîtrisé par une passion invincible, j'étais à la merci dé ses charmes. Une explication ne me convainquit pas, et cependant me rendit le plus doux et le plus complaisant des hommes.
Le pauvre Dufort eut à pardonner d'autres avanies plus cruelles et bien dues à sa lâcheté, il faut en convenir ; on lui donna l'entier spectacle de l'infidélité. Ses
(i) A Nugo polis et à Paris, 1767.
à 00 sujet sont ! , et ne valent pas
l'embarras que ' vjirc. A la fin cepen-
dant, on lui itemeni moins rigoun
inezan renvoyé, il mont • ci comm<
à obtenir plui Je marques de faveur que Tourdonnav luimême. Il ne chercha pal à en profiter pour consomrri' défaite de ce dernier rival, i II jouit nheur
jalousie, préférant la modestie et le peu d'importance de son rôle a ['éclat de relations ouvertes et au débordement d'une passion à laquelle il se sentait inégal.
Je sentais qu'à moi seul j'aurais pris une charge trop forte. J'aimais ; mais je préferais ['incognito. Elle exigea mon portrait dans une boîte d'or à secret. Dès qu'elle l'eut, elle riposta une bague superbe, d'un seul diamant, qui m'a été volée depuis. Je n'osais lui faire aucun cadeau ; c'était un prétexte pour m'accabler de bienfaits.
Je continue à recueillir dans Luynes, sans recherches plus étendues, les notes concernant le service de Dufort à la cour.
« M. de Loss , ambassadeur de Pologne, eut, le 3i juillet de cette année (1/53 j, à Compiègne, son audience de congé, avec les cérémonies ordinaires, accompagné par M. de Brionne et par M. Dufort, introducteur des ambassadeurs.
« M. Delsaker, envoyé de Cologne en Hollande, a été présenté par M. Dufort, introducteur des ambassadeurs. (20 août 1754).
« Le 5 octobre 1754, M. de la Cerda, ministre de Portugal, vint enfin donner part de la mort de la reine douairière; il n'eut audience que du roi et ne devait pas en avoir d'autres. La reine fut avertie par M. Dufort que l'ambassadeur ne devait pas venir chez elle (1). »
(1) Tome XIII, p. a3, 3i4 et 362.
En cette même année 1754 (du moins je crois pouvoir fixer cette date, dans le désordre du récit où manquent souvent les points de repère), Dufort eut un succès signalé à la cour. Il s'était lancé avec ardeur dans le courant agité des plaisirs où se passait la vie du roi; il tenait à paraître et s'intéressait d'ailleurs, n'ayant aucune visée plus haute, aux menus faits et aux incidents divers qui ont fourni à ses mémoires la plus ample matière. Il avait plu d'abord par sa jeunesse et sa bonne mine ; il y ajouta un nouveau mérite: l'assiduité à la chasse. Son zèle, remarqué, s'accrut et obtint bientôt sa récompense.
M. le duc de Penthièvre me rencontra un jour et me dit : « Le roi vous permet de prendre l'habit d'équipage. » Il m'aurait donné un gouvernement, qu'il ne m'aurait pas fait plus de plaisir. Je remercie ; je cours chez moi et fais partir mon premier laquais, Narcisse, avec ordre de me rapporter cet habit pour le surlendemain, jour de chasse. Ce jour arrive; l'heure me presse, et Narcisse n'est pas venu. Force est d'attendre. Enfin, mon laquais arrive h deux heures; je gronde. « Hélas! monsieur, me répond-il, je défie de faire mieux que moi. Vis-à-vis de Saint -Lazare, en arrivant à Paris, mon cheval de poste est tombé; je me suis démis la clavicule. J'ai été commander votre habit, puis me suis fait remettre. J'ai gardé le lit, et suis parti par la voiture publique, car on m'a défendu de monter à cheval avant quinze jours. »
Il fallait une ardeur véritable et un entrain robuste pour suivre le roi dans ses chasses. On sait combien Louis XV était passionné pour ce plaisir. Le lecteur, en tout cas, n'aura pas manqué de s'en souvenir à la lecture d'un passage de Barbier que j'ai transcrit précédemment, et où le chroniqueur raconte que le roi, parti la nuit pour Gompiègne, devait chasser en arrivant, « afin de ne pas perdre de temps. » L'anecdote suivante, rapportée par Dufort, montre que le zèle des écuyers à
fermer etCOrtt à ce rude veneur était soumis parfois a de difficile! épreuves.
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ion talent infatigable ( i l l celui qu'il I le mieux.
dani le cabil it h la cl c la parole
qu'à lui, ou au\ écuyers qui l'accon. ent de chaque
OU cheval. L'n joui I moin d'une
boutade de i ue. Lâchas! .de: on I forcé
deux ce: chiens, les chevaux, les hommes, tout était sur
les dents. On regagnait sagement les voitures: les chiens étaient couplés. Le roi, avec M voix enrouée, qui l'aurait fait distinguer en cent mille, appelle : i Lansmatte ! » Celui-ci quitte les chiens et s'approche : « Lansmatte, dit-il, les chiens sont-ils las' — Oui, sire, pas mal comme cela. — Et les chevaux le sont-ils' — Je le crois bien. — Cependant, continua le roi, je chasserai après-demain. » Lansmatte se tait . « Entendez-vous, Lansmatte? Je chasserai après-demain. — Oui, sire, j'entends du premier mot. Ce qui m'enrage, fit-il en regagnant son équipage, que j'entends toujours demander des chiens et des chevaux : « Sont-ils las? » et jamais des hommes, i Cela fut dit de manière que le roi n'en perdît pas un mot. La chasse fut comme il l'avait ordonné.
On me permettra de transcrire encore quelques lignes intéressantes sur le même sujet :
Le roi avait une grande attention de ne jamais passer dans une terre labourée ensemencée ou prête à rapporter. Il tançait rudement les chasseurs qui passaient même sur les bords. Il faisait, après chaque chasse, payer aux propriétaires les dommages causés, qu'ils s'en plaignissent ou non [2). Un jour, un
(1) Sur la carrière de Lansmatte comme veneur, on peut consulter les Mémoires du duc de Luyncs, t. XI, p. 3 1 . Sa brusquerie originale et piquante se révèle dans plusieurs traits rapportés par M»« Campan 'Mémoires . t. III. p. 14). Le roi l'aimait en elfe: beaucoup. Mme du Hausset dit à . » Le roi se mit alors à parler de la chasse de la journée et de Lansmatte. Il fallait laisser parler le roi sur ces objets, et quelquefois entendre trois ou quatre fois la même histoire, suivant qu'il arrivait d'aatres personnes. » 'Mémoires, p. 72.)
(2) Si le laboureur était dédommagé des dégâts accidentels de la chasse, il ne l'était pas des continuels ravages du gibier. Il faut entendre sur ce sujet la plainte unanime des cahiers de 17S9.
cerf chassé vers un étang, dans le parc de Versailles, se jeta à l'eau et s'y tint de manière que trois coups de fusil ne purent l'atteindre. Des paysans étaient accourus et bordaient l'étang. On demandait un bateau. Un spectateur imprudent se jette à l'eau, malgré ses compagnons. On lui crie qu'il faut qu'il fasse un détour, parce qu'il y a un endroit dangereux. Il n'écoule rien, comptant sur ses forces et sur son adresse. A moitié chemin encore, on veut l'arrêter; il continue, perd ses forces et enfin crie : « Vive le roi ! » et disparaît. Le roi avait les yeux fixés sur lui, et, dès qu'il est sûr du malheur, il tourne la bride de son cheval , regagne sa voiture avec une tristesse qui l'empêche de prononcer un mot de toute la route.
Revenons à Dufort, auquel la preuve de nouveaux talents attira de plus sensibles faveurs.
Me livrant au plaisir de la chasse, j'étais monté avec distinction. Ma connaissance de l'équitation avait déterminé à me faire monter les chevaux destinés au roi et aux premiers écuyers. Je ne les dérangeais pas du point où ils étaient. Le roi me traitait bien ; le prince de Condé, farouche, peu communicatif, venait se planter à côté de moi, pour me faire des questions et engager des conversations. C'était son usage, soit à la chasse, soit dans le cabinet du roi. Froid et pensif, je n'ai jamais rien trouvé en lui qui pût m'y attacher.
Cette vie, pleine de fatigues, n1avait pas, on le devine, le réconfort du repos, dans les intervalles du service commandé aux officiers de la cour. Notre Dufort y succomba. « La chasse, la bonne chère, le vin de Champagne, les soupers prolongés allumèrent son sang, » et lui firent sentir les avant-coureurs d'une grave maladie. Il se hâta de revenir à Paris, pour se mettre entre les mains de Bastien, médecin du roi, en qui il avait une grande confiance. On le saigna neuf fois. Le mal se déclara terrible et faillit remporter. A son chevet, veillèrent deux amies : Mlle Gentil, qui Pavait élevé, et sa cousine M,l(> Félix, dont la constance discrète se réservait pour les jours
tf -
ive. I .< >ins, à la fin, le tirèrent du danger.
ii crise, il fit un m< patiom >lc m je i i ;1 ou elle îcnt
ditations saluurant qu'à user Je nme il fa:
il en aurait bientôt m k terme. Sur cette pente, il en vint à . er île l'ardeur des sentiments de M** B
dont il était désormais l'uniqi toute a
lui, elle avait congédié Tourdonnay i : quelle servitude, déjà déplorée ' Il avait du récemment, a cause d'elle, refuser l'attrayante proposition du comte de Stainville de le suivi :nme cavalier, dans son ambassade à
Rome 2 . Mme B***, en apprenant les pourparlers engagés à ce sujet, avait été prise d'une attaque de nerfs qui ébranla sa santé, et Dufort avait renoncé à tout projet de départ, laissant échapper ainsi l'occasion de s'attacher à une famille qui jouissait d'un grand crédit et servait chaudement ses amis. Une autre préoccupation l'assaillit: il songea qu'en cas de mort de M. B*", il serait surpris dans des liens où l'honneur le forcerait à demeurer: et combien sa maîtresse avait-elle peu les qualités de l'épouse ! S'il était trop faible pour échapper à son ascendant, il conservait assez de liberté, dans le fond de son cœur, pour juger celle qui y régnait. La crainte d'un tel événement finit par le pousser à un parti extrême : il se détermina à quitter Mme B*** alors qu'une rupture n'aurait pas, aux yeux du monde, le caractère odieux d'un abandon. Son dessein arrêté, il sentit qu'il n'y pers. rerait qu'à la condition de s'enlever toute possibilité de changement, et, pour cela, il résolut de se marier.
(t) Tourdonnay épousa, en janvier i;5S. la fille d'un ML Gillet. ancien entrepreneur des vivres.
Ce fut le début dans la carrière politique de celai qui s'appela plus tard le duc de Choiseul.
Il se rapprocha de sa famille, qui venait d'éprouver une perte peu ressentie par lui-même, à ce qu'il semble : son aïeule, Mme Soullet, était morte. J'en informerai le lecteur comme il fit sans doute ses amis, par un simple billet de part et sans autre oraison funèbre : « Vous êtes prié d'assister au convoi, service et enterrement de dame Laurence-Françoise Le Tessier de Montarsy, veuve de messire Nicolas Soullet, chevalier, conseiller du roi en sa Cour de parlement et grand'chambre d'icelle, décédée en son hôtel, rue des Enfants- Rouges, qui se fera jeudi 28e novembre 1754, à dix heures du matin, en l'église de Saint-Nicolas-des-Champs, sa paroisse, où elle sera inhumée (1). »
A cette occasion, l'introducteur obtint la permission de ne pas paraître à la cour; Louis XV lui dit : « M. Soullet, le conseiller de grand'chambre, était un excellent homme et de mérite ; je l'ai beaucoup connu. » Dufort fréquenta plus assidûment dès lors la famille Roslin, dont j'ai déjà parlé. Nous Pavons vu en effet très favorablement accueilli dans le cercle intime, qui réunissait autour de l'ancien fermier général de nombreux enfants et petits-enfants : son fils d'abord, marié à Mlle Richard; sa fille, Marie-Elisabeth, veuve depuis 1746 du président des comptes Paul-Gaspard-François Le Gendre, et mère de quatre filles ; sa petite-fille, Mme de Mazade, veuve d'un fermier général et fille de Marie-Nicole Roslin, qui avait épousé Paul- Etienne - Charles Mayncaud de la Tour, conseiller de grand'chambre. « Mme Roslin la mère était une petite vieille bien ridée, avant de l'esprit, du jugement, et aussi l'entêtement d'une femme qui avait toujours mené son mari. La présidente Le Gendre, qu'on aurait jugée au
(1) Bibl. nat. Mss. Pièces originales déjà citées.
— fio — l'œil ]' i me du monii'.
li plus frivole , ei se pU
obligée de vi. >a merc. » M** :Zadc I
cour foil nombreux : sa coquetterie.
Dufort y tut pris un i r de près les
manèges qui Pavaient séduit, il perdit hic illusi
et abandonna le pr .ne plus durable conquête. A
fille ainec de M" sortait a peine du couvent de 1: .haillol,
brillait par des grl | lus jeunes et plus
série Ce lut le comte d'Ourdies qui s'en aperçut le
premier; voici daoi quelles ci
M. Roslin avait acheté du président Ogier la terre u'H h ville, prè> de Mcru, a cinq lieues de Pontoi< I I it une terre superbe ; la seule ferme était louée douze mille livr châ-
teau, flanqué de quatre tourelles, annonçait l'antiquité de son origine ; un parc à l'avenant en faisait un séjour très triste. Par devoir autant que par poliu fis en ce temps deux voyages;
l'abondance du gibier nous charmait dans les battues h). Nous y voyions beaucoup de monde : M. le comte d'Ennery '2>, officier aux gardes et, depuis, mort gouverneur de la Martinique, M. Baudoin, capitaine aux gardes. M. de Pierverd, gentilhomme chez M. le duc d'Orléans, et officier aux gardes M. de Watelet, frère de Caze, fermier gén : ; le comte
(i) Le château d'Hénonville . construction fort remarquable, ai milieu d'un parc de plusieurs centaines d'hectares, avec une plaine très étendue et très giboyeuse en perspective, appartient encore aujourd'hui à la famille Roslin. Le propriétaire actuel est le baron Roslin d'Ivry, petit-fils du fermier général.
(2) Victor -Thérèse Charpentier, comte d'Ennery, d'une famille de finance, lieutenant général en 1763. fut envoyé en Ameriq .e par le duc de Choiseul pour administrer les colonies françaises ; il s'acquitta brillamment de cette mission. Il mourut à Saint-Domingue . en 1776, après avoir signé, avec les Espagnols, le traité d'Atalaye. qui garantit à la France la partie occidentale de l'ile.
