‹ Le Chateau de MontbrunChapitre 4 sur 9 · LE SIÈGE · texte numérisé non relu

LE SIÈGE

Cependant les alentours du château de Montbrun présentaient un aspect imposant et terrible. La guerre, pour être moins bruyante à cette époque que de nos jours, n'en était ni inoins san-

glante ni moins impitoyable. Déjà bon nombre de morts et de blessés dans les deux partis attestaient la \igueur de l'attaque et de la défense.

Les assiégeants formaient comme une vaste ceinture d'hommes d'armes sur le bord extérieur du fossé. Les palissades, les barrières avaient été arrachées ou brisées à coups de hache ; les archers, cantonnés derrière des pavois et des abris de planches, tiraient incessamment sur tout ce qui se montrait sur la muraille. Les flèches, les carreaux, les pierres se croisaient en l'air, lancés par diverses sortes de machines dont l'usage s'est perdu depuis l'emploi exclusif du canon.

On entendait retentir dans toutes les

directions des ciis de guerre dillerents ; Montbrun, et que Dieu soit neutre I — A la lance ! à la lance ! — Saint Eloi pour Vabbé ! — Montjoie I Saint-Denis ! et par moments ces cris étaient dominés par le plus redoutable de tous : Guesclin ! Notre-Dame Guesclin ! Les fanfares des trompettes, les bravades des combattants ajoutaient encore à ce vacarme assourdissant. Un soleil radieux éclairait cette scène de carnage, dardant ses rayons de feu sur les boucliers.

L'armée assiégeante s'était partagée en deux corps, suivant les règles militaires du temps, afin d'affaiblir les assiégés en les forçant à diviser leurs forces. Les routiers et les vassaux de Solignac, sous les ordres de Bonne-Lance, dont

le sire de ISexon avait (Consenti à n'être que le lieutenant, s'étaient dirigés vers la poterne, ou fausse porte du château. Ce point, quoique très-fort, avait particulièrement attiré l'attention du jeune capitaine. Sansdaigner s'emparer d'une petite barbacane voisine où l'on avait mis quelques archers, peu inquiétants dans ce poste isolé, il ordonna à ses gens d'apporter une grande quantité de fascines, de troncs d'arbres et d'autres matériaux. On obéit, malgré la grêle de traits que les défenseurs de Montbrun faisaient tomber sur les travailleurs.

On alla couper dans la forêt voisine des arbres entiers, on les traîna à force de bras et on les précipita dans le foi^sé avec des mottes de gazon et des pier-

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res, de manière à former une sorte de chaussée. L'eau semblait profonde ; les assiégés accablaient les routiers de railleries grossières du haut des remparts.

Mais Bonne-Lance n'avait pas rôdé si longtemps autour de Montbrun sans utihté. En réalité , cet endroit offrait moins de profondeur que tous les autres ; il s'en était assuré d'avance. Aussi encourageait-il continuellement ses gens par sa parole et par son exemple; le sire de Nexon l'imitait , et bientôt la digue, commençant à paraître à la surface de l'eau, l'impatient Bonne-Lance calcula le moment où il Jui serait possible d'aller planter une échelle contre les murailles.

L'attaque n'était pas moins vive du

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côté de la porte principale du château; là se trouvaient les seigneurs français, Olivier Duguesclin , les deux Mauny, Galeran, le comte d'Armagnac et leur brillante compagnie. Cette troupe, qui se distinguait par l'éclat des armures, par ses bannières armoriées, ses panaches superbes, ses riches manteaux, ne se distinguait pas moins par son ardeur chevaleresque et son mépris du danger.

Elle avait assailli franchement l'entrée principale du manoir, et elle cherchait à enfoncer la porte de la barbacane au moyen d'une ])outre immense mise en mouvement par quarante bras robustes ; c'étaient les coups de cette espèce de bélier qui avaient retenti jusqu'à la couche mortuaire du trou-

badour. Déjà la porte craquait, les chevaliers se disposaient à se précipiter, l'épée à la main, dans ce corps de garde extérieur, dès qu'elle aurait cédé toutà-fait. En attendant ils laissaient les archers des deux partis échanger leurs flèches par-dessus les fossés, et, se couvrant négligemment de leurs écus, ils causaient '^ avec aisance et gaîté, comme s'ils eussent été en sûreté sous un solide abri.

