LE VICOMTE DE MONTEIL
Un soir , les chevaliers et les frères servants de la commanderie de Bourf];aneuf étaient réunis dans la chapelle pour la prière, quand le son du cor se fît
entendre à la porte du château. Bientôt
ni. lô
après, un vieillard, d'un aspect grave et majestueux, entrant dans la chapelle, vint prendre, place au milieu des frères. Son coutume tranchait d'une manière remarquable sur celui des autres assistants, i.es chevaliers, agenouillés dans leurs stalles , étaient revêtus de la robe noire, du manteau noir à pointe, avec le capuce et la croix blanche; rien ne pouvait faire reconnaître dans cet extérieur simple et religieux les guerriers qui avaient fait de si grandes choses ; on eût dit de moines pacifiques destinés à passer leur vie dans l'enceinte d'un monastère. Le nouveau venu , au contraire , avait un équipage brillant et cavalier, qui rappelait les gloires mondaines et la puissance temporelle.
Il portait bien la sopraveste, ou cotte d'armes rouge, prescrite par les jéglements du pape Alexandre IV ; mais excepté cette cotte d'armes et la croix blanche qu'un chevalier ne dev{)it jamais quitter, on n'eût pureconnaUreà aucun autre signe qu'il appartînt à l'ordre de Saint-Jean. Un chaperon de drap d'or couvrait ses rares cheveux gris; le manteau écarlate jeté par-dessus ^a sopraveste était bordé d'hermine. Gr ce personnage devait être d'un rang bien éminent ou être bien sûr de son crédit pour oser se présenter devant le chapitre avec cet extérieur de courtisan, car le grand-maître avait pubhé récemment des ordres très-rigoureux contre le luxe des vêtements.
Mais nul ne parut remarquer cette infraction à la règle , et la présence de cet étranger , à la figure martiale et couverte de cicatrices,* causa une vive sensation dans l'assemblée. Cependant on n'interrompit pas la prière, malgré les distractions fréquentes de beaucoup de chevaliers, distractions que Blanchefort, grand-prieur d'Auvergne, réprima d'un regard sévère. Seulement , l'office terminé, au moment où l'on allait quitter les stalles, il dit d'une voix forte et sonore :
— Mes frères , nous allons chanter un Te Benm pour célébrer l'heureuse arrivée parmi nous du noble vicomte de Monteil , le frère selon la chair de notr^ illustre grand-maître î
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Et le Te Deum fut entonné avec enthousiasme.
Au sortirde lachapelle, tout le monde entoura le nouveau venu d'un air respectueux pour le féliciter de son retour. Quelques-uns des plus vieux chevaliers semblaient retrouver en lui un compagnon d'armes et hii serraient aiTectueusement la main. Le grand-prieur l'embrassa à plusieurs reprises; ce voyageur en elFet était son oncle , ce fameux vicomte de Monteil, qui avait acquis tant de gloire au siège de Rhodes.
— Soyez le bien venu dans la langue d'Auvergne, bel oncle, dit Blanchefort après les premiers transports. Nous ap-
portez-vous des nouvelles de notre bienaimé gcand-maître et de nos frères de l'île de Rhodes?
— Je viens de la cour de France , mes frères, dit le vicomte, et il y a déjà longtemps que j'ai quitté l'île; mais tout va bien... Les Ottomans au milieu de leur puissance sont tributaires de notre saint ordre.
— Gloire à Dieu ! gloire à Dieu ! s'écria-t-on avec transport.
— Et serons-nous encore longtemps les gardiens de ce sultan infidèle? demanda un chevalier.
~ Frère, dit le vicomte avec sévérité, le prince Zizim n'a pas de gar-
diens, il n'a que des défenseurs; la commanderie de Bourganeuf est uu asile et non pas une prison... Du reste, ajouta-t-il en radoucissant sa voix , je n'ai pas de raisons pour vous cacher la vérité... votre tâche à l'égard de notre hôte illustre est finie... Par les ordres de monseigneur le grand-maître, le sultan devra partir demain pourRome, où l'appelle Sa Sainteté le pape Innocent. . . Le baron de Sassenage, envoyé du roi de France Charles huitième, arrivera aussi demain avec une nombreuse escorte pour accompagner le prince.