(3) Dans le dernier Etat Je la Franc: 1 1749* , ce personnage est porté comme lieutenant aux gardes, mais ne figure pas parmi les gentilshommes attachés à la maison du duc d'Orléans. Je ne l'ai pas rencontré ailleu
(4) Nicolas-Robert de Watelet avait épousé une troisième fille du fermier général Charles de Beaufort. Nicole-Elisabeth.
d'Ourches (i), le comte d'Osmont, qui y venait à cause de moi et à cause de la chasse. Tous les amis se rassemblaient dans ces voyages d'automne.
Dans une de ces parties, le comte d'Ourches vint un jour trouver Dufort et lui confia le désir qu'il aurait d'être agréé de Mme Le Gendre comme mari de sa tille aînée, si elle était en disposition de la marier. Il voulait que son ami s'enquît d'abord seulement des vues de la mère à ce sujet, et surtout sans le nommer. Dufort eut cependant la faiblesse de le désigner comme l'auteur d'une recherche dont Mme Le Gendre, très glorieuse, s'empressa de faire grand bruit : si bien que le comte d'Ourches, outré d'une telle légèreté, se retira. L'attention qu'il accorda à Mlle Le Gendre fut sans doute un trait de lumière pour son confident. Le fait est que celui-ci vit soudain sa jeune parente avec d'autres yeux. Un jour, « en lui montrant des jeux de cartes, » il admira son intelligence et son jugement, et se dit que c'était folie de s'entremettre pour marier l'aimable personne en qui il pouvait trouver lui-même une femme accomplie.
Je vais trouver Pierverd, l'ancien ami de la famille. Je le prie d'aller faire ma demande. La négociation s'entame; j'avais le bonheur de plaire à toute la famille ; je suis accepté, et nous arrêtons les premiers accords. Nous étions en janvier (i 755) ; je stipule que le mariage n'aurait lieu qu'en avril. J'avais plusieurs raisons : je voulais d'abord prouver à Mme de Mazade que j'épousais ma cousine par goût réfléchi, et non par dépit; puis Mme B*** me faisait trembler. Je ne me sentais pas assez fort pour la quitter à l'improviste. J'avais à préparer ma tête et mon cœur, ne voulant pas me marier comme tant d'autres qui ne voient dans ce parti qu'un changement d'état dont les conditions ne les embarrassent guère.
(1) Charles, III* du nom, comte d'Ourches, né en 172a, fut mestrc de camp du régiment de colonel général de cavalerie. Son père était mort en 1746, lieutenant général et cordon rouge.
Le nt présent à ta fia un
il tcbetl mille loui* à la ion de M" île < i . 1 1 1
me d'Anj< . un hôtel alori « par
Mm* Brignole el sa fille, qui fui esse de Monaco i . Dam cet hôtel d
future belle -mère, kl Jle laisserait au
couvent ses troil EU Ll il ne voulait pas que l'édu-
cation lui i .il ne se présenta
que d< iine ch et il pr
île si liberté pour préparer I are avec M™' B'" et en
adoucir les premières douleui
L'affaire fut très rude. M* iéfaillit au premier
mot, puis, revenue à elle, demeura inerte « dans un silence effrayant, » Elle ne consentit à prendre un peu de nourriture que de la main de l'infidèle. L'n médecin, tp] et mis au fait de la situation, engagea Du fort à ne rien brusquer, et celui-ci, qui n'avait fait que la moitié de l'aveu, l'acheva plus doucement, en apprenant à la malade que le mariage n'aurait pas lieu avant trois mois. Elle se ranima en effet, à la pensée qu'elle ; le loisir d'user de toutes ses armes pour se défendre, et que peut-être la partie n'était pas perdue. Elle redoubla de séductions, et, sans la signature du contrat, nul doute que l'amant n'eût repassé sous le joug. Elle lui orfrit, pour rompre ses projets, cinquante mille écus, en billets
(i) Mme de Courval était sans doute une demoiselle Charabon. sœur de M"« de La Live de Jully.
(2) Par son mariage avec Honoré-Camille-Léonor Grimaldi. marquis des Baux, comte de Torigny, duc de Valentinois, prince souverain de Monaco. • M Monaco achète des habits de femme et des diamants: son mariage est sûr avec ft|u* Brignole.... » 'Mémoires du duc de Luynes. t. XVI. p. 25. t M-« Brignole était venue s'établir à la cour de France en 1749; son mari appartenait à lune des premières familles de Gênes, et leur fortune était énorme : voyez les mêmes Mémoires, t. IX. p. 294-297.
des fermes. Elle tenta des moyens plus extraordinaires : elle l'invita un jour à aller à Saint-Denis, où une chaise de poste, avec cinq cent mille livres dans les coffres, les attendait ; c'était une tentative d'enlèvement. Cette dernière embûche n^ayant pas mieux servi ses desseins que tous les prestiges de fortune et de beauté, elle finit par se calmer et par attendre dans une demi-résignation l'inévitable dénouement. Cependant Dufort s'affermit contre de nouvelles attaques par des réflexions dont nous connaissons le tour habituel ; c'est surtout à cette période de sa vie que paraît s'appliquer le retour qu'il fait, dans un autre endroit des mémoires, sur ses faiblesses passées et sur les causes de sa préservation finale.
Je ne sais comment j'ai pu résister a tous les genres de séduction d'une société de jeunes gens qui se casernaient dans la mauvaise compagnie. Ce n'a pas été par empire sur moi-même; je n'en avais aucun dès qu'il s'agissait du sexe. Je ne puis l'attribuer qu'au hasard qui me fit lier avec tous honnêtes gens qui sont restés mes amis, à l'idée dont j'étais imbu que, si mon père, qui m'avait, par son esprit et ses mœurs, laissé une si grande impression, vivait encore, il ne devrait pas avoir à blâmer ma conduite. Je le voyais toujours devant moi, me disant : « Je n'ai pas conservé les biens de mon père pour les donner à un dissipateur, qui éteindra ma race. » Idée précieuse dans un jeune homme, et qui m'a empêché de faire bien des choses dont je me repentirais.
Le temps du mariage approcha. Quelques jours avant, le futur époux donna un dîner à Versailles, dans un très bel appartement des grands communs dont sa fonction lui attribuait la jouissance. M. Félix lui avait procuré la facilité de se faire servir à des conditions modiques par les cuisines du roi. L'affluence et les félicitations furent nombreuses. Les dames Le Gendre étaient parentes de Mme d'Argenson, tenaient aux Noailles, aux L'Hôpital, aux Béthune, enfin à nombre de gens de cour. Dufort,
robe. « La cour et la ville se tirent
Lero 'rat i .
e auteur, I ce ; nplaisance la
llogie des I. :.'<j; ic supprime tout ^e d
pemenl de filiatioi . ourire,
à un capitaine Ju cent homme l rlea VI,
pour aboutir à Ufl p :-ur, on
avait un autre souci : M. Le Ge , beau-
frère de la présidente, neveu et héritier du fameu d'Ons-en-Bray ± . (^e Pajot, dont la sœur avait épousé le perc de* Le Gendre, p< I une fortune immense;
il avait hisse 45,000 \'v une des demoiselle
Gendre, ses petitea-niècea, et le reste de ses biens à neveu, à la condition qu'il prit le nom de la terre d'Onsen-Bray. Ce dernier, sans enfants, devait a son tour transmettre ce beau patrimoine aux filles du président et accroître magnifiquement leur fortune, qui était déjà grande. Dufort nous explique ainsi qu'il contractait une alliance fort avantageuse. Le lecteur trouvera en même temps dans ce qui précède le commentaire de ce passage de Luynes : « M. Dufort, introducteur des ambassadeurs, épouse Ml,e Le Gendre, qui est très jolie et riche ; elle est petite-fille de M. Le Gendre, qui avait été intendant de Montauban. M1Ie Le Gendre est héritière de M. d'Ons-en- Bray en partie, et parente de M. Boullongne 3 ».
Sous d'autres rapports que la fortune, Dufort, assurément, se félicitait de son mariage : il trouvait que sa
(1) Mémoires du duc de Luynes, t. XIII. p. 1 13.
(2) Louis-Léon Paiot, comte d'Ons-en-Bray (1678-1754), fils d'an directeur général des postes, fut lui-même intendant des postes à la mort de Louis XIV. Il se livra avec passion aux recherches d'histoire naturelle et de mécaniq . amassa de précieuses collections, qu'il légua à l'Académie des sciences dont il était membre honoraire.
(3) Voir tome XIII, p. 49.
cousine avait plus de beauté que Mme de Mazade (i) et le mérite charmant de l'ignorer (2). Mais cela ne voulait pas dire qu'il en fût cperdûment épris : il jugeait avec sang-froid ses qualités et ses défauts; il en parle avec bienveillance, posément. Il épouse « une femme peu instruite, ayant reçu une éducation de couvent, mais douée d'une bonne mémoire et ayant le germe des vertus que sa mère, dévote par habitude, sans esprit, inconséquente, était incapable de faire éclore... » Il veut « mériter son cœur, comme un amant obtient celui de sa maîtresse, améliorer son esprit et lui inspirer le goût des bonnes choses, entrant lui-même dans une carrière plus sage, plus raisonnable et se conformant à ses devoirs. » Voilà de belles résolutions, et que Tépoux tiendra, car il nous assure par la suite, avec un accent de sincérité persuasif, qu'il aima sa femme chaque jour davantage et sans défaillance. Mais quelle singulière préparation à ce rôle de fidélité ! Il mit une sorte de point d'honneur à remplir ses engagements envers sa maîtresse, jusqu'à l'heure précise où il en contracta d'autres envers sa femme. Le jour qui précéda ses noces, il n'avait pas encore dit à Mme B*** un définitif adieu ; il lui donna sa dernière nuit de liberté (3).
Je quittai, la veille du mariage, ma demeure rue des Enfants-
(1) Anne-Claudine Mayneaud de la Tour, veuve de Laurent-Joseph de Mazade, écuyer, seigneur de Bobigny, fermier générai, se remaria, en 1759, avec Emmanuel-Louis-Auguste comte de Pons-Saint-Maurice, gouverneur de M. le duc de Chartres, lieutenant général des armées du roi.
(2) Que devenait pendant ce temps-là une autre cousine qui n'est même pas nommée, et qui méritait pourtant un souvenir parmi ces incertitudes de sentiment? MMo Félix avait-elle moins de fortune que de grâce et de bonté? Lllc épousa M. Giraud de Moussy, qui mourut peu après le mariage.
(3) Dufort la revit plus tard, mais en amie. Pour moi, je n'aurai plus occasion de reparler d'elle. Je donne encore cette indication sur son compte : le duc de Luynes a fait mention de diverses personnes de sa famille au tome XII, p. 406, de ses Mémoires.
ir aller couch< | domicile, rue
A chez in.i pr tendue . je me
demeurait M,n" !•*" On m'ai-
ut : tO ' ointe du
jour et nie : où je me mis au lit. Je cille'
une heure . >S la
• I • |3 avril 17: .idi, en grande
cérémonie. Jetais maigre, ban .ombat I jple,
en nous voyant passer, disait : une trop jolie maric:e pour
un jeune homme qui se meurt. 1 Je me DDJ )'eus
toutes les peines du monde à me rele •. I.nfin la jeunesse me soutint. Le repas se fit chez M"le koslin, rue Vivienne, a côte" de la Banque (1).
Puis la fête finit par un épithalame de l'abbé de Lattaignant. Je le copie dans ses Poésies 2), afin de compléter le tableau de la journée, et de montrer à quelle épreuve une divinité vengeresse soumit l'injustifiable somnolence du marié.
Volez, Hymen, quittez les cieux ;
Votre présence dans ces lieux
Est désirée et nécessaire.
Prenez vos nœuds les plus charmants :
Vous n'avez eu depuis longtemps
D'aussi bonne besogne à faire.
Volez, accourez à la voix
D'une aimable et charmante mère,
(1) La Banque royale avait été jadis réunie par Law à la Compagnie des i dans les bâtiments au palais Mazarin. a:: nos ioirs à la B:b!io:
nationale. Le jardin de ce palais, ayant une entrée par la rue Vivienne. fournit l'emplacement d'un préau, environné de galeries . 0- fut installée la
première bourse (1724) que posséda Paris. (Description de la ville de Paris, par Germain Brice, t. L p. 446.)
(3) Tome II, p. 3S; Dufort n'en a pas dit mot. I. Lattaignant, poète
habituel et fort goûté des réunions de plaisir, était un grand ami de M»« de Boullongne, à laquelle il a dédié nombre de ses fades couplets. J'ai parlé de lui dans la Fin de l'ancien régime à Saint-Prix, p
Qui, toujours fidèle à vos lois, Brûla d'une flamme sincère Pour un époux de votre choix, Sans jamais laisser votre frère S'emparer de vos moindres droits.
Tendres et chastes tourterelles, Ce couple fidèle et charmant, En vous servant exactement, N'a laissé que quatre femelles, Gentilles comme leur maman, Qui, comme elle, de votre empire Feront la gloire et l'ornement.
C'est à vous seul de leur élire, L'une après l'autre, un bon époux, Digne d'elles, digne de vous.
Or, comme à Madame Première Aujourd'hui vous donnez Dufort, C'est avec raison qu'on espère Que ce jeune époux, sans effort, Fournira plus longue carrière Que ne fit son défunt beau-père (i) ; Et qu'ils vivront longtemps tous deux, Toujours amants, toujours heureux.
Tous les deux semblent faits pour plaire. La seconde entre en son printemps ; La vertu chez tous ces enfants Est une dot héréditaire, Et pour chacune, dans leur temps, Nous vous ferons même prière.
Volez, Hymen, etc
(i) Le président Le Gendre mourut jeune, d'un mal de poitrine.
(Note de l'abbé de Lattaignantj.
Episodes de la vie a la campagne. — Histoire dk Skdaine. — Grandes dépenses. — Projets de réforme. — Brigue
POUR LA LIEUTENANCE GÉNÉRALE DU BlaISOIS. — ACHAT
de Cheverny. — Démission et départ.
Saint-Leu vit le lendemain des noces et la lune de miel, un peu pâle. La nouvelle châtelaine se plut dans cette résidence, où son époux ne tarda guère à rappeler les plaisirs mondains. La maison fut mise sur un grand pied. Dufort énumère avec quelque vanité ses gens de service : suisse, maître d'hôtel, femme de charge, la dévouée MMe Gentil, cuisinier, qui mourut d'un coup cTépéeTcomme Vatel, aide de cuisine, deux « superbes » domestiques attaches à la personne de Monsieur, deux autres à celle de Madame. Dans les écuries, six chevaux de carrosse et trois chevaux de selle étaient aux soins de deux cochers, d'un postillon et d'un palefrenier. Pendant le premier séjour des nouveaux mariés dans leur terre, le train des réceptions recommença ; nous y ren-
controns, pour ne parler que des noms qui n'ont pas encore été cités, Mme8 de Sainctot et de Morges, M. et Mme de Paroy. Dufort nous a conservé de ce temps une anecdote qui fut contée aux hôtes du château, et qui a sa place dans les chroniques de notre pays.