En face d'eux, on voyait aller et venir, derrière les créneaux de la muraille, le baron de Montbrun , excitant ses gens à bien faire leur devoir. Souvent il dirigeait lui-»même les mangonneaux qui jetiiient des pierres énormes sur les assaillants, ou il lançait un trait contre un ennemi qui ne se couvrait

pas bien de son pavoi. Par moments, sa voix tonnante poussait son cri de guerre , répété aussitôt par ses soudoyers et ses vassaux. Plus d'un bon archer dans le camp des coalisés avait pris déjà le châtelain pour but, mais les flèches les plus fortes s'émoussaient contre sa cotte de mailles d'Espagne et son armure de Milan ; le fier chevalier n'y faisait pas plus attention que s'il eût senti des pois secs grésiller sur sa cuirasse.

Cependant, le sire de Montbrun était au fond plein de découragement et d'inquiétude. Il ne l'ignorait pas , ses gens se battaient à contre-cœur , et si la lutte avait eu lieu en rase campagne , plus d'un eût passé volontiers à

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l'ennemi. C'était seulement à force de sollicitations , de promesses et de menaces qu'il les avait déterminés à la résistance, car plusieurs voulaient se rendre sans combat. Le nom seul de Duguesclin les frappait de terreur , et si tout d'abord le seigneur breton se fût trouvé (ui-mêine en face d'enx , il eut été impossible de vaincre leur répugnance. Heureusement le terrible Bertrand ne paraissait pas , et Montbrun espéra qu'il ne viendrait pas ajouter à ses angoisses et aux dangers de sa position.

11 profita du moment où les efforts des assaillants semblaient se ralentir pour descendre du rempart et respirer en liberté, lls'éloignaunpeude lamuraîlle,

et , ôtant son casque , il jeta un coupd'œildansla cour d'honneur. Au centre de ce vaste espace, les servantes du château avaient allumé d'énormes feux; on chauffait des chaudières remplies d'huile, de poix, et même d'eau bouillante, destinées à être vidées sur les assiégeans au moment où ils tenteraient de monter à l'assaut. Plusieurs des pauvres femmes employées à cette besogne tremblaient en voyant tomber autour d'elles des flèches et des pierres lancées par l'ennemi ; mais dona Marguerite était au milieu d'elles et stimulait impitoyablement leur activité. Sa robe relevée dans sa ceinture, une pique à la main, elle allait et venait d'un air aussi tranquille que s'il se fût agi

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de surveiller les apprêts d'un gala.

Le baron s'approcha de sa belliqueuse épouse.

— Eh bien , dame, lui dit-il avec un accent de tristesse, j'avais raison de vous annoncer que cette journée serait chaude... Je ne puis résister longtemps à cette attaque vigoureuse si je ne suis secouru !

— Monseigneur, le père Gauthier doit être arrivé à Lastours en ce moment dans quelques heures, sans

doute , vous allez voir toute la garnison se rendre à vos ordres !

— Est-il bien sûr que ce prêtre se soit fidèlement acquitté de ma commission? J'ai été trahi ce matin... mes

projets ont été révélés. . . et j'ignore encore quel est le traître !

— Ce ne peut être votre chapelain , monseigneur, son afFection pour nous et son intérêt vous répondent de sa fidélité. Vous l'avez comblé de bienfaits ?. . .

— Qu'importent les bienfaits? Toutà-rheure,j'ai reconnu parmi mes ennemis mon écuyer favori, ce perfide Os- Avald en qui j'avais une confiance absolue. . . Le vilain semblait donner à un de ces étourneaux de chevaliers des renseignements sur le manoir ; il lui montrait l'endroit où les Brabançons montèrent une fois à l'assaut du temps de mes ancêtres... Indigné de la trahison de ce réprouvé , je lui ai moi-même

ajusté une flèche dans la gorge, et il a roulé dans le fossé.

