‹ Le chateau de Maisons-Laffitte; notice historique et descriptiveChapitre 3 sur 7 · DESCRIPTION DU BATIMENT · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU BATIMENT

Lorsque l'on arrive au château en venant de la gare, on rencontre encore au bout de l’avenue de Longueil, à l'entrée du parc, deux pavillons, avec deux portes monumentales, jadis séparées par un saut-de-loup, qui formaient l’entrée du domaine de ce côté. Deux autres pavillons avec portes analogues se voyaient autrefois sur la droite, au niveau du rond-point auquel on arrive ensuite, formant l’entrée de la cour d’honneur, plus tard du petit parc.

Cette cour d’honneur s’étendait au xvue siècle, depuis cet endroit jusqu'aux fossés du château. (C’est la longueur de l’Avenue du Château actuelle depuis le bassin jusqu’à la grille b) Le bâtiment des écuries, construit par Mansart sur un plan très ample, plus considérable que celui du château lui-même, la bordait à gauche ; à droite, on avait projeté et même entamé un bâtiment symétrique qui ne fut jamais terminé, bien que certaines gravures an-

1.. Cette grille, qui date du xvme siècle, a été seulement mise à cette place il y a une vingtaine d’années, lors du lotissement du petit parc. Elle provient, paraît-il, du château de Mailly en Picardie.

demies l’aient figuré debout. Il reste, dans une des villas de l’avenue, un fragment de la grotte en rocaille qui servait d’abreuvoir aux écuries. C’est Jacques Laffitte, on le sait, qui fit démolir les écuries. Du moins avait-il gardé encore les proportions de la cour, où il avait planté deux rangées d’arbres qui s’aperçoivent encore, et qui prolongeaient les belles avenues flu grand parc, respectées aussi par lui dans leur dessin et leurs proportions. C’est dans le dernier quart du xixe siècle seulement que fut opéré le lotissement déplorable 1 de cette partie du domaine.

Une fois la grille franchie, on voit se dresser devant soi le château tel que Mansart l’a dessiné, précédé seulement de deux parterres à la française qui viennent d’être restitués pour agrémenter cette cour qui, d’ailleurs, autrefois devait être nue.

« Dire qu’il se dresse, écrit M. Léon Deshairs j, n’est pas ici employer une locution toute faite. Il y a vraiment dans la silhouette de ses toits, dans l’ascension de ses pavillons, dans l’harmonie altière de ses proportions générales, une élégance robuste, une noblesse qui saisissent dès l’abord d’admiration et de respect. »

La façade comporte un corps principal flanqué de deux ailes avancées qui se prolongent elles-

1. Préface de l’album sur le Château de Maisons. Calavas, éditeur.

mêmes par deux corps de bâtiment qui n’ont qu’un rez-de-chaussée surmonté par une terrasse. Le bâtiment principal, au contraire, comme les ailes, est couronné de grands toits couverts d’ardoises, souvenirs du moyen âge et de la Renaissance, meublés de lucarnes et de souches de cheminées monumentales d’un très beau caractère. Le pavillon central qui comporte un troisième étage où figuraient jadis les armes des propriétaires est surmonté d’un campanile alourdi par des couvertures modernes, mais dont le dessin général, cependant, est ancien.

La façade postérieure est plus simple et sans avant-corps proéminents. Elle s’élève au-dessus d’un fossé sec qu’enjambe un pont de pierre. En avant, s’étendaient jadis de nobles parterres aux perspectives régulières qui s’allongeaient jusqu’à la Seine et se continuaient même sur l’autre rive. Le pont n’a été bâti qu’au xixe siècle.

La construction, qui a très peu souffert du temps et que les hommes ont respectée, est en matériaux de choix, en pierre blonde de Chantilly. L’architecte a renoncé complètement aux mélanges de briques qui agrémentaient l’architecture du temps de Louis XIII. La décoration sobre et un peu monotone est tout entière empruntée aux motifs grécoromains, d’un classicisme rigoureux. L’ordre dorique règne au rez-de-chaussée, l’ionique au premier étage, le corinthien à l’attique. Très peu de sculpture ; çà et là seulement quelques médaillons, quelques masques, quelques motifs d’armes à l'an-

tique. On est aussi loin de la fantaisie gracieuse et compliquée de notre Renaissance que de la redondance du style baroque italien. Partout semble régner l’ordre avec la clarté.

On observera cependant que cette architecture classique encore pénétrée de souvenirs traditionnels {on retrouve à l’intérieur certains escaliers à vis construits à la mode gothique) n’a parfois qu’une apparente logique. L’escalier monumental, placé légèrement sur le côté, coupe de ses volées certaines fenêtres de la façade. Il s’éclaire par un lanternon qui se dissimule mal à côté du campanile central. Les grands combles à la française, qui s’éclairent apparemment par de majestueuses lucarnes, sont occupés en plusieurs endroits par des coupoles à l’italienne qui augmentent l’effet d’ampleur de certaines pièces d'apparat, mais sacrifient complètement les locaux du deuxième étage et font de telle lucarne un simple appareil décoratif, nécessaire à la symétrie, mais d’usage nul.

En général, du reste, ces combles et les logements qu’ils contiennent sont d’une distribution intérieure invraisemblable. Hors des pièces d’apparat du bel étage, on ne rencontre plus dans le château qu’entresols coupés presque inhabitables, que greniers compliqués et dédales de couloirs inextricables, tout cela n’étant, d’ailleurs, pas le fait d’aménagements postérieurs mais de l’insouciance des premiers constructeurs qui sacrifièrent tout ce que l’on a appris à goûter depuis comme confortable et faci-

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lité de vie, à la belle harmonie des façades et à la magnificence des appartements de réception.

Ce sont ceux-ci seulement où nous conduirons tout à l’heure le visiteur ; la chambre du belvédère central (désignée par une tradition incertaine comme la chambre de Voltaire) est, avec une autre pièce, dite chambre de Lafayette , la seule pièce de quelque intérêt du second étage.

Quant au sous-sol, il comprend une série de salles voûtées d’une très belle construction à l’usage de cuisines, de celliers et d’offices (on sait que le président de Maisons était grand amateur de bonne chère). On y remarque même une cave à vin avec des citernes récemment déblayées, d’une disposition fort curieuse.

On ne manquera pas de noter aussi, à propos des appartements du rez-de-chaussée et du premier étage, à côté de l'ampleur majestueuse des pièces, l’absence totale de tout caractère d’intimité. Tout est conçu en vue de l'apparat, sans souci du confort. Les pièces se commandent ou sont desservies par des escaliers dérobés, étroits et mal commodes. La multiplicité et la dimension des fenêtres, l’ouverture sur les deux faces font de ce bâtiment relativement peu profond comme une sorte de grand « casino » à l’italienne, conçu en vue de fêtes et de réceptions, mais difficile à habiter, à chauffer, à meubler. Les occupants successifs, après le xvne siècle, s’en sont bien aperçus, et l’on peut dire que c’est ce caractère qui faillit causer sa perte à l’époque

açacles latérale et postérieure du château, avec le foss<

moderne, nul acquéreur ne se souciant de vivre dans un cadre si somptueux, mais si peu pratique. Il est vrai de dire que les aliénations et les démolitions successives avaient, en supprimant tous communs, singulièrement compliqué encore la difficulté .

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