Saint-Prix a un pèlerinage fameux, entretenu par la dévotion des arts et métiers de Paris. Le jour de la fête du saint, le village est rempli de charrettes, de fiacres et de carrosses de remise. « Monsieur Saint Prix, » comme il est écrit sur le tronc de l'église (i), guérissait tous les estropiés. On faisait courir des boiteux, des culs-de-jatte, des paralytiques, en criant trois fois : « Miracle! » autour du tombeau. L'imagination venait à leur aide, et malheur à qui aurait douté de l'efficacité du remède ! Nous voyions souvent le curé, homme d'esprit, peu enclin aux préjugés, mais ne les froissant pas, car il était de mœurs aussi aimables que respectables. Il nous raconta le fait suivant.
L'église de Saint-Prix est à mi-côte, au dessus du village, appuyée à la montagne qu'on appelle la Croix-Jacques (2). On peut y arriver, en descendant par les bois, sans être vu de personne. Il y a environ quinze mois, le curé fut demandé au confessionnal, à dix heures du matin. Il entra dans son église, y trouva deux individus, l'un âgé, l'autre jeune, bien vêtus, en bottes, et qui le prièrent en effet de les entendre au confessionnal. Ils s'y rendirent, et se mirent de chaque côté aux places réservées aux pénitents. Le plus âgé prit la parole : « Monsieur, vous êtes un galant homme ; nous vous avouons, moi et mon fils ci-présent, que nous sommes chefs d'un convoi considérable de contrebandiers, poursuivi par les commis de la ferme. Il y a trois jours que nous, nos chevaux, nos bagages et ballots, nous sommes cachés dans les caves du château de la Chasse, qui est à une
(1) « Dans V%n des collatéraux méridionaux est l'autel de Saint-Prix isolé , où se fait le concours des pèlerins et l'assemblée des confrères... La fête qui attire le plus grand nombre de pèlerins est celle de la translation de ce saint, le 12 de juillet. » (Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t. III, p. 424.)
(2) « Cette église est bâtie en long sur le coteau, à l'endroit où le village forme une espèce d'amphithéâtre qui est aperçu de Paris et dont l'aspect est au midi. » (Ibid., p. 423.)
demi-heue d'id, sur le Je la foret (i
nt qu'il f.iut y rester jusqu'à demain soir, et i !c dix-sept homme* et
nos che us ne pou-
vons nous em| OUf acheter es. et nous désirerions
que cela tnt fiftil ; e mini I Vous connaissez notre
-is en comprenez l'importance. On pourrait :.
trahir; m. us celui qui le- ferait \
Camarade! IOOI intl et savent notre démarche —
sieurs, leur répondit le prêtre. I tr. inquilles, faites-moi
l'honneur de venir déjeuner chez moi, et, pendant ce temps, je pourvoirai .1 ionnements. » I os le suivirent.
Le déjeuner fut gai; deux chevaux furent chargés très adroitement de pain, de vin, de victuailles, qu'on paya grassement ajouta même quatre louis pour les pauvres. En quittant le curé, les contrebandiers lui demandèrent sa parole de garder le plus inviolable secret jusqu'à ce qu'il eût reçu de leurs nouvelles.
Il y avait quatre jours qu'on lui avait remis un ballot de toile superbe, pour faire vingt-quatre chemises, et la lettre ci-aprés : « Vous pouvez, monsieur, conter l'aventure que vous savez, si cela vous amuse. Vous avez tenu parole à des personnes qui vous doivent la vie. Acceptez cette marque de reconnaissance. Tranquille chez moi, j'ai réalisé, par la vente que j'ai faite de mes marchandises, un bénéfice assez grand pour ne plus entreprendre de spéculations si dangereuses, surtout pour des officiers au service du roi. Nous conserverons une reconnaissance éternelle de votre conduite envers nous. » Le bon curé était ravi. Trois semaines après, il mourut. Sa conscience timorée lui reprocha dans ses derniers moments cette honnêteté, à ce que dirent ceux qui l'assistèrent (2).
(1) « Les masures qui en restent se voient dans un vallon de la forêt très ^ I
et très champêtre, entre Saint-Prix et le village de Bùutfémont. Dans le temps qu'il appartenait à Jean, baron de Montmorency, c'est-à-dire vers l'an 1460, ce château était accompagné de deux étangs, et il y avait double fossé, avec des prés et des tuileries tenant à ces étangs. » (Lebeuf, p. 429.1 L'ancienne denyure féodale, bien déchue de son rang, n'était déjà plus, au temps de Lebeuf et de Dafort, qu'un logis de garde.
(2) Jean Lointier, prieur, licencié en théologie, curé de Saint-Prix depuis 174I jusqu'à sa mort, en 1 757, est sans doute celui dont iî est question ici. Cela donnerait une date un peu postérieure à cette aventure, que j'ai placée, suivant notre auteur, « aux premiers temps de son mariage. »
Le mois de juillet arriva et, avec lui, le temps du service du nouveau marié, qui partit pour Compiègne le 5. Barbier nous dit que le roi s'y était rendu dès le ier, avec toute la cour, sauf Mme la Dauphine, qui était grosse de quatre mois ; elle accoucha en novembre du comte de Provence. Dufort balança à présenter sa femme à la cour, ainsi que sa charge lui en conférait le privilège. Il s'abstint finalement, inquiété par le souvenir de l'avanie qui avait été faite à la femme de son collègue, la marquise de Verneuil, quand elle avait voulu jouir de cet honneur. La scène n'est pas longue à relire dans d'Argenson (i) : « Mme de Verneuil a été présentée au roi dans son appartement; mais elle n'a pas été saluée (ou baiséeï, ce qui est une espèce d'affront qui dénote que que vous n'êtes pas une femme de qualité, comme il est vrai sur Verneuil (en son nom Chassepoux). On ne le lui avait pas annoncé ; elle a présenté son bec, et le roi a reculé le sien en rougissant. On a beaucoup parlé de cette présentation comme d'une chose ridicule. » Dufort, ne voulant pas laisser sa femme seule à la campagne, pria sa belle-mère, Mme Le Gendre, de la conduire à Paris, ou plutôt à Passy, qui était la résidence d'été de la famille Roslin; mais l'harmonie ne dura pas entre la fille et la mère, qui était, nous le savons, d'humeur difficile et despotique. Dufort fut obligé de revenir entre le voyage de Compiègne et celui de Fontainebleau, reprit sa femme et la ramena à Saint-Leu.
Nous lisons dans Luynes, sous la date du 26 janvier 1756 : « M. de Verneuil vient de vendre sa charge d'introducteur des ambassadeurs à M. de La Live, fils du fermier général. Il la vend cent mille écus, dont la moitié
(1) Tome VI, p. 175.
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Dans Tété qui suivit, Dufort ne lit ; moins
d'empressement son séjour accoutumé dans sa terre. S santé était tort ébranlée, et M "' * Dufort elle-même, éprouvant les premières fatigues d'une grossesse, avait be du repos et de Pair de la campagne. Cependant les visites ne leur tirent pas défaut, et Tune d'elles avait laissé dans la mémoire de l'ancien seigneur un souvenir fort gai. Il s'agit du marquis de Visé, capitaine aux gardes, « un homme d'une force et d'une santé singulières, sans instruction, et s'entètant aux choses extraordinaires. »
Il était fort ami de la maison Roslin, et venait y dîner et souper plusieurs fois la semaine. Il était des petits soupers que donnait Roslin le fils, le vendredi, chez Coupé d). Il se lia nous dès le commencement de notre mariage. Voulant venir nous voir à Saint-Leu. il prit une carte des environs de Paris, et se mit en route, avec deux faibles chevaux. S'orientant tout de travers, il suivit le grand chemin de Ponioise. Ses chevaux
(i) Coupé était une actrice de l'Opéra, fort célèbre dans le monde galant. On trouve son nom dans tous les mémoires iu temps. * ML le duc de Chartres entretient la demoiselle Coupé de l'Opéra. » Journal c! mémoires du marquis d'Argenson, t. VU, p. 24.) 1 La petite Coupé s'e>: ( .n greluchon étranger. •
{Journal de Barbier, t. VIII, p. 142.' Dufort. bien que de mœurs irréprochables depuis son mariage, ne se faisait aucun scrupule de s'associer aux plaisirs que son beau-frère recherchait dans de telles sociétés.
refusèrent d'avancer, alors qu'il était encore à trois lieues de Franconville. Ce n'était point un homme à renoncer à son projet; il savait vaincre les difficultés par tous les moyens possibles. Il laisse son équipage, se fait montrer le château de Saint-Leu, qui était à mi-côte. Il va tout droit , et, commençant à se fatiguer, il avise un homme qui conduisait un âne avec un bât. Il les loue l'un et l'autre pour se faire transporter chez moi et gravir la montagne, et s'établit sur l'âne à califourchon. Comme il était passablement gros, il entre dans le bât avec une peine affreuse. Nous le voyons arriver à cinq heures du soir, sans pouvoir deviner quel événement nous l'amène ainsi. Dès qu'il nous aperçoit, il s'écrie : « Il ne s'agit pas de rire, mais de me tirer de l'étau dans lequel je suis. » On veut l'aider : impossible! Ses reins, son ventre étaient tellement comprimés, il avait souffert si patiemment, que tout était enflé, et sa figure bouffie comme celle d'un homme qui va être frappé d'une attaque d'apoplexie. Il fallut couper la sangle et, à force de bras, l'enlever. On le posa sur ses pieds. Enfin, au bout d'une demi-heure, en tirant le bât, on parvint à lui rendre la liberté.
L'année suivante commença par une vive et universelle émotion.
Le 5 janvier 1757, j'avais une douzaine de personnes à souper, entre autres le chevalier de Fontanieu, le petit Sorba, le ministre de Gènes, lorsqu'il arriva à chacun de nous un message. Celui de Fontanieu était le plus clair; il annonçait que le roi était assassiné, et entrait dans quelques détails. Celui de Sorba annonçait simplement qu'il était arrivé un grand malheur à Versailles. Le mien m'invitait à m'y rendre de grand matin, de la part du ministre. La nouvelle commençait à se répandre dans Paris; chacun de nous alla aux renseignements (1).
C'était l'attentat de Damiens qui soulevait ce grand
(1) « Du mercredi 5 janvier. Ce jour a été témoin du plus affreux des événements. Le roi a été assassiné d'un coup de couteau, entre la quatrième et la cinquième côte du côté droit, par un scélérat qui a été pris sur le champ, et dont on ne sait encore ni le nom ni l'état. 1 [Journal Je Barbier, t. VI, page 423.)
ible. Dufort poui m des
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souverain et les im erent autour de lui
pendant eette crise ne ftOUt : I avec moins
de précision frappante et de vérité pittore
des pages dont je recommande la lecture aux historj
du règne.
Voici une nouvelle plus heureuse, et qui ramène Dufort aux douces intimités de la famille : le 5 février de même année, il eut son premier enfant, un fils, Bernard- Marie-Joseph-Pierre. Il était en mauvaises dispositions pour en bien jouir quand ce bonheur lui advint : depuis quelque temps, sa vie était troublée par de sérL-.. inquiétudes de santé. On peut en pressentir la cause quand on sait les dissipations et les excès de sa jeunesse; de son propre aveu, il eut alors à payer toutes ces fautes. Il souffrit de l'estomac, maigrit et tomba dans a un état de vapeurs continuel (i). » Toute la faculté, consultée, ne prescrivit que des remèdes inefficaces; l'affaibli ment ne lit qu'empirer. Tous les soirs, le malade était pris de douleurs au creux de l'estomac, d'un tremblement général et d'une défaillance qui le gênaient d'autant plus qu'il voulait les dissimuler. Il parla beaucoup de ses maux « comme on aime à le faire quand on est vapo-
(i) Duclos. à propos de la maladie dont mourut M"« de Prie, en 172b. a écrit ceci : « Ils (les médecins) prétendaient toujours que ce n'étaient que des vapeurs ou des attaques de nerfs, maladie qui commençait à être à la mode, et qui a planté les vapeurs, et du nombre de celles dont les médecins couvrent leur ignorance. » 'Mémoires sur le règne de Louis XIV, sur la Régence et sur le règne de Louis XV, édit. Barrière, p. 405.)
reux. » Un ami, à la suite d'une de ces conversations, l'engagea vivement à aller à Cauterets. M. Barrassy s'étant proposé pour l'accompagner, le voyage fut décidé.
Je me trouvais si mal, que je ne comptais pas en revenir. J'allai à Versailles solliciter la permission de m'absenter et prendre congé du roi. J'avais encore deux mois de service, et M. de La Live ne demandait pas mieux que d'entrer en fonctions. Ma requête présentée, le roi,* qui avait vu ma femme dans la galerie, me répondit : « Voilà ce que c'est que de s'être diverti et d'avoir une jolie femme ! Guérissez-vous; je vous conseille d'y mettre le temps. »
Le malade, congédié avec cette bienveillance gaillarde, prit son temps, en effet : parti le 10 avril 1737, il ne revint qu'aux approches de l'hiver. Sous prétexte de voyage aux Pyrénées, il fit un vrai tour de France. Une bonne berline, bien disposée, permit d'emmener Mme Dufort, qui laissait son enfant en nourrice à Saint-Leu. Nous ne suivrons pas les voyageurs dans leur longue pérégrination, qui commença par Orléans et Bordeaux, se poursuivit à travers le midi et s'acheva par Marseille, Lyon et la Suisse.
Les sombres pronostics du populaire de Saint-Eustache ne s'accomplirent pas. L'ébranlement nerveux, qualifié de « vapeurs » par la langue médicale de l'époque, céda au changement d'air, aux distractions du voyage, à l'action salutaire des courses en pays de montagnes. Quel contraste entre le départ de notre homme, étendu dans sa voiture, soupirant après la vie qui semblait prête à lui échapper, et son retour à Paris, l'esprit alerte, éveillé sur les plus médiocres intérêts et ingénieux jusqu'à la fraude ! Voici le trait auquel je fais allusion et qui est la preuve d'une belle cure.
Notre voiture était remplie d'étoffes de prix que j'avais ache-
t Mai Ult. Les droits éttieni 11 1 i i ;hcr
il. m Parii -..m. qui -s fussent visités à la
I contrôl M Boulloi
le grand-oncle matera :n, fermier
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laveurs. J'tlIYO]
annoncer a . i trtt de parente, ne . j'on
ne nous lai P te d'un malentendu entre :
et les postillons, quel fut notre ctonnemenr :r ouvrir la
portière par une couple de commis, qui nous proposent de descendre! Le moment était critiqu l que nous eûmes dit qui nous étions, avec toute l'importance de neveux du contrôleur général, l'un de ces hommes e détacha pour se rendre au bureau. Je tire deux doubles louis de ma poche, et les offre à celui qui reste : « Monsieur, lui dis-je, ma femme est très guée. Voici mon adresse. Faites-nous accompagner : mais, par honnêteté, laissez-nous regagner notre hôtel. » Cet homme, touché de mes procédés, ferme la portière, et donne l'ordre aux postillons de continuer leur route. Ainsi fûmes-nous quittes des droits (i).