— Et c'était bien fait, mon cher seigneur; mais, à propos de trahison, ne sauriez-vous me dire ce qu'est devenue cette eflrontée de Valérie? Depuis ce matin on n'a pu la retrouver!...

— Peste soit de cette fille ! dit le baron d'un air impatient; le jour où nous serons las de ses folies , nous saurons bien nous défaire d'elle, et ce jour viendra peut - être , si Dieu me prête vie... Voyez- vous, dame, en ce moment j'aimerais mieux avoir à côté de moi ce farouche Jacques Barbe-Noire que toutes les bacheleltes de France et d'Acniitaine ! Mais Jacques, par sa stupide admiration pour Bertrand Duguesclin ,

m'oblige à le tenir dans un cachot, et j'en suis marri, car il me fait grand' faute.

— Eh bien , monseigneur , ne pouvez-vous lui rendre sa liberté en l'obligeant à jurer...

— Non, par saint Martial! il ne jurerait pas... le coquin est rancuneux et il se tournerait ouvertement contre moi. . .

Un grand bruit s'éleva à l'extérieur; mille cris lui répondirent sur le rempart.

— il faut que je retourne là-haut!

dit: le baron en remettant son casque précipitamment ; dame, priez Dieu et saint Martin de nous avoir en leur garde, nous et nos biens !

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— Ainsi ferai, monseigneur; et en attendant , ajouta-t-elle gaîment , je vais préparer un chaudeau pour le cas où ces étrangers viendraient par-dessus les murailles réclamer de nous l'hospitalité...

Le baron atteignit le rempart; les clameurs qu'il venait d'entendre étaient causées par l'entrée des Français dans la barbacane, dont la porte venait enfin de céder. Tous les défenseurs de ce poste avancé étaient tués ou faits prisonniers.

— Malédiction ! murmura le châtelain; heureusement ils n'iront pas plus loin.

En effet , la barbacane étant séparée des murailles par la largeur du fossé.

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les assaillants ne pouvaient approcher avant d'avoir franchi cet obstacle. Rassuré de ce côté, du moins pour le moment, le sire de Montbrun tourna l'angle de la muraille afin de reconnaître où en étaient les travaux de Bonne- Lance. 11 fut effrayé des progrès des assiégeants dans cette direction. La digue était presque achevée, et déjà praticable ; le capitaine des routiers se préparait à s'élancer avec une échelle sur cette chaussée inégale et dangereuse, formée principalement de poutres et de branchages.

Le baron appela précipitamment autour de lui tous les hommes disponibles, pour l'aider à repousser les as-

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saillants. Mais un secours plus efficace encore lui vint tout-à-coup.

Gomme son mari, la châtelaine avait vu le danger; elle ordonna à deux varlets de s'emparer d'une chaudière remplie de poix bouillante, et de la porter du côté de la poterne; puis^ mettant le feu à cette substance éminemment inflammable, elle la fit vider sur les ouvrages des assiégeants. Le feu, activé par la résine, s'attacha aux poutres et au menu bois ; en un instant la digue fut en flammes.

Les routiers, et surtout Bonne-Lance, poussèrent des cris de rage en voyant détruire ainsi l'ouvrage de plusieurs heures; mais le baron, témoin de l'expédient ingénieux imaginé par la dame

de Montbnin, était dans un véritable enthousiasme.

— Par le sang-Dieu ! s'écria-t-il , vous êtes digne, doua Marguerite, de porter des éperons d'or .. Jamais on n'a trouvé pareil courage dans une créature en coiffe et en jupon !

— - Je vous avais dit, monseigneur, que je ferais tâter de ma cuisine à ces gentils visiteurs, répondit la virago avec une fausse modestie ; je n'y ai pas manqué !

