LES GRANDS APPARTEMENTS
Avant de monter l’escalier, on visitera d’abord les grands appartements du rez-de-chaussée, composés essentiellement de deux antichambres en enfilade et d'un salon d’angle, qui ont gardé la proportion et l’allure originale de la construction de Mansart. La décoration, malheureusement, des deux premières pièces n’a plus d’intérêt.
On y a disposé quelques belles toiles du xvne siècle, contemporaines de la construction, et qui donnent une idée de la décoration dont on se servait souvent dans les palais de ce temps où leurs qualités décoratives trouvaient un merveilleux emploi.
Dans la première pièce, ce sont des peintures italiennes, deux paysages avec figures de l’Albane, un Enlèvement d'Hélène du Guide et une Hersilie séparant Romulus et Tatius (1645) du Guerchin, ces deux tableaux ayant appartenu à Phélypeaux de La Vrillière pour qui Mansart construisit l’hôtel que l'on sait à Paris ; du Guerchin encore, les Filles de Loth , et la Manne dans le désert de Romanellrf dont on sait qu’il fut appelé à Paris par Mazarin pour décorer son propre palais et l’appartement d’Anne d’Autriche au Louvre.
Dans la seconde, sont des peintures françaises du xviie siècle, montrant la filiation de notre école et de l’école italienne, avec Simon Vouet, disciple des Bolonais et chef d’école en France, le Valentin qui
passa toute sa vie en Italie, Lahyre, Blanchard, Bourdon ( Descente de croix provenant de l’église Saint-Benoît de Paris), J ouvenet (l'Extrême Onction ) qui, bien qu’un peu plus tardif, appartient bien encore au même groupe, et le flamand francisé Philippe de Ghampaigne représenté ici par son morceau de réception à l’Académie, un Saint Philippe qui n’est guère moins bolonais que les précédents. Sur la cheminée, un groupe d'enfants attribué à Christophe Veyrier.
Le salon d’angle, ou chambre d’apparat, peut-être à l’occasidn salle à manger, car la destination des pièces n’avait rien de fixe, est orné d’une cheminée monumentale exécutée par Gilles Guérin et consacrée, M. Engrand l’a péremptoirement démontré1, à la glorification de Louis XIII, hommage de loyalisme du président de Maisons au souverain défunt. Des prisonniers enchaînés et accroupis supportent un médaillon du roi à l’antique, mais très reconnaissable ; au-dessous, un bas-relief, représente le roi dans un char de triomphe avec tout un cortège également antique.
Cette pièce a reçu deux magnifiques tapisseries : l’une, signée dtTTfehaglç et représentant la Bataille de Cassel , sort de Ta manufacture de Beauvais ;
1. Cetle communication de M. Engrand à la Société des Sciences morales de Seine-et-Oise (1910) n’est qu’un chapitre détaché de l’histoire du château que nous promet M. Engrand et à laquelle il a consacré des investigations patientes et fructueuses dont il a bien voulu nous faire libéralement profiter.
l’autre appartient à la série de ï Histoire du Roi tissée aux Gobelins sous la direction de Lebrun et représente la Défaite de V armée espagnole de Marsin près d'un canal à Bruges (1667), d’après un carton de de Sève. On y remarque encore des bustes en plâtre représentant Louis XIII d’après Varin, Richelieu d’après le Bernin et Mazarin d’après Lerambert, ainsi qu’un beau portrait de Louis XIV jeune, vers 1665.
Dans l’aile qui fait suite, deux petites pièces ont été consacrées à l’exposition d’une série de gravures et de dessins concernant l’histoire du château de Maisons, ses différents aspects et ses accessoires disparus, ainsi que l’iconographie de ses différents possesseurs, le président de Maisons, le comte d’Artois, le maréchal Lannes et le financier Laffitte. La seconde de ces pièces, mal éclairée par une fenêtre coupée en deux, mais dont la disposition est bien celle du temps de Mansart, était, paraît-il, le cabinet de travail du .président. Elle est décorée d’un plafond à compartiments représentant diverses allégories datant du milieu du xvne siècle.
Après les grands appartements du rez-de-chaussée, la visite se poursuit logiquement par ceux du premier étage qui sont situés au-dessus et ont gardé aussi leur caractère original et les dispositions réglées par Mansart. C’est l’appartement d’honneur ou appartement du roi qui s’ouvre sur le palier à gauche. Il débute par une vaste galerie qualifiée
parfois d'antichambre et qui est en somme la grande galerie des fêtes du château. Largement éclairée sur les deux faces, cette galerie présente comme plafond une série de voûtes et de coupoles qui ont dû être refaites dans la récente restauration, mais qui n’avaient jamais reçu la décoration peinte qu’elles paraissent appeler. A l'une des extrémités, du côté de l’entrée, se voit une tribune qui servait évidemment à loger des musiciens les jours de gala. A l’autre extrémité, une grande baie ouverte, garnie d’un balustre doré, sépare cette première galerie d’une pièce en prolongement que décore une cheminée monumentale dont les cariatides sont l’œuvre de Gilles Guérin . Sur la cheminée, se voit une copie du Louis XIV de Rigaud, datée de 1853, qui tient la place d’un Hercule du Guide mentionné par les anciennes descriptions du château.
Dans les deux parties de la galerie se voient des dessus de porte peints en trompe-l’œil, avec des vases décoratifs à l’antique, des couronnes de fleurs au naturel et au centre des potiches de type chinois dont la présence est très curieuse à relever dans cette décoration des environs de 1650-1660.
Les panneaux étaient garnis jadis de tapisseries que M. de Maisons le fils avait reçues au temps où il était chancelier de la reine mère. Arrachées à la Révolution, elles furent remplacées par des glaces, puis par des peintures que Laffitte commanda à Bidault et à Bertin et qui représentaient des paysages d’Italie et d’Espagne dans le style le plus
lu Salon Louis XIII.
ment voisin, il est vrai, des tapisseries que l'on disait avoir été faites d’après les cartons de Dürer. Ce n’étaient peut-être déjà que quelques répliques des célèbres Chasses qui passent aussi dans les inventaires anciens pour être « d’après Albert Dürer ».
Ces préliminaires solennels franchis, on entre dans la chambre du roi qui occupe l’angle du bâtiment. La décoration, solennelle encore et magnifique dans ses grandes lignes, en est assez composite. La boiserie du dessus de porte paraît dater de la fin de Louis XIV ou de la Régence ; l’alcôve a dû être refaite au temps du comte d’Artois, mais en utilisant des panneaux rocaille. La glace de la cheminée enfin est de style Empire.
Le panneau qui fait face à la cheminée a pu être encore garni d’une belle tapisserie de Y Histoire du roi représentant le Siège de Tournai/ d’après de Sève. Dans l’alcôve ont pris place trois portraits de jeunes princesses attribués à Largillière qui proviennent du legs fait par M. Chauchardaux Musées Nationaux. En face, une statuette en bronze du xvue siècle, de Louis XIV à cheval, dont le modèle ne paraît pas avoir été exécuté pour aucune des grandes effigies des places publiques. Au-dessus, une Bataille de Van der Meulen et, couronnant le tour, une frise provenant de l’appartement du Grand Dauphin aux Tuileries et représentant Y Education d'Achille par Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne.
L’appartement royal se complétait par une