Le ier janvier 1 858, Dufort recommença son service. Depuis la retraite de M. de Verneuil, il avait pris le premier semestre. Il continua à s'attirer la bienveillance du roi, non pas certes par quelque mérite rare ou utile à l'Etat, mais par l'agrément des manières et un certain zèle délicat.
Le roi était poursuivi par le souvenir de ce malheureux assassinat (l'attentat de Damiens). Quand il changeait de chemise devant le corps diplomatique, il cherchait à voir si l'on ne jetait pas les yeux sur sa cicatrice, qui était presque invisible. Si je lui présentais un étranger, bien qu'auparavant je le lui eusse annoncé, il s'en éloignait instinctivement. Quand je me fus
(i) J'ai rectifié la date de ce voyage, qui n'eut pas lieu en i~56 comme le note Dufort, mais bien l'année suivante, car son fils, né le 5 février 17:7, fut mis en nourrice à Saint-Leu quand il partit, et M. de Boullongne, nommé contrôleur général des finances le 35 août 1757, était en fonctions quand il revint.
aperçu de ce faible, j'eus la précaution de me mettre entre les deux, et cette attention toute simple fut agréable au roi.
Je poursuis la transcription de ce passage, où nous allons voir en présence du roi le seigneur suzerain de notre vallée.
Le roi, dans son intérieur, était aimable, autant qu'on pouvait l'être, gai, affable ; il tenait son cabinet d'une manière intéressante. M. le prince de Condé arriva un jour pour lui annoncer l'accouchement de sa femme. Il faut observer qu'on s'était trompé de mois ; c'était son premier enfant, M. le duc de Bourbon d'aujourd'hui (i). Mme la duchesse d'Orléans avait dit à qui voulait l'entendre qu'il fallait que Mme la princesse de Condé avalât un précepteur en pilules pour que l'enfant vînt tout éduqué. Tout Paris, toute la cour s'occupaient de cet événement. Mrae la princesse de Condé était fort intéressante, d'une figure charmante, pleine de bonté et de vertus; elle excitait l'attention de la France entière. Le prince de Condé arriva dans le cabinet pour annoncer le premier au roi l'heureux accouchement de la princesse. Le roi allait partir pour la messe. Dès qu'il vit le prince, il ne lui dit qu'un mot, et, revenant après avoir congédié sa suite, il ne resta qu'avec les habitués du cabinet, où j'étais moi-même: « M. de Condé, lui dit le roi, nous sommesaccoutumésdans la famille à arriver plus tard qu'on ne comptait. Vous, votre grand-père et votre bisaïeul, vous en avez fait de même, et de moi, de mon grand-père Louis XIV, n'a-t-on pas dit la même chose ? » Là-dessus, il déploya une érudition étonnante (2) ; il s'étendit sur la famille du roi de Sardaigne, se
(1) Cette anecdote devrait être placée un peu plus haut : Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, prince de Condé, est ne en 1756. On sait qu'il tut trouvé pendu à Sainl-Leu. le 27 août iS3o. « Mrae la princesse de Condé accoucha le i3 (avril) d'un garçon qu'on appelle le duc d'Enghien. Elle avait compté accoucher au mois de janvier dernier, ue sorte qu'on pouvait presque ne plus la croire grosse, et qu'on était en peine de sa santé. M. le prince de Condé vint aussitôt en rendre compte au roi et lui demander ses ordres pour le nom de son fils. 1 iMèmoires du duc de Luynes, t. XV, p. 24 ; voir aussi le Journal de Barbier, t. VI, p. 293.)
(2) « Le roi savait bea .coup d'anecdotes, fait observer Mmc du Hausset. » Mm« de Pompadour tlattait plus délicatement la vanité qu'il avait de se montrer causeur instruit : « Votre Majesté, lui disait-elle un jour, sait l'histoire de France mieux que personne. » [Mémoires de Mme du Hausset, p. 57 et 145.)
divertissant di Ici: du prince, qui ne répondit que par
i ordin l ti èf timide et embarrassé I tt I >:i dura plus d'une
heure, et nous intéressa tO ernent.
Dufort entretenait les maille ports ave: le corps
diplomatique, par plaisir aul e par devoir. Tous
les vendredis, il recevait a dîner quelques mini ran-
gers. Se it-Leu ne ent pa
aux devoirs qui l'appelaient a la cour. « I I route
d'Ermont, qui se poursuit entre les deux montag:. arrivait à Argenteuil, passait le bac a Bc et. de
gagnait en peu de temps Nanterrc et Versailles. Souvent des ambassadeurs venaient le visiter a Saint-Leu. Il s'était lié d'une façon plus intime avec les représentants de la Russie et de la Prusse, le prince de Galitzin et le comte de Kniphausen, qui volontiers se dérobaient aux affaires pour jouir des délassements champêtres que leur offrait Dufort. M. de Galitzin [i] portait à son hôte un intérêt véritablement affectueux. Il lui proposa un jour de le faire demander par l'impératrice comme ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. Mais notre châtelain, qui ne se sentait pas l'étoffe d'un diplomate et mesurait sagement son ambition à ses moyens, déclina la bienveillance excessive de son protecteur.
Saint-Leu vit alors ses plus beaux jours ; des fêtes luxueuses y réunirent une société distinguée, aimable et avide de plaisirs. La journée, on se livrait à Téquitation. Mme Dufort eut une passion pour les courses à cheval ; son mari l'accompagnait, suivi d'un postillon. Elle portait un habit et une jupe brodés de paillettes d'argent, un
(i) Le prince Dimitri III Galitzin, fut ambassadeur de Russie en France, où il se lia beaucoup avec les gens de lettres et les artistes.
chapeau à plumet avec une agrafe de diamants. Tant d'atours notaient pas nécessaires à sa jeunesse et à sa beauté.
Nos promenades favorites étaient la foret de Montmorency, le bois de Boissy, les montagnes de Sannois, avec retour par le village de Montigny. Elle érait connue dans toute la vallée. Les paysans s'assemblaient sur son passage, et sa modestie souffrait d'éloges qu'elle ne croyait pas mériter. Le comte de Staremberg, ministre de l'Empereur, avait loué une maison à Epinay ; il voulut être de nos parties, de sorte que, régulièrement deux ou trois fois par semaine, nous formions de petites caravanes de huit à dix personnes. Ma femme était intrépide, galopait avec grâce, et ordinairement menait la troupe.
Les soirées offraient des occasions de se réunir en plus grand nombre et des amusements non moins goûtés.
Si on peut dire que ma femme eût un goût décidé, c'était pour jouer la comédie. Douée d'une mémoire prodigieuse, elle avait, quoique sans amour-propre, la confiance qu'elle réussirait. Je fis donc arranger le théâtre provisoire que j'avais construit jadis pour jouer des parades. Il devint un théâtre en règle, et la comédie et les opéras-comiques, car c'était le ton du jour, y furent représentés avec succès. On débuta par le Glorieux et Biaise le Savetier ; ils furent si bien exécutés, que cela fit du bruit, et qu'à la seconde représentation, toute la salle se trouva remplie ; il y avait des voitures dans les avenues, comme à la porte des spectacles de Paris. Sedaine et Philidor, les auteurs de Biaise le Savetier, me firent demander la permission d'assister à la représentation. La Borde, mon ami, si bon musicien, et qui avait loué une maison à Soisy, avait un rôle ; Bacquencourt faisait Biaise ; ma femme, Blaisine : on ne parlait que de son jeu. Tout ce qu'il y avait d'amateurs de théâtre, artistes ou gens du monde, briguait des invitations. Cet été fut brillant et fort cher, car, les jours de spectacle, j'avais plus de cinquante personnes à souper.
Mon ami Boullongne de Préminville fi) ne tarda pas à louer
(i) M. de Boullongne de Préminville était de la famille du contrôleur général ; je ne sais pas exactement quel lien de parenté il avait avec lui. Il fut receveur
BMfOt le superbe château de la Chcvr'
le M. d'I •. ( . •• 'erre
éiaii i ii Barre, terre de Saint-Leu.
M de Préminville i lequiftei !c receveur
des financée pour celle de fer:: I La société des CI
donna rendez-vous chez lu:. es cessèrent
pour un plus grand théâtre. Celui de M"* d I figuré, et qui était établi dani une iu] r.genc. fut rouvert. BacquenCOUrt et nous tous y fûmes joue: M. de .îinville, voyant où les de; I entraînaient, força sa
femme d'enrayer (i).
Le nom de Sedaine, à peine la-t-il écrit, ouvre dans l'esprit de notre auteur toute une veine de souvenirs. On ne les recueillera pas sans intérêt : Sedaine a d'intimes rapports avec notre sujet. Il est fort probable que la connaissance qu'il fit de Dufort et les invitations qui l'attirèrent souvent à Saint-Leu lui furent une occasion de visiter Saint- Prix, et de jeter son dévolu sur la position agréable où, plus tard, il se fit bâtir une maisonnette. Mais voyons d'abord le commencement de son histoire.
Ce fut l'e'poque qui me lia intimement avec Sedaine. Son histoire est trop singulière pour ne pas la mentionner ici. ^ daine.
général des finances de la généralité de Poitiers de 1749 à 1758: puis il entra les fermes, où il demeura jusqu'en 1 7S7. Luvnes rapporte qu'en 17:6 il avait loué de Mm* de la Jonchère la propriété de la Malmaison. iTome XV. p. 4- . A Paris, il habitait rue Richelieu, à l'hôtel de Caumont. L'Almjnach royal le dénomme
Prèninville.
(1) Je laisse ce passage à la place que lui donne Dufort. II est intercalé parmi des événements qui appartiennent aux années 1759 et 1760: mais il leur est notablement postérieur. Ce n'est qu'en janvier 1762 que M. d'Epinay fal de la liste des fermiers généraux, et M"" d'Epinay. ce:te année-là encore, passa le printemps à la Chevrette, en attendant qu'on eût restauré la Briche, où elle s'installa avec la modestie qui convenait à sa nouvelle situation. La Chevrette fut-elle louée aussitôt après son départ ? Je ne saurais le dire. Les Savalette de Magnanville l'habitaient en 1764. d'après les auteurs des Dernières années Je Sim* Jtpinay. Le séjour de M. Boullongne de Préminville n'est pas signalé par eux ; il d: fort court, comme le donne à penser la phrase par laquelle Dufort termine ce qu'il en dit.
fils d'un architecte entrepreneur, avait fait ses e'tudes au collège des Quatre-Nations ,• il était âgé de quinze ans (1) lorsque son père, employé à construire quelques châteaux en Berry et en Touraine, entre autres le château de Verneuil, l'emmena avec lui. La fatalité voulut que l'enfant le perdît au bout de trois mois. Alors il revint à Paris pour consoler sa mère. On vit par l'inventaire que la probité du père avait nui à sa fortune, car il fut constaté qu'il ne possédait absolument rien. Sedaine fils, né avec du caractère, commença par laisser le mobilier à sa mère, avec quelque argent comptant, et, tandis que son frère cadet (2) prenait le parti de s'engager, lui, trouvant tous les états honorables pourvu qu'il put être utile aux siens, et connaissant déjà la coupe des pierres, se fit tailleur de pierres (3).
Ce fut dans le plus humble milieu que, comme Molière, il commença à étudier les hommes qui n'ont pas acquis, par l'usage du monde, l'art de se masquer. Cependant il s'occupa dès lors de petites pièces fugitives. Le Mercure de ce temps les consignait comme d'un anonyme ; il se serait bien gardé de s'en avouer l'auteur; à l'instant ses camarades, ou l'auraient trop considéré, ou s'en seraient déliés. Il travaillait assidûment les jours ouvriers. Combien de fois, en se promenant avec moi dans Paris, ne m'a-t-il pas montré les endroits où, supportant le poids du jour, il avait taillé la pierre ! Cependant sa sagesse, son économie lui procuraient assez d'aisance pour pouvoir aider sa mère. Un maître maçon entrepreneur le distingua et lui proposa d'être appareilleur, état qui demande plus de connaissances que celui de simple tailleur de pierres. Ses appointements augmentèrent, et, au bout de deux ans, il se trouva avec mille écus d'épargne. La première chose qu'il fit fut d'en placer la moitié en rente viagère sur la tète de sa mère, et d'écrire à son frère qu'il destinait le reste à le libérer. La réponse de son frère
([) Michel-Jean SeJaine, fils de Jean-Pierre, « architecte, entrepreneur des bâtiments de M""- la duchesse Je Bourbon, était ne. à Paris, le 2 juin 1 7 19.
fj) Sedaine n'avait pas que ce frère. Cinq autres enfants restaient à la charge de la pauvre veuve.
(3) Jal, dans son Dictionnaire de biographie et d'histoire, regrettait qu'aucun témoignage contemporain ne confirmât l'exactitude de la tradition qui attribuait à Sedaine ces pénibles débuts. Le récit Je Dnfbrt eut été bien propre à le convaincre, s'il ne lui suilisait pas du tableau que le poète a tracé lui-même de sa jeunesse dans l'épître à M"10 L. ('.. [Le Comte), la première des Pièce* fugitives»
lime 1.
tant. Je pour toi
du Puii habit. ( ionnu l
" devin! ion
aimables femmes, on i;nombre, la fameuse et cfa Il abandonn i total* ment
marie et sans e
nant criminel a Paris, qu'il lonneur C
ménage, plein d'esprit, de philosophi.
dans la retraite, en petite
rain construit en masures, dans le faabu . lui
parut convenir à m lui ;
de Sedaine; il l'envoy :her et lui pre;
tecte de la maison qu'il voulait faire bâtir, un
I Lan. Sedaine, par modesti snfin il accepte,
maître-maçon ei preneur. M. Le Comi
temps sans s'apercevoir du m ai qu'il emplo
ménage ne voulut pas qu'il eût d'aut;
nnement du nouvel ami fut à son comble, quand on proposa de bâtir, au fond de la : parlement pour
lui. Il devint n ix hon: .:is, qu:
sans héritiers, et qui s'accoutumère comm.
tendre fils que le hasard leur rac-
. il ne voulut point s'assujettir. :a son a
Marais. Il ne donnait à ses amis que les jou
Monnet, qui restaura L'Opéra-Comique, vc .:tacher des
auteurs. Il avaii
posa e un o aine accepta pourvu q
fût maître de choisir aeur
d'échecs, se mit sur les a à tout autre,
parce qu'il était persu. » ,it un si grand
(n Clande-François-Nicolas Le Comte fut lieutenant criminel au Chàu . Paris de 1731 17 5; il succédai! - [701.
esprit de calcul devait réussir (i). Ils firent, l'un les paroles, l'autre la musique de Biaise le Savetier. Tout Paris y courut, et toutes les sociétés un peu musiciennes voulurent jouer cette pièce.