— Malheureusement, dame, repi;it le châtelain d'un air d'anxiété en regardant un cavalier qui s'avançait à toute bride vers le manoir, voici un ennemi dont il ne nous sera pas aussi facile de nous débarrasser... L'infernal

dogue breton va nous sauter à la gorge !

Et il revint sur ses pas avec sa troupe, laissant la châtelaine contempler les flammes qui dévoraient la chaussée, malgré les efforts des routiers pour les éteindre.

Bertrand Duguesclin accourait en effet pour prendre part à la bataille. Les seigneurs français, rencontrant plus de difficultés qu'ils n'avaient pensé à emporter la place, avaient envoyé message sur message au chevalier pour réclamer l'appui de ses conseils et de sa vaillance dans cette entreprise hasardeuse, où ils s'étaient engagés à cause de lui. Soit dignité blessée, soit tout autre motif, Duguesclin se rendait en-

lin à leurs vœux; il vint mettre pied à terre devant la barbacane.

Sa vue ranima le courage des assiégeants, et celui de l'ennemi diminua en proportion. Il fut salué par son propre cri de guerre, que toute l'armée répéta à la fois avec enthousiasme. Pour lui, sans rien dire, il entra sous la voûte ; les Français tenaient conseil sur le moyen le plus prompt de traverser le fossé.

— Par la croix-Dieu ! frère Bertrand, dit Olivier Duguesclin d'un ton de reproche, vous nous avez mis en grand embarras; mais enfin vous voici et tout peut se réparer.

— Frère Olivier, et vous, sires et seigneurs, dit le chevalier breton d'un

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air triste, ne m'accusez pas de mauvaiseté-, les devoirs les plus sacrés me retenaient ailleurs... en ce moment encore, il faut que nous avisions à parachever promptement cette entreprise, car mon honneur et mon serment m'obligent à quitter incontinent ce pays...

— Eh bien, dit le comte d'Armagnac, construisons une chaussée comme a fait ce brave chef de la compagnie franche, et allons forcer le pont-levis.

— Mes vaillants seigneurs, demanda Duguesclin, vous en remettez- vous encore à moi du soin de conduire cette aflliire, et consentez-vous à me laisser agir à ma volonté?

— De tout notre cœur, messire.

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n'êtes-vous pas notre capitaine et notre chef?

— Eh bien donc, par saiût Yves, je vais m'aboucher avec ce damné baron de Montbrun.

Il monta un escaher obscur qui conduisait à la plate-forme crénelée de la barbacane, presque au niveau du rempart. Les chevaliers le suivirent sur cette terrasse encombrée d'arbalétriers et d'archers; les flèches et carreaux tombaient dru comme grêle autour d'eux. Duguesclin s'avança vers le parapet du côté du château, et il fit sonner du cor pour annoncer aux défenseursde Montbrun qu'il avaitl'intention de parlementer. On cessa aussitôt, de part et d'autre, de s'envoyer des projec-

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tîies ; le châtelain parut à l'embrasure d'un créneau. Bertrand leva sa visière, et dit d'une voix distincte , malgré la distance qui le séparait du rempart :

— Baron de Montbrun, me reconnaissez-vous ? Je suis Bertrand Diiguesclin.

Le châtelain n'imita pas la confiance intrépide de son ennemi; sa visière resta baissée.

— Eh bien ! que me voulez-vous ?

s'écria-t-il ; de par saint Marlial! quel motif avez-vous d'assaillir mon castel et de mal mener mes serviteurs ?

• — Gomment! double traître!... interrompit impétueusement le seigneur français.