Ce fut l'époque où je fis connaissance de Sedaine; je n'eus pas causé une heure avec lui, que je l'invitai à passer quelques jours à Saint-Leu. Il accepta très franchement. Les spectacles étaient interrompus; nous passâmes huit jours avec lui, M™0 de Moussy, alors veuve, Saint-Murc et quelques autres, dans un commerce délicieux. Tel fut le commencement d'une amitiédurable. Depuis 1758 jusqu'à cette année 1795, il n'y a eu aucune interruption ni aucun nuage dans cette amitié. Les temps malheureux de la Révolution m'ont fait jeter au feu un tas de lettres philosophiques qu'il m'avait écrites et que je destinais à la postérité.
Le 21 février 1759, Dufort eut une fille, Edmée-Antoinette-Marie, qui fut baptisée à la Madeleine de la Ville- TEvéque. La même année, l'aînée de ses belles-sœurs, Françoise-Jeanne Le Gendre, épousa un de ses amis, M. Amelot de Chaillou, le jeune maître des requêtes, fils du ministre, que nous avons déjà nommé (2). Dufort ne rapprochait qu'à son corps défendant de la famille de sa femme. Le caractère de sa belle-mère, toujours acariâtre, devenait parfois violent ; il lui arriva de se livrer à des voies de fait envers Tune de ses filles. Ni le séjour de Passy, ni celui d'Hénonville ne pouvait plaire au pacifique gendre que nous connaissons. Chaque année, il
(1) Le raisonnement est singulier. ïl rappelle celui que raille Verdelet dans le re de M. Poirier : 1 J'ai tant auué de drap que je dois savoir iouer du violon. » Sedaine eut sans aucun doute d'autres motifs pour rechercher la collaboratioa de Pbilidor.
{2) I.a famille de ce jeune homme avait ambitionné pour lui un plu-, brillant parti, si nous en croyons Lnynes. La déconvenue et ai snte. l)u dimanche
rre. On me ru Versailles que .M. Berryer mai
fille avec M. de Bàville, (ils de M. le président Lamoignoo. On dit que la famille de Ml. Amelot n'est pas conte ML Berryer doit sa fortune à M. Amelot
le minisne. et qu r donnerait la préférence à
Is, par reconnaissance. M. de Bâville est président à mortier; il a ou il aura soixante mille livres de rente. M. Amelot n'a que six mille livres de rente ; il n'est que maître de^ requ I >mie XVI, p. 3ij6.)
lit dans ] muni que p I 0
i ment | H
giboyeuse ; un matin, Dul ut, a le
fils, tuèrent, e d'unie demi-hc
:i [uante lièvr Cependant les réceptions continuaient a Saint-Leu et
Coûtaient tort cher. Le châtelain, au milieu du tourbillon de
brillantes journées, ne 1
ambassadeurs, l'hospitalité coutumiére non moi:
train occasionnait une folle exs 1 de d( l)jfort
n'était pas le seul de son monde qui sentit plaisirs princiers; il nous a conté comment M minville, après avoir ess ir le renom fastueux
de la Chevrette, fut forcé d'enrayer et d er la place
aux Savalette de Magnanville [i Tel était l'entrainement de cette société : gâtée par l'exemple des financiers prodigues, elle se laissait aller étourdîment sur h du désordre et de la ruine. Dufort, par bonheur, reçut un avertissement significatif, et qui l'arrêta net : un jour, l'argent et toutes ressources disponibles lui tirent défaut à point qu'il dut envoyer sa vaisselle à la Monnaie. Son homme d'affaires, qui avait été son tuteur onéraire .
(i) M. de Magnanville, carde du Trésor royal, avait une fortune qui lui permit d'v ramener les plaisirs et !a société d'autrefois. • Le public se porte en foule à cette campagne, qnoiqu'i trois et l'on comptait plus de deux [
carrosses à la dernière représentation. » Menu, \- noven
— « Tout le monde, tout ce qui a un peu de guùt et d'esr [Lettres de APU de l \ p.3o5). — La i nolieavani
hition. Les habitants de Deuil se plaignent, r cahier ik
plus d'eau potable depuis que le château e: la fontaine qui l'alimentait o: détruits. (Archives . j. t. IV, p. à&
(2) Le tuteur onérai re avait les le la fonction dont le tuteur
honoraire avait l'honneur. O .ction ayante., -e nos codes, le mot
onéraire est tombé en désnét
M. de Verdun, pourvut aux besoins urgents, sans lui donner aucun embarras et avec une délicatesse singulière. Mais, peu de temps après, il vint le trouver et, préoccupé de l'avenir autant que lui-même, il lui exposa de grands projets de réforme ; il n'avait pas voulu l'inquiéter sur une situation dont le danger venait de paraître soudain, sans lui signaler le remède en même temps que le mal.
Vous êtes, me dit-il, en place depuis huit ans. Vous devriez demander une pension, qu'on ne vous refuserait pas ; votre ancien collègue en a eu une de deux mille livres au bout de cinq ans de service. Votre terre de Saint-Leu ne vous rapporte que cinq mille livres : ce qui suffit à peine pour son entretien. De plus, la façon dont vous y vivez, les plaisirs que vous y rassemblez en font un objet de dépense considérable. Voyez tous les possesseurs de terres dans la vallée de Montmorency : c'est un vrai tableau mouvant, parce qu'aucune ne peut fournir aux besoins d'une famille. Vous avez onze maisons à Paris, toutes bien louées, mais qui vous obligent à avoir, pour ainsi dire, à l'année maçons, charpentiers et couvreurs, et dont les revenus sont encore diminues par des impositions que la guerre aggrave (i). Si feu Mme votre grand'mère avait voulu me croire, des remboursements et des épargnes vous auriez acquis une terre considérable en province ; mais elle n'eut d'autre idée que d'amasser des fonds dont vous pussiez disposer un jour, ou dont elle se servît en attendant.
Je reviens à mon idée : nous allons chercher une terre des plus considérables, d'au moins six à sept cent mille livres. Nous vendrons, pour la payer, Saint-Leu et les maisons, et nous nous procurerons le surplus des fonds à crédit , de façon ou d'autre. Vous louez une habitation rue d'Anjou ; le bail finissant cette année, il faut la quitter et vous bâtir un hôtel sur remplacement de la maison que vous possédez rue Notre-Dame-des- Victoires, et qui est louée deux mille cinq cents livres à M. Merlet, receveur de la ville. Elle a un jardin qui vous permet de disposer d'une surface considérable. La maison de la rue de Richelieu
(1) Le reste de la fortune de Dufort consistait en rentes »ttf Ul ville et sur leparticuliers.
, tel (
quati nier-
/. jusqu'à ce qu sf)it en allant
voul doui
mais q :chc. Ii
me donner :ner et d'y me"
la suite dont \ le.
le lui demandai vingt-qu iirea pour faire qucK
réflexions et en causer - oa femme. Elle les raisons ; la seule chose qui lui répugnait était la vente de Saint-Leu, auquel < taitt lui fis ^
qu'en nous éloignant <: • I' is, nous échappions au moins pendant six mois p itisme maternel, qui n laissait pas un moment nquillit is d'ailleurs beaucoup de r !e me détacher d e
pour ainsi dire été élevé. Surcesent; le prin. >ndé
trouva le moyen de m'en dégoûter
Cet homme qui m'avait si bien traité, qui venait me chercher quand il me rencontrait chez le roi, m'avait ^pitoyable-
ment une chose indispensable à l'agrément de Saint-Leu. Cette terre consistait en un parc haut et un parc bas : le haut de arpents, le bas de soixante-quatre, tous deux entourés de murun chemin non usité les séparait. Je demandai au Conseil du prince, offrant d'en entretenir un autre qui passait au-dessous, de remettre ce chemin en ma possession. I/affaire .sser
au Conseil, lorsqu'un avocat, qi un fief dans ma terre,
nommé la Chaumette (21, remua ciel le que je cr
(1) Ces chiffres sont tout à fa i :
totale, qui était de i3a arpent?, au lieu oe 1^4 c
à la répartition de cette surface entre les deux p.. - un coup d'ceil
sur le plan pour reconnaître que celle du parc t rit pas la moitié de celle
du parc ba
(2) Eastache-Robert Dupaq.ierot, s trgeoisdc Paris (registres paroissiaux de Saint-Leu. année i~?5) appartenait à une famille ciens tabellions du village. Sur 1 d 5ef. voir Lebeuf. t. IV. p. 109.
emporter Je haute lutte et par L'amitié du prince me fut refuse. comme agrandissant trop une terre de moyenne et basse justice, et celui qui se chargea de m'annoncer que j'avais perdu ma e fut le prince de Condé lui-même (i). 11 y mit tant de gaucherie, que, l'impatience commençant à me gagner, je fus oblige de le quitter sans lui dire un mot. Dès lors, je nie décidai à vendre Saint-Leu et à suivre le plan de M. de Verdun.
La première partie des projets de Dufort s'exécuta sans difficulté et sans délai. Habitué à copier les grands seigneurs, il s'efforça d'arriver à une imitation parfaite. « Un grand seigneur, écrivait Usbek à Rhedi, est un homme qui voit le roi, qui parle aux ministres, et qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. » De tous ces privilèges et attributs, le dernier seul manquait au pupille trop tôt émancipé de M. de Verdun. Il obtint, sans beaucoup de peine, sa part des faveurs pécuniaires de la cour: une pension de deux mille livres lui fut accordée, et l'assimila complètement au type défini dans les Lettres persanes (2).
M. de Verdun n'était pas seulement un conseiller avisé et prudent; il parait qu'il « se connaissait en bâtiment » il'îi construisit une superbe habitation sans dépasser de plus de dix mille livres le devis dont il avait parlé, la Saint-Jean de cette année (1760), Dufort avait quitté la rue d'Anjou; il s'était réinstallé provisoirement rue des Enfants- Rouges , dans l'appartement qu'il avait habité avant son mariage, et où son oncle Soullet lui avait offert l'hospitalité. Au mois d'octobre, il alla prendre domicile dans son nouvel hôtel, au coin de la rue Joquelet et de la rue Notre-Dame-des-Victoires (3).
(11 Dufort venait d'échouer dans un projet qui sera repris par son successeur, et poursuivi avec un: ténacité qui d'ailleurs n'usa pas la résistance .les paysans. Le chemin Je Ut vieille égli nent disparu. Le fait est qu'il fut sans utilité
lorsqu'on eut : .t la route injourd'hui la voie ordi-
naire Je communication entre Saint-Prix et Saint-Leu. Mais la querelle dont nous venons Je voir le début ne dura oas moins d'un demi-siècle.
(2) Lettre LXXXYIII.
13) C'est aujourd'hui le n° 36, occupe par l'hôtel de Nice.
Le i boii d une
1er.! | ' Lo
Du fort par le pective d'un voisinage [ui irait le
ce qu'il lui fallait quitter. M. de un camarade
d'enfance «le ion mari, venait d'être nomme inten dH trléani i ; on se ta une lète de même pi évince. L'ami l'empl .ment à chercher,
aux alentours, une terre OU l'homme de cour,
rétablirait sa fortune, nm pourtant renonce* à tous les plaisirs. (!e lut M. île Verdun qui, île toucha le
but le premier, et continua ai iJencc.
Voici comment l'affaire se noua .
Il m'était dû vingt mille livres, prêtJes. pendant ma mino I a M. le marqua I /.Tmont d'Amboite, sur ia terre de C
verny. Le comte d'HarCOUTt (2) avait acquis cette terre et voulait s'en défaire à son tour. M. de Saint-Germain, son homme d'affaires, lie avec le mien, à propos du remboursement vingt mille livres, lui annonça que Cheverny vendre
santé de Mmt' d'Harcourt ne lui permettait plus de l'habiter, puisque, depuis trois ans, elle ' :t établie à Genève, pour suivre les conseils du fameux médecin Tronchin (3 . M. de Verdun eut l'idée que cela pourrait me convenir, et m'amena à
(1) En mai 1760. Il était président au Grand Conseil depu
(2) Henri-Claude \ 1701-1769). lieutenant général des armées du roi. 6pon
Marie-Madeleine Thibert des Martrais, veuve de M. Hriçonnet. intendant à Montauban.
(3) « On sait que ce célèbre médecin de Genève (pendant un «séjour qu'il fit à Paris) a été consulté par toutes les personnes qui étaient, ou croyaient être malades, ou craignaient de le devenir. La seule maladie pour laquelle on ne la pas consulté était cette manie qui attirait chez lui tout Paris. i Ainsi s'exprime l'abbe de Lattaignant, dans le préambule d'an poème intitulé les Tronch: ,'uand le docteur retourna à Genève, beaucoup de ses malades l'y suivirent. Le séjour de M™' d'Epinay dans cette ville, de 1737 a 1759, est bien connu. En 1760. le duc de Yillars y vint aussi <• prier Tronchin de I ii donner des jambes. • comme Vét 1 Voltaire, qui vendit au malade sa propriété des Délices. Le malin philosophe ajoutait : « J'espère qu'il ne lui arrivera pas ce qui vient d'arriver a un
de M. de la Popelinière et à un abbé d'Héricourt. conseiller de grana'chambre, qui se sont avisés de venir mourir à Genève, pour faire pièce au docteur Tronchin. n (Poésies de M. l'abbé de Lattaiçnanî. t. VI. p. 'J>i>2. —Demi res années de M"* d'Epinay, p. 201 et 222.)
Saint-Leu, où j'étais, M. de Saint-Germain. Nous résolûmes. avant tout, de donner un coup d'œil à Cheverny. C'e'tait une occasion de voir, à Orléans, nos amis dans leur intendance. La carrosse'e se forma de MM. de Mégrigny et de Verdun, de ma femme et de moi ; et nous voilà en route.
Leur voyage dura huit jours ; ils revinrent enchantés. Le dictionnaire géographique de Corneille, qui devait être le guide consulté en ce temps-là, leur avait donné sans doute, avant le départ, le renseignement suivant : « Cheverny. Bourg de France, dans la Sologne, avec titre de comté ; grenier à sel et bailliage ressortissant au présidial de Blois. Il est situé à trois grandes lieues de cette ville, à une portée de fusil du bourg de Cour, vers le Midi occidental... Ce bourg (Cheverny) est orné d'un château bâti à la moderne, et accompagné d'un grand parc qui renferme un bois où sont des allées à perte de vue, quantité de belles eaux, un parterre à fleurs embelli de statues, un grand potager et une très belle orangerie. » L'auteur de cet article loue Cheverny plus qu'il ne le décrit. Nos voyageurs virent en réalité un château magnifique, œuvre d'artistes blaisois, et dont l'architecture alliait au style noble et régulier qui prévalut sous Louis XIV un reste des grâces décoratives de la Renaissance. Construit vers l'an i63o, sur l'emplacement d'un ancien manoir, il présentait, dans son ordonnance générale, une suite de corps de logis reliés par des pavillons. A l'intérieur, au premier étage, un remarquable appartement, décoré de peintures de Mosnier, était jadis réservé au roi. Un vaste parc s'étendait alentour, sillonné par un cours d'eau et percé, en face du château, d'une avenue longue de plus d'une lieue 1 1).
(i) La description uu château moderne oe (Jieverny a été très complètement donnée dans l'ouvrage de M. I.. de la Saussaye, intitulé Blois et ses environs. Les Châteaux du Blaisois, par M. A. Storelli , sont intéressants à consulter si:r le même sujet.
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'.ce; lui tint de difficull nir le
M v , qu'il ne •
su jet de la te lu roi :
la fonction, que la demi t
ntf ' -ttc fo: était :
et, e militaire, pouvait être B par un titu-
laire dépourvu d'ailleurs Je tout grade. Elle c surtout " à donner aux ville; placées SO les ordres du roi concernant 1 m et les réjouis-
sances. » Mais elle avait l'appareil extérieur des gr
.. ernements; le iieutenai montrait dan
îmonies avec «un capitaine et hu:
(i) Cette terre avait éU au mois ; --. enfav.
Philippe Hurault, dont l'aïeul, Jacq Philippe Hurault, comte de Cheverny et de Liinonn
le plu^ illustre de sa race. D'abord chancelier du :oi, il j
chancelier de France et g la die-
-j:; souverain, il vécut da:
mémoires; h faveur d'Henri IV vint l'y rechercher en i:
lies : la .
--.ie-Pa lie < ont-Galleran
seul fils. Louis, qui mourut - , le 6 mai 1722. Celui-c
-on cousin , Jean-i a deià été nommé. 11 vendit cette terr^
après l'avoir beaucoup grevée, ainsi q;e cela fut connu par u ;;t un
grand ifort dit qu'i: • :
Clermont d'Amboise, lisons-nou- - -
. hetée par M. d'Har. -u'on
prétend chargée de dettes qui n'ont point été déclarées. Il y a cans ce procs. accus re M. .'.e C.Ierm
— 9i — Dufort mit en œuvre toutes ses protections pour obtenir la succession de M. d'Harcourt. M. de Saint-Florentin lui promit de présenter sa requête au roi, et M""" de Pompadour de l'appuyer, très heureuse, lui fit-elle dire, de Tavoir dans le voisinage de sa terre de Ménars, où elle comptait se retirer un jour (i).
L'effet de ces promesses se fit attendre. Pendant ce temps, l'attention de Dufort fut rappelée dans sa maison par quelques graves événements de famille. M. Roslin, son beau-père, mourut à la fin de 1760 (2). L'année suivante, une de ses belles-sœurs, Anne-Marie, épousa Alexandre - Michel de Pomercu, conseiller au Grand Conseil, tandis que la dernière prenait le voile. Puis. Mme Dufort contracta à Saint-Leu une maladie qu'il faut laisser expliquer à la médecine du temps.
Les nuits étaient fraîches, et nous en bra\ions les inconvénients. Revenant un soir, à neuf heures, d'une promenade à cheval, ma femme fut prise d'un frisson et se mit au lit avec un mal de tète affreux. La nuit fut très mauvaise. Quoiqu'il y eût du relâche, a six heures du matin. balançai pas à envoyer
chercher Quesnay (3). Il arrive à midi. Dès qu'il entre dans la chambre, il fleure l'odeur qui y règne, sans approcher du lit. dont les rideaux étaient i ; puis il me dit : « Vous avez bien
(1) « On dit que Mm« la marquise de Pompadour part aujourd'hui 23 (juillet 1760). po ir aller prendre possession du marquisat de Ménars. ■ Journal de hier, t. VII, p. 270.)
Le château de Ménars Tut constr it sur des plans corri) . -on, par M™ de Pompadour. Ses magnifiques jardins descendaient en terrasses jusqu'au bori de la Luire. 11 est situé s'ir la rive droite du ileuve. à neuf kilomètres à l'est de B La terre de .Ménars I en marquisat, en iôjî). pourJ -J. Charron, président
au parlement de Paris. Pans ce siècle, elle fut la propriété du maréchal Vicier de Bell une, et, plus lard, celle du prince de Chimay, qui y fonda an collège et une école d'arts et métiers.
(2) Notons, en cette même année (le 19 août), un baptême Je (-loche à Saint- Leu. où M. et M,,u Dufort, pai rain et marraine, lurent représentes par leur fils et demoiselle Marie-Elisabeth Barra lumartin, M"*Genty sic, intenuauts du château, signèrent pour ces enfants.
(3) Quesnay (1694-1774) , le père de 1 économie politique, fut en même temps an chirurgien distingue.
pouls et i.ut den
que m. il Rien n'< i i
Il fallut retourner P chercher liras-, Je-
botomiatc en rci de
succès que son ifin une t.
scarlatine bësita p-«s .1 attril
.1 Pimprud le s'étn Lant l'usage
du lait de chè> vc. M
et fut oblig renoncer .1 toute pronu:
cheval.
Cette inquiétude ,D rt lui-même p a tribut
à la maladie. Souvent, en ces années, la petite avait sévi à Saint- Leu; les châtel du village, étaient troublés a chaque instant par le neries funèbres, « selon la louable habitude des campagnes, qui, comme dit Boilcau,
Pour honorer les morts, font mourir les vivants. «»
La fréquence des épidémies décida Dufort à tenter sur son fils et sur lui la méthode preservative de l'inoculation. Tronchin la préconisait depuis plusieurs a: venu la pratiquer lui-même à Paris, en i~5n. M î les hésitations des théologiens, de grands personnage^, parmi lesquels le duc d'Orléans, le maréchal de Belle- 1 avaient fait inoculer leurs en . Dufort eut, à la
(I) Journ.xl A: Bjrr;:r. t. VI, p. 20 \- — Voici l'inoculation chantée par : vie Lattaignant, dans ses Tronckiuades Poésies, t. IV. p. ?^2) : • Il (Tronchin) vient d'établir la routine De nous inoculer un grain De ce redoutable venin Que craint la beauté féminine Plus que le sexe masculin, Dont nous avons tou? le levain :
Et, par son art, il imagine En ié'cu-ner l'effet malin,
comme :! ve ::niue.... •
suite de l'opération, une petite vérole affreuse qui le retint plusieurs mois à Saint-Leu. Aux approches du Ier janvier (1762 , il lit demander au roi la permission de commencer son service. On lui repondit qu'il le pouvait, le temps de la convalescence étant passé. Il arriva donc a Versailles pour le jour de Tan. Il avait pris la précaution, afin d'éteindre les rougeurs de son visage, de rester longtemps au grand air; mais il était encore très rouge au lever du roi, qui, dès qu'il l'aperçut, lui en fit la remarque avec une expression de surprise et de déplaisir.
Quand le convalescent, rendu à ses relations de société reprit négociations et démarches pour Tachât de Cheverny et l'obtention du grade de lieutenant général du Blaisois, il trouva sur ses brisées un compétiteur inquiétant, le marquis de Marigny, frère de M""' de Pompadour. On sait ce qu'était Marigny : spirituel et cynique, intelligent, opiniâtre avec un 'Yanc- parler brutal, homme de cour se sentant des vulgarités de la famille Poisson (1). Avant de raconter les péripéties de sa rivalité avec lui, notre auteur le met en scène dans l'histoire de la nomination de Sedaine à la place de secrétaire perpétuel de l'Académie d'architecture et de peinture (2).
Marigny, directeur général des Bâtiments, avec de l'esprit, était
(1) « Jean-François Poisson de Yandiéres, marquis de Marigny, secrétaire et commandeur des ordres du roi. conseiller en ses conseils, directeur et ordonnateur général de ses bâtiments et jardins, ait--, académies et manufactures royales de France, gouverneur du palais du Luxembourg, académicien honoraire de l'Académie de Florence (1727-1781), voilà les titres de l'homme de cour tels q ie les donne l.a Chenaye. Sur la noblesse de sa race, écoutons Poisson père : « L'n jour qu'il dînait en compagnie de gros financiers , il leur dit: 1 Un étranger qui sur- » viendrait nous pren .irait pour une assemblée de princes, et vous, M. de Mont- » martel, vous êtes le fils d'un cabaretier ; VOUS, M de Savalette, fils d'un vinai- » grier; toi, Bouret, fils d'un laquais; moi. qui l'ignore? < \Vie privée de Louis A F. t. III, p. 1 \. ) Nul en effet n'ignorait qu'il était le fils d'un tisserand, qu'il avait épousé la fille d'un fournisseur des Invalide-, et que ce couple assorti n'avait ni probité ni mœurs.
(2) Remarquons qu'ici encore Dufort intervertit les événements. Sedaine n'obtint ce poste qu'en 176S, comme successeur de Camus, tandis que nous sommes en 1762.
.un • [1 t'était atl t le I
de i it d'une
is deux ■.
:i mourir. Cet1 I '
valait un 1 t au vit ! ^ de
ilcula q nait ii un . il meti plus
contre lui. Il n
>rmé de la Per-
cher, et lui dit que le : lit nom:
tine veut le rem ; il l'arrêi jhise qui t
de Ul rusticité. cru, lui dit-il, trouver quelqu'un de
plus fait p«»ur cette place. I it un
homme qui tint ttérai tout
motif de plainte sur te choisi nie;
il me fallait un homme jus tous
les rapports, vous êtes le qui convient. .
vous demande aucune i ionc
installé dans un
de Mu*Quinault, jusqu eau local ce L'Académie
fût fini, et nous nous trouvâmes tous très rapproch.
Le premier mouvement de Dufort, quand il se vit contrecarré par Marigny, fut de porter le débat dev Mœe de Pompadour, en lui - îs anté-
rieurement promis ; mais, sans qu . ^positions intimes
de sa protectrice eussent .
(i) L'habileté ; iv no triompha pas toujours :uels
il avait à lutter. Des dégoûts q s d'architecture le forcè-
rent d'abord à se démet:
- XV. qui l'aimait, lui en conserva tes ho:. Marigny par Cochiu, cité par M. ise de P
\ cour de Louis XV au m
— oj —
d'intervenir, déclarant qu'elle n'était pas plus qu'une autre maîtresse de l'humeur de son frère (i). Marigny, sans perdre de temps, était entré en rapport avec les d'Harcourt ; bien qu'on lui demandât pour la terre et la charge quatre cent mille livres de plus qu'à Du fort, il ne se tint pas pour battu et ne mit que plus d'acharnement à briguer la lieutenanec.
Reprenons nos mémoires.
Je fus oblige' d'aller faire un petit voyage à Compiègne. Il
m'était impossible de ne pas me présenter chef M""' de Pompadour. Elle était à sa toilette, entourée d'une foule de courtisans (2). Dès qu'elle m'aperçut, elle détourna les yeux et ne rda plus de mon eôté. Je me retirai, bien persuadé que je m'étais attiré sa disgrâce. Comme je n'avais aucun tort, j'en pris mon parti, et Hs mon travail avec M. le duc de Praslin dans une affaire dont j'étais spécialement chargé, et qui regardait le tabac de Lorraine et le commerce de la Russie. La première personne que je rencontre en sortant de dîner, c'est le marquis de Marigny el son cordon bleu (3). Il y avait longtemps que nous ne nous parlions plus; il m'aborde et me propose d'aller ensemble au speetaele de la ville. J'accepte; il fait tomber la conversation surCheverny, et me dit qu'il est trop de mes amis pour ne pas m'empêcher de faire cette acquisition, qu'il a visite le château avec M. Soufflot (4), et qu'il l'aurait acheté, si le pavillon de droite ne menaçait pas ruine. Je lui réponds que je ne m'y connais pas autant que lui, mais que, d'après les infor-
(1) <. Marigny avait de fréquentes querell sie.:r. Comme, au tond, elle l'aimait tendrement, elle s'apaisait. 1 ! Mémoires du Hauss
(2) « La toilette de eetle dame est un ie aujourd'hui, à la cour; on la compare ai fana dotté dn cardinal de Fleury ; les soirs,
tous : scourent po ir se montrer » — 1 1. 'autre jour il y avait du
monde jusqu'au bas de son petit escalier, qui attendait l'he ire de sa toilette ••
{Journal et mémoires du marquis
0) II portait le cordon bleu, comme secrétaire commandeur des ordres du roi.
»uant sur suii nom de famille, dirent à ee propos : i un poisson a , bleu.
(4) Soufflot (1714-1781), a; 1 construit l'Hôtel-Diea à Lyon et le Pan-
théon à Paris, (lochin et lui firent les compagnons que M"»de Pompa Jour donna à son frère, dans le • .'elle lui lit faire en Italie pour former son goût et
le rendre apte aux fonctions qu'il remplit plus tard.
matiom qu'on i plus
que nous. Il ini • i • que le :
qu'on lui i fuit .1 pu le le celui qu'on me •
J m'en ;
ainsi, je lui M0* de
Pompodour m' 1 .'elle m
i-ur, me dit-il, qi.
bien comprendre q>. quelqu'un
monde h qui cette place de lieuu
.1 moi, puisque ma soeur possède M j de
la province. 1 Irrité du pro| * : « C'est là, M
quai-je. \otre dernier mol Oui .r. — E
. j'aurais dû rel .te explication >us. • Je
n'ai jamais eu Uni d'humeur, et. s'il ; 1 \ ait voulu me prêter le collet, quelque danger qu'il y eût à Compiègne, j'en a il la folie. Nous nous quittâmes en entrant
aise de croire que nou * ne fûmes p<.>> réch an pour l'autre.
Je revins .1 Saint- Leu, et. passant mon temps soit chez moi. chez mes parents, soit chez mes amis, je continuai la même\ie.
Cependant La Live, mon camarade, rendu alors à la remis de ses premières attaques de folie, qui n'avaient pas | dans le public (1), vint me trouver. Je lui fis part de tout ce qui s'était passé. Il me conseilla d'en parler au duc de Choiseu me disant que, si j'obtenais ce que je dé d'avoir L'agrément de ma place d'introducteur pour son fir La Live de la Briche (2).
Une sérieuse difficulté se trouvait ainsi levée, la cession d'une charge d'introducteur étant toujours embarrassante.
(1) Il se démit de ses fonctions d'introducteur en 1707. après avoir été pendant trois ans le collègue de son frère. Il eut pour successeur M. de Tolozan. Sa folie devint complète peu de temps après: il mourut le iS mar- Jerot
écrivait à Falconnet : L'amateur, M. de L... est devenu fou furieux; vous n'auriez jamais cru que ce fût de cette maladie qu'il fût menacé. Ce e: . - plaisant, c'est qu'on dit que ces: d avoir trop aimé sa femme. • Œu:r. :. WIII. p. 247.)