Mais il se contint aussitôt et il reprit avec calme :

— Ecoutez, sire de Montbruu, vous avez entendu parler de moi... si je me mets en tête d'avoir votre castel, ni vous ni vos gens ne serez en état de m'em pêcher de le prendre. A cause des traîtrises et félonies dont vous vous étiez rendu coupable, je m'étais promis de ne vous accorder ni pardon ni merci ; mais une personne que je tiens en haute estime et affection vient d'intercéder pour vous ; je veux vous épargner en sa considération... Voici donc ma proposition : Vous n'avez aucun espoir d'être secouru; l'émissaire que vous aviez envoyé à Lastours est tombé entre nos mains. Consentez à reconnaître

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le prince Charles cinquième de France pour votre souverain et à recevoir dans votre manoir une garnison française ; engagez- vous à traiter comme votre parent et comme légitime héritier de la seigneurie deLastours le jeune Guillaume de Lastours, dont l'existence vient de se révéler d'une manière presque miraculeuse; consentez enfin à avoir en estime et bonne amitié votre nièce, la noble damoiselle Valérie de Lastours, et à lui permettre de se retirer dans tel couvent qu'elle voudra de France ou d'Aquitaine... à ces conditions je jure Dieu et saint Yves que votre personne et vos biens seront respectés, vous remettant les méfaits dont vous vous êtes rendu coupable envers moi.

ITT.

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Le baron resta un moment sans répondre ; il semblait en proie à une vive anxiété.

— Celui qui pense que Guillaume de Lastours existe encore se trompe durement, répondit-il enfin d'une voix altérée; et l'homme qui prend ce nom et ce titre a menti comme un chien !

— On te fournira des preuves, baron obstiné et de mauvaise foi ! reprit Duguesclin avec colëre ; mais écoute encore, je vais te prouver combien je suis disposé à la clémence : Nous nous sommes mutuellement défiés hier, nous avons échangé nos gages. Quoique par ta déloyale conduite tu te sois rendu indigne de l'honneur que je veux te faire, je requiers sur-le-champ avec toi le

combat singulier. Seulement tu jureras si tu es vaincu , de recevoir mes conditions ; si je suis vaincu, je serai à ta merci... Acceptes-tu?

Le châtelain de Montbrun garda encore le silence. Pendant qu'il hésitait peut-être, une flèche lancée, soit par hasard soit à dessein , partit des remparts et alla effleurer le visage de Duguesclin. Le bon chevalier attribua à une préméditation coupable de la part de Montbrun, cet acte inattendu d'hostilité.

— Ah ! mécréant ! s'écria-t-il impétueusement , tu ne respectes rien , pas même les droits des parlementaires et hérauts ?. . . Tu veux la bataille , eh bien! croix-Dieu! tu l'auras bonne I.,,

A l'assaut î cria-t-iî d'une voix retentissante; à l'assaut, braves gens ! à sac, à pillage ! Guesclin ! Notre-Dame Guesclin!

Cet élan belliqueux se propagea dans l'armée ; les mangonneaux et les autres machines de guerre recommencèrent à jouer ; la lutte redevint furieuse sur tous les points.

— Construisons une chaussée avec les débris delà barbacane ! disait un des

seigneurs français.

— Jetons un pont sur le fossé , proposait un autre.

— Tout cela demanderait trop de temps, interrompit Duguesclin, et chaque minute que je perds est une félonie envers mon souverain légitime... Mais

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nous restons ici à voir les archers et gens de trait exercer leur adresse r ce brave jeune homme, le capitaine Bonne- Lance , a mieux employé son temps de Tautre côté du manoir... Allons le rejoindre et montons à l'assaut... Par saint Yves ! je fais vœu de ne boire ni manger avant d'avoir châtié ces méchants gars et leur vilain maître !

— Allons trouver Bonne-Lance, dit le comte d'Armagnac, car ma foi ! il a besogné en capitaine expérimenté.

Malgré leur répugnance secrète à profiter de l'avantage que le chef des routiers avait su prendre, ces fiers seigneurs se joignirent à Duguesclin. Quittant la barbacane , où on laissa seulement une garde suiTisante afin d'empc-

cher rennemide reprendre ce poste important , ils se dirigèrent vers le point où le jeune aventurier redoublait d'efforts pour réparer la digue et la rendre praticable encore une fois.

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