(a) Alexis-.lanvier de la Live. dit le comte de la Briche. né le i3 février était le troisième îils de M. de Bell - Il épousa en :
de I.emaistre, trésorier général de l'ordinaire des guerres. Il p «aéd -u du
Marais, près de Bezons. Mémoires Je Marmoniel. t. lit. p. 220 et 232.» Sa fiile. Alexise-Charlotte-Marie-Josèphe. épousa M. Mole, qui fut ministre sous I Philippe.
à cause de son haut prix et de la grande fortune qu'elle exigeait, pour en soutenir les dépenses. Dufort, suivant le conseil de La Live, s'ouvrit au duc de Choiseul, qui lui avait toujours marqué de la bienveillance. Celui-ci , pour le dissuader d'aller se confiner dans une terre, lui proposa de le faire nommer ministre à Bruxelles et à Liège. Dufort consulta sa femme et ses amis le marquis de Saint-Marc et l'abbé Raynal (i), qui lui objectèrent l'inconvénient de se lier à la fortune de Choiseul, la fatigue d'une double mission, obligeant à de perpétuels voyages, enfin le renoncement à la vie de campagne, qui était le grand bonheur de Mme Dufort. Ce projet écarté, le conseil intime n'accepta pas davantage l'offre d'un grade de capitaine de cavalerie, avec promesse d'un brevet de colonel dans les trois mois et d'une pension de retraite de quatre mille livres, à ajouter aux deux mille qu'il avait déjà.
Choiseul s'ingéniait en combinaisons qui décidassent Dufort à laisser le champ libre à Marigny : Mmc de Pompadour voulait à toute force les concilier. Elle s'en préoccupait au moment où elle ressentit les premières atteintes sourdes du mal dont elle allait mourir (2).
Le hasard se chargea d'accorder les rivaux, dont la compétition la tenait en souci, à cause de son égal désir de satisfaire le candidat de la première heure et son frère. Il y
(1) L'abbé Raynal ( 1 7 1 3-i 796) fut homme de lettres, après avoir reçu les ordres et avoir été jésuite. Il doit sa réputation à son Histoire philosophique des établissements et du commerce des Européens dans les Deux-Indes.
(2) 1 Elle avait éprouvé, dit Dufort, dans un voyage de Choisy, un si fort mal deiète, qu'elle avait pris le bras Je Champloat pour regagner son appartement, en lui disant qu'elle soutirait tellement qu'elle ne savait où çlle allait. Cet accident avait dégénéré en fièvre maligne. On l'avait ramenée à Versailles, et elle jouissait alors d'une fausse convalescence. 1
M™ du Detfand écrivait à Voltaire, le 7 mars 1764 : « Les dernières nouvelle»- de Mme de Pompadour sont fort bonnes: mais elle n'est point hors d'affaire. »
militaire de
lieutenances g inc l'( I
premeni dit, l'autre le pays Oiartrain, 1 clic
qu'on m di iputait, le B û '■
et le bailliage d • >i te. Le lieute:
lean lis mOUmt. ' ;i ne tenait quà un }.
voisin de M . et trouvait d'ailleur
J'un prix plu • en fut immédiatement jour-
vu i , tandis que \) 1! m ol tint la lucceasion du comte d'1 [arcourt dans le Blai j).
Le duc de Choiseul Pc chercher aussitôt pour lui
annoncer que la chose était faite et lui transmettre le désir de M"' de Pompadour que ce fut une occasion de réconciliation avec son frère. Dufort ne consentit pas sans répugnance à revoir Marigoy, et son sentiment était juste, car il sortit de la rencontre ! .une nouvelle
impertinence et plus irrité que jamais contre l'incorrigible marquis (3). Quoi qu'il en soit, il avait la place si longtemps disputée, et il pouvait poursuivre les projets qu'il a subordonnes au succès de cette première et lai négociation. Il passa très vite les deux contrats relatifs,
(i) Marigny prêta serment le b février 1 704.
|2) Kn récompense de son « zèle pour notre service et de la distinction laquelle il exerce la charge d'introducteur des ambassadeurs. • Ainsi sont ér. . par le souverain les motifs de la faveur qu'il lui octroie. (Arch. nat.. H I f° 602.
(3) Voici la conversation qu'il eut avec lui : « Le lendemain, dans la galerie, Marigoy vient au-devant de moi, et me dit : « Monsieur, ma sœur m'a prié de vo .s » annoncer que vous aviez l'agrément ae la place: je le fais j'autant plus volon- » tiers que j'en ai une aussi. ■ Je lui réponds : « Je suis on ne peut plis sensible 1 aux procédés de Nk— la marquise de Pompadour: je tenais au titre n'in » où. et, si elle désire q e vous ayez la mienne, je troquerais volontiers. — Je le <> crois bien, me jit-il : la mienne ne me coûu mille livres, et la
■ vous en coûte quarante mille, quoique la même. » Le feu me monte au v je riposte : ■ Cette réponse est bien digne de vous. » El je le quitte. Je courus chez le duc de Choiseul. lui rendre compte de ma conversation. 11 en rit et reconnut le personnage à ses traits. »
l'un à l'acquisition de Cheverny, l'autre à la cession de sa charge. Environ cent cinquante mille livres lui manquèrent, qui furent suppléées avec empressement par son ami de Préminville (i).
L'objet de sa visée ambitieuse était presque atteint; il ne lui restait plus qu'un titre à obtenir, pour jouir, dans sa future province, d'honneurs égaux à ceux des gentilshommes auxquels il succédait. Inutile de faire remarquer qu'il s'était très fort radouci sur les principes que nous lui avons entendu confesser lors de ses débuts à la cour; malgré son fier attachement pour le nom de ses aïeux, il s'était souvenu des conseils du président Dupuis, ou peut-être d'une lecture de La Bruyère (2). M. de la Vrillière, qu'il alla solliciter, lui promit assez facilement une nouvelle érection de la terre de Cheverny en comté. MM. de Clermont et d'Harcourt avaient négligé de relever le titre, étant déjà comtes tous deux, soit par leur naissance, soit par d'autres terres. Le nouveau seigneur en vint effectivement à ses fins quelques mois plus tard (3) : sa longue sollicitation était terminée et avait abouti sur tous les points.
Son départ fut retardé par le roi, qui désira le voir rester en charge pendant quelque temps encore, même après l'agrément donné à La Live de la Briche. Enfin, il prêta serment pour sa lieutenance, le samedi 14 avril 1764. Il
(1) Je suppose qu'il n'y eut à cette époque (mars 1764) qu'une promesse de vente. Dufort indique, d'une façon certainement fautive, le Ier octobre 1765 comme date du contrat définitif; la Chenaye donne le 7 mai 176.).. Mais je tiens pour exacre la date du i-'r octobre 1764 qu'a bien voulu me fournir le possesseur actuel de Cheverny, M. le marquis de Vibras e.
(3) « Un homme de la cour qui n'a pas un assez beau nom doit l'ensevelir sous un meilleur. » [Clùivrcs, édit. G. Servois, t. I, p. 3o5.)
(3) Au mois d'août 1764. Voir dans l'Appendice ses lettres de provisions. Dufort, malgré sa démission des fonctions d'introducteur, conserva ses entrées dans la chambre du roi.
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rfcut pas le tempi de remercier celle a >jui il 1 1
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letUX, Mme de PompâdoUT était | Dtl . ilta
h COUf et P i même temps que ce changement
île règne émou-
vantes (i).
(i) Il a, sur cet événement, une page fort intéressante que je reproduirai ~ao» l'Appendice.
Le lieutenant général du Blaisois. — Vente de Saint-Leu. — Suite de l'histoire de Sedaine. — Dernières années.
Dufort entre dans une nouvelle phase de sa vie, qui s'annonce, pour ainsi dire, par un changement de costume et de décor. A la place de l'introducteur des ambassadeurs, seigneur de Saint-Leu, on voit paraître le comte de Cheverny, seigneur de Cour, Fresnes, Fontaines (i) et autres lieux, lieutenant général pour le roi du Blaisois, Dunois, Vendômois et du pays d'Amboise : ainsi est-il dénommé et qualifié par La Chenaye, avec toute l'illustration de ses titres nouveaux. Au mois d'octobre. 1764, il fait son entrée solennelle dans sa terre, honoré comme il l'avait souhaité ; dès qu'on l'aperçoit, les cloches des villages qui lui appartiennent, tels que Cour et Cheverny, sont mises en branle, et sonnent
(1) Cour s'appelle aujourd'hui Coir-Cheverny, et appartient, ainsi que Fresnes, au canton de Contres. Fontaines, désigné actuellement sous le nom de Fon ainesen-Sologne, est dans le canton de Bracieux. Ces deux cantons font partie de l'arrondissement de Blois.
— [Q? — jusqu'à son arrivée; la hausiéc, deux garde» c
lieutenant des g la Iteotcnaoce .
l'attend aient aui limitei tic son domaine, lui îont
Ainsi Dofort, transformé ei dépaysé, nous échappe; il
| passé dam une autre prOTÎnee. Je n'ai plus strictement
que deux point! i noter d i n I >ire : la •ente de Saint-Leu et la continuation de iea rapp rt .-daine.
Cependant je ne saurais me résoudre le lecteur n prouve-t-il pas ce sentiment?) a quitter notre perSOnO que j'ai suivi, pas à pal depuis le berceau, dans toutes les péripéties de sa ns dire au moins sommaire-
ment comment sa carrière s'acheva. Lui-même a donné le tableau des dernières années, dans une page ou, se retournant vers le passé, il l'embrasse d'un regard et le résume brièvement : je transcrirai cet épilogue. Voici comment Saint-Leu fut vendu :
Au printemps de 1765 (2), nous fîmes un court voyage à Saint-Leu, pour enlever encore ce qui pouvait nous convenir. J'appris h mon arrivée que M. de Crémilles, ayant cessé ses fonctions d'adjoint au ministre de la guerre (3), avait fait des
(0 Dufort nous dit qu'il • ne toucha pas à ces honneurs, » qui étaient dus à ses fonctions, et nous l'en croyons facilement. Comme seigneur, il eut. paraît-il. plus de simplicité. « Un usage féodal s'était conservé : chaque vassal qui rencontrait son seigneur, même à la promenade, descendait de cheval ou de voiture et mettait chapeau bas jusqu'à ce qu'il fût passé. Cet usage, encore obse. . roi,
dans les premières années du r Louis XV. s ctait conservé pour les
seignears dans leurs domaines. La première chose que je fis fut de publier que j'invitais à ne me rendre aucun devoir pareil, quand je passerais, et que je rendrais simplement des réréreocei à ceux qui m'en feraient. »
(2) Dans l'hiver précédent, Dufort eut son troisième et dernier enfant. Jean- Pierre-Marie, qu'on appela plus tard le chevalier Dufort ou le chevalier de Coarson.
(3) Boyer de Crémilles. adjoint au ministre de la guerre, qui était alors le maréchal de Belle-Isle, se retira en 1762. Il fut chargé, sous le maréchal de Ss\ l'investissement de Maastricht, opération qui lui fit le plus grand honneur. Il passait pour le meilleur chef d'état-raajor général que l'armée française eût eu depuis le maréchal de Paységur.
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démarches pour acheter cette terre, et que quelques difficultés de gens d'affaires avaient empêché cette bonne opération. M. de Crémilles m'en parla lui-même, en me témoignant tous ses regrets d'en avoir acheté une autre et de n'avoir pas traité directement avec moi. Je reçus une lettre de M. le comte de la Marche (i), qui me faisait des propositions. Il m'admettait à ses parties de chasse ; l'hiver, il venait me prendre à ma porte et me ramenait de même. Nous allions à Pierreffitte déjeuner, et, de là, chasser dans la forêt d'Enghien. J'avais toutes sortes de raisons pour lui rendre tout ce qui lui était dû, d'autant plus qu'il n'a jamais existé un prince qui eût plus d'adresse pour faire oublier dans l'intérieur ce qu'il était par sa naissance.
Sur ces entrefaites, un certain marchand de fer en gros se présenta pour acheter Saint-I .eu ; le marché fut bientôt conclu (2). Il m'apporta une généalogie où il prétendait être parent de MM. Roslin. Comme cela ne me regardait pas, je le renvoyai à ses parents pour en décider. Il traita avec moi très loyalement, et, quinze jours après, acheta une charge de président à la Cour des monnaies ; de sorte qu'il vint m'informer qu'il s'appelait désormais le président de Saint-Leu, au lieu de Drouillin, nom qu'il avait porté jusque-là (3).
(Test ici la fin du seigneur de Saint-Leu. Son père et lui avaient possédé pendant vingt- six ans la terre de Leumont. Le dernier point du programme de M. de Verdun étant rempli, Dufort regagne Cheverny. Là, il va s'efforcer de reformer son cercle, d'attirer sur les bords de la Loire ses anciens amis, qui lui seront toujours les plus chers. Un de ceux-là, le président Sallaberry, fut bientôt rattaché à sa famille par une alliance qui facilita
(1) Le comté de la Marche était le titre du fils du prince de Conti. Celui dont il est question dans ce passage est Louis-François-Joseph de Bourbon, fils de Louis- François et de Louise-Diane d'Orléans, fille du regent, qui fut gouverneur du Berry en 1771 .
(2) Le contrat fut passé devant Me Prignot de Beauregard, notaire à Paris, le 3i août 1765. (Titres de propriété de M. Ch. Gadala.)
(3) Le comte de Cheverny exagère : son successeur s'appelait Droin.
k rapprochement baité; il épousa, i ■ de
Pomereu, II belle- Dul ■ ■•. <] u t était devenue
p lil ii i li terre à deux lieues de
Bloif (i), et y tit de ir.
Deux .'îutrcs .-unis tenaient au ocur du provincial : M. de Préminville et inc. Ptf malheur, ni l'un ni
l'autre de pouvaient l'éloigner beaucoup de 1' edainc,
tout à ses t: . était dans la situ itiofl modeste que '.
sait. Le comte de Chcverny, a chi juc belle les
invita à passer chez lui quel emaine ^ Jaine se
maria, en 1767, d'une faço I romanesque, bien qu'il
ne fût plus jeune : il avait quarante-huit ans. Notre auteur va nous retracer cette histoire, contée avant lui d'une certaine façon qu'il rectifie à l'honneur du poète.
Cependant mon ami Sedaine se livrait au théâtre avec suc. il ne négligeait pas, pour cela, l'état qu'il avait pris d'abord, de maître maçon, entrepreneur de bâtiments et architecte. Son esprit aimable, sa probité intacte, sa gaîté philosophique lui avaient fait beaucoup d'amis. M. Le Comte était mort dans ses bras, en l'assurant que lui et sa femme ne faisaient qu'un, et que ses dispositions étaient prises pour lui laisser tout ce qu'il pouvait lui donner. Les soins du protégé ne furent plus partagés entre le mari et la femme; ils se continuèrent, inspirés par la même reconnaissance, envers celle qui survivait. Il est à croire que, quoiqu'elle ne fût plus jeune et fort sensée, la tenue sage et aimable de Sedaine lui avait fait concevoir la pensée de l'épouser; mais lui, ne voyant en elle qu'une bienfaitrice, resta juste dans les limites de la reconnaissance.
La veuve d'un avocat au Conseil, Mme Seriny, était restée avec deux enfants, une fille et un garçon, et une fortune honnête, en bons biens à Paris. Elle n'eut pas plus tôt connu Sedaine, qu'elle se flatta de le fixer. Ses soins pour lui, son envie continuelle de l'appeler auprès d'elle donnèrent à mon ami
(1) Il l'acheta du marquis de Pezay. un émule de Dorât en poésie, l'auteur de la Rosière de Salency.
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la facilité de connaître M,,fl Seriny, personne fraîche et jolie. Beaucoup d'esprit et encore plus de raison réunirent bientôt deux cœurs que la nature avait jetés dans le même moule. Cette demoiselle avait vingt-cinq ans; elle était très bien élevée et de mœurs respectables. Elle sentait parfaitement que sa mère, qui rapportait tout à elle, ne ferait aucune démarche pour l'établir. Née avec un caractère décidé, elle jugea qu'elle ne pouvait mieux faire que d'épouser celui qu'elle aimait. Le consentement de la mère était impossible à obtenir. L'un et l'autre consultèrent ; je fus informé de toutes les démarches. Enfin, les sommations respectueuses faites, Sedaine épousa M110 Seriny et loua dans l'Ile une maison très agréable. Cet événement fut un coup de foudre pour Mme Le Comte. Sedaine s'en aperçut lorsqu'il n'était plus temps (i). Rendre justice à cette alliance, c'est tout
(i) Voilà un témoin à décharge et très important, dans le procès qu'on a fait à Sedaine pour n'avoir pas épousé sa bienfaitrice, par reconnaissance. A vrai dire, on n'avait guère entendu, dans cette affaire, que la dénonciation de Bachaumont, historien suspect s'il en fut : l'auteur des Mémoires secrets a été maintes fois convaincu de calomnie, et. tout au moins, sa malveillance à l'égard du poète est flagrante. Le bon renom de Sedaine, malgré cela, en avait difficilement triomphé, et l'on s'était rabattu, faute d'arguments plus décisifs, sur ce que l'histoire de ses rapports avec Mmi- Le Comte était mal connue et naturellement obscure, sur ce que d'honorables amitiés l'avaient implicitement absous en lui demeurant fidèles, et qu'enfin l'amour souille où il veut.
Dufort est parmi les honnêtes gens qui couvrent Sedaine de leur estime et de leur persévérante sympathie. Il fait plus : il affirme, en homme qui a vu les choses et qui, écrivant pour se mieux souvenir, ne s'en impose pas à lui-même, que nulles relations coupables n'existèrent jamais entre la veuve du lieutenant criminel et son hôte. On se rappelle qu'en accueillant celui-ci sous leur toit, elle et son mari, « qui étaient sans héritiers, s'accoutumèrent à le regarder comme un tendre fils que le hasard leur avait donné.» Cela changea très tard: quand elle l'aima, elle n'était plus « je me ni fort sensée. ■ Les observations de Dufort seraient plus complètes et plus probantes s'il disait l'âge qu'avait à cette époque Mme Le Comte. Mes recherches pour y suppléer n'ont pas été tout à fait vaines : j'ai trouvé (Cabinet des titres, dossier Le Comte) q îe demoiselle Claude-Marie Rousseau épousa Claude-Fran^ois-Nicolas Le Comte en i73o, alors que Sedaine était âgé de onze ans. D'où j'infère qu'elle avait environ huit ans de plus que lui, c'est-àdire cinquante-six ans, quand il rechercha Mlle Seriny.
Après cela, et pour ne pas paraître oublier la part des modernes dans la querelle, je veux bien entendre la parole émue de Mme Michelet et le témoignage de sensibilité qu'elle donne à la délaissée : « Mme Le Comte, dit-elle, devait être son aînée (à Sedaine); mais, comme toutes les femmes supérieures, qui se renouvellent incessamment par la culture de leur esprit, en y mêlant le> délicatesses du cœur, elle avait encore tout le charme et la vivacité de la jeunesse. D'ailleurs tant de pensées communes, tant d'années de loyale affection les unissaient !... Si l'on songe encore que, vers la maturité de l'âge, les grands travailleurs de la pensée se sèvrent d'eux-mêmes des dernières jouissances, pour augmenter la puissance cérébrale au profit de leurs œuvres, ce qui devait surtout importer à Sedaine
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' ' ' irȉ
trmmi . Au bout malheur de voir mourir
rai s.i bienfaitric I :>aisa par tes so leur ipii l.i consumait. Pour l.i jours j
ion malheur, clic exécuta la vo sa à
une. OUtra la mal M qu'il avait l ît ce qui lui
disponible.
M"">ciiny, trom] Ml calcul, éleva entre les nouveaux
■t clic une barrière insurmontable ; ■ le ressentiment
ele 1'. munir outi 1 île leur inti • -
COmmodée avec CUX que v\ I lins les trois dernières
ann [ vie, f 'Hp, où le passion | a la crainte
d'un avenir prochain. Sedaine se con' une femme
excellente ; elle viv. ut dans la meilleure comp.. I I née,
estimée et considérée, et, des ce moment, elle fut intime avec ma femme et nos amis communs. J'aurai l'occasion de prouver combien leur amitié à tou>- les deux a fait notre bonheur.
En effet M ""'Sedaine plut dam toutes le tés ou son
mari la présenta. Elle se lia intimement avec Mme d'Épinav, de qui Sedaine était fort goûté ; elle fut bien accueillie par Mme Dufort. Le comte de Cheverny invita, avec les nouveaux époux, des gens de lettres et des artistes qu'il avait connus chez eux, entre autres les célèbres sculpteurs Houdon et Pajou (i).
Il profitait de la présence des Parisiens pour organiser quelques-unes de ces brillantes réunions dont le goût lui était demeuré aussi vif qu'en sa première jeunesse. La fureur continuait de jouer en société proverbes, comédies
c'était la société d'une âme d'élite, depuis longtemps en étroite communion d'idées avec lui. » {Xouvelle Revue du icr janvier ii-64. — La Maison d: Sedaine et de Mich:let.) Je ne sais, et je consens q on do ite encore si Sedaine n'eut pas tort de se marier avant la mort de son amie: mais Dufort l'a facilement et définitivement disculpé de n'avoir pas répondu à un sénile amour, et il l'a fait avec le rd dû à une femme qui , malgré tout, resta digne de reconnaissance: on sent qu'en écrivant de Mœe Le Comte qu'elle n'était plus t jeune ni fort sensée, • sa plume se dérobe devant ces deux épithètes moins courtoises : 1 vieille et un peu folle. •
(1) Celui-ci fit don à son hôte des originaux en plâtre des bustes de Pascal et de Buffon, commandés par le roi. Il vint lui-même les installer dans la bibliothèque du château.
et opéras-comiques (i). C'était le talent et le métier de Sedaine de composer un spectacle, d'inventer des divertissements de tout genre. La grande vogue mondaine de ses ouvrages tenait beaucoup à leur facile adaptation au cadre d'un salon. Le châtelain lui savait un gré infini de diriger ces fêtes, car il attachait une importance extrême à leur succès; il le note parmi les événements dignes de mémoire. Lui-même ambitionna la gloire littéraire. Il se fit jouer sur son théâtre le plus sérieusement du monde ; trop sérieusement sans doute, car il devait y avoir plus d'un sujet de gaîté dans les pièces en cinq actes qu'il écrivit, de sa bonne plume, sous les titres suivants : Le Journaliste. — Le Mariage raisonnable. — Le Fanatisme monacal. — Louise de Livarot. — L Alcade de Salamanca. Cette dernière fut imprimée. Un roman du même auteur, intitulé Lattre, vit aussi le jour, nous dit-il, grâce à Sedaine. Ici l'amitié du poète ne me paraît pas exempte de reproches, qu'une circonstance pallie cependant : la perte totale des œuvres qu'il a aidées à naître.
Dufort, malgré les plaisirs qui lui en donnaient l'image et les visiteurs qui lui en apportaient l'esprit, ne se détacha pas de Paris, et ne se résigna jamais à l'abandonner sans retour. Tous les ans, il y alla faire quelque séjour. D'abord il descendit dans son ancienne habitation de la rue Notre-Dame-des-Victoires, qu'il avait louée pour y établir un hôtel garni en s'y réservant un appartement.
J'usai pendant un an ou deux de cette faculté. Puis nos amis, M. et Mme Sedaine, nous proposèrent de partager leurs appartements du vieux Louvre, dans nos voyages a Paris, ce que nous acceptâmes. Alors nous sentîmes le prix de l'amitié. Rien
(i) « La fureur incroyable de jouer la comédie gagne journellement, et. malgré le ridicule dont l'immortel auteur de la iiétromatUt a couvert tous les histrions bourgeois, il n'est pas de procureur qui, dans sa bastide, ne veuille avoir des tréteaux et une troupe. » (Mémoires secrets de Bachaumont, 17 novembre 1770.)
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ne l'ut tns la v les plu»
■imablet gens | -iulant lircr .mcun profil de n •
monti e qu'il -que
simplement le sur- I de IV. us que nous leu; dans le peu de
umps que i au milieu des arts et des
artistes. Que ne puis-jc oublier le trop fameu D :. l'obligé de mon ami. qui lui avait rendu tout de services, lui
gardé ses effets, lorsque! n'ayant ni feu ni lieu, il partait pour Rome, et l'avait nourri, h t aide de sa bourse dans son
jeune Age I...
I i femme de Sedaine, être rare et précieux, était devenue l'amie intime de Mme d'Kpinay, qui jouait un rôle dans la r blique des lettres. J'avais été Lié avec Mn,e d'Épinay lors de mes premiers pas dans le monde : je renouvelai connaissance avec elle. Sa maison était le rendez-vous de tous les savants. Pendant la semaine sainte, il s'y tenait une espèce d'académie de gens d'esprit, parmi lesquels Grimm, le correspondant de l'impératrice, secrétaire d'un neveu du maréchal de Saxe, M. le comte de Friesen, mort jeune de la petite vérole i . Ma femme fut, sans intimité, liée avec Mm0 d'Épinay. Forcée de répo: à toutes ses avances, elle lui tint très souvent compagnie, avec moi, pendant sa longue maladie, occasionnée par un mal à la matrice. Sedaine se dérobait à ses travaux pour venir la voir presque tous les jours. Cette maladie la mit au tombeau. B] dix ans de souffrances (2). Elle fit un testament selon ses moyens; ils étaient bien faibles. Il ne lui restait de l'immense fortune de feu son mari qu'un bien très médiocre, qu'elle avait laissé à sa fille, la marquise de Belsunce. Elle nomma Mme Sedaine son amie intime, et lui légua, pour qu'elle se ressouvînt d'elle, la table à écran sur laquelle elle avait composé ses ouvrages (3).
(1) Le comte de Friesen mourut, le 29 mars 1755. à l'âge de trente ans. Dè« 1753, Grimm entretint avec le duc de Saxe-Gotha, avec l'impératrice de Russie et plusieurs princes étrangers, la Correspondance qui l'a ren:u célèbre. II mourut à Gotha, en 1S07. ministre de Catherine II près les Etats de Basse-Saxe.
(2) En novembre t jS3. Grimm écrivait, à propos de la mort de M"e d'Epinay : « On l'a vue. dix ans de suite, accablée des maux les plus douloureux, ne supporter la vie qu'à force d'opium, mo rir et ressusciter vingt fois, sans cesser de mettre à profit les intervalles où le mal la laissait respirer pour remplir tous les devoirs de la tendresse maternelle et tous ceux de l'amitié la plus empressée et la plus active. <» {Correspondance littéraire, t. XIII. p. 3gô.>
(3) Voici la disposition testamentaire, telle qu'elle est rapportée par M. Cam-
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Mme d'Épinay mourut en ij83; je glisse sur ces années.
Disons pourtant comment Dufort établit ses enfants. L'aîné, capitaine au régiment de Bourbon-dragons, puis gouverneur de la ville de Romorantin, épousa, le 3o juillet 1785, Elisabeth de Cabueil. Quelques années avant, Mlle Dufort s'était mariée avec le comte Alexandre de Toulongeon, capitaine au régiment de La Rochefoucaulddragons, plus tard colonel du régiment de Rouergueinfanterie (1) ; la coursigna leur contrat le 1 5 février 1778; le mariage eut lieu à Paris, dans la chapelle des Menus. Quant au plus jeune fils de Dufort, qui paraît avoir eu peu d'ambition et peu de goût pour une vie active, son père brigua longtemps pour lui un bon prieuré, qu'il n'obtint pas.
En 1787, lors de la tentative que fil Louis XVI pour établir dans toute la France des administrations provinciales fondées sur l'élection, Dufort fut nommé, par le roi, président de l'assemblée du troisième département de l'Orléanais, qui avait pour villes principales Blois et Romorantin (2). 11 éprouva une grande satisfaction de cet
pardon, dans les Prodigalités d'un fermier général, p. 79: « Je donne et lègue à Madame Sedaine une table ronde et une table ployante de bois d'acajou. Je la prie de se rappeler quelquefois combien elle m'était chère. »
(1) Entre les noms du marquis et du vicomte de Toulongeon, dont l'histoire a gardé le souvenir, le nom du comte, leur frère, est resté obscur. Le marquis, maréchal de camp au moment de la Révolution, fut député de la noblesse aux Etats généraux pour le bailliage d'Amont en Franche-Comté, émigra avant la fin de la session, fit la campagne de 1792 avec les princes et prit du service en Autriche, où il mourut lieutenant général. Le vicomte, colonel d'un régiment de chasseurs, député de la noblesse pour le bailliage d'Aval en Franche-Comté, se signala dans l'assemblée constituante par une ardente opposition au parti que servait son frère, se démit avec éclat de son grade, puis, après les mauvais jours, consacra sa vie à des travaux littéraires qui le firent admettre à l'Académie des sciences morales. Sur le comte Alexandre de Toulongeon. le gendre de Dufort, je ne sais. et je crois qu'il n'y a rien de plus à dire que cequi est rapporté dans nos mémoires.
(2) La noblesse était représentée dans cette assemblée par le vicomte de Beauharnais, le marquis de Rancongne, le comte de Montlivault et le chevalier de Bill y. 1 Procès-verbal des séances Je V Assemblée provinciale de l'Orléanais tenue à Orléans, le 6 septembre i~8j. Orléans, Couret de Villeneuve. 1 vol. in-4», 1787.) Le vicomte de Toulongeon faisait partie de l'Assemblée provinciale.