Il doit coucher aujourd'hui à mon château de Monteil, et il sera de bonne heure ici. . . qu'on se tienne prêt à le recevoir.
Ces nouvelles excitèrent une grande fermentation parmi les chevaliers ; le vicomte allait être assailli de questions , mais il y coupa court tout d'un coup :
— Mes frères , dit-il , j'ai à m'entretenir avec le prieur ; laissez-nous.
On obéit sur-le-champ, et le vicomte demeura seul avec son neveu.
— Puis-je voir le prince? demandat-il aussitôt.
— Oui, monseigneur ; mais nous le déciderons avec peine , je crois , à ce nouveau voyage !
— Il faut pourtant le décider, beau
neveu ; le pape l'exige et mon noble frère a promis. . .
— Zizim est toujours défiant , reprit Blanchefort ; il va encore une fois nous accuser de trahison... Je vis dans une continuelle inquiétude à cause de ses complots; son Hussein-Bey est un enthousiaste de fidélité qui l'encourage à la résistance... Notre mission n'est pas facile, monseigneur!
— Tâchons de la mener à bien, beau neveu, dit le vicomte, et rendonsnous à la tour... Il faut à tout prix qu'il consente à ce départ : l'avenir de notre Ordre en dépend î
Les chevaliers, précédés de quel-
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ques servants qui portaient des flambeaux, traversèrent la cour et arrivèrent au pied de la tour à six étages occupée par le sultan. Elle était bâtie de petites pierres taillées en pointes de diamants; la cime, se dessinant vaguement dans Tobscurité d*un ciel nébuleux, effrayait le regard par sa prodigieuse élévation. Des jets de lumière s'élançaient de toutes ses ouvertures; on eût dit d'un embrasement intérieur; et, s'il se trouvait encore dans la campagne voisine quelque manant attardé, il devait considérer avec effroi cette masse noire, avec ses yeux de feu, étincelants et rouges comme les trous d'une fournaise. Mais pas une ombre ne passait devant ces fenêtres, aucun
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bruit ne se faisait entendre dans le silence de la nuit. Seulement un murmure lent, sourd, monotone, semblable à celui d'une fontaine, semblait sortir de la chambre de Zizim.
— Son esclave favori lui lit le Koran, dit Blanchefort.
Et telle était la superstition du temps, que les deux braves chevaliers se signèrent à la fois.
Dès qu'ils eurent touché la porte de la tour, elle s'ouvrit, et la petite troupe se trouva dans une salle de bains richement décorée à la manière orientale. Une eau parfumée s' échappant goutte à goutte d'un robinet d'argent,
tombait dans un bassin de marbre.
Quelques esclaves noirs, couchés sur les tapis, près de la porte, yeillaient, sabre nu, comme dans les sérails de l'Asie. Blanchefort ordonna à l'un d'eux d'aller demander au sultan s'il voulait les recevoir. L'esclave mit la main sur sa tête en signe d'obéissance, souleva une portière de lampas qui cachait un petit escalier pratiqué dans l'épaisseur de la muraille, et monta gravement, après avoir déposé son sabre sur la première marche. 11 n'y avait à l'appartement supérieur qu'une portière en étoffe comme celle de la salle de bain ; on pouvait donc entendre ce qui se passait dans la chambre du sultan.
L*esclave était entré depuis un mo-
ment, et semblait attendre qu'on lui adressât la parole.
— Que veux-tu, Youmis? demanda en arabe une voix rude et accentuée.
— Très-grand , très-magnifique , très-sublime sultan, le Franc qu on appelle Blanchefort et un autre chevalier demandent à entrer pour baiser la poussière des pieds de ta hautesse...
— Youmis, dit la voix avec impatience, personne, tu le sais bien, ne baise plus la poussière de mes pieds, excepté deux ou trois malheureux esclaves comme toi!.. Oublie ce langage, qui ne convient plus à ma fortune...
les Francs ne s'inclinent pas devant les fils du prophète !... C'était écrit!...
Il y eut là encore un moment de silence.
— Introduis-les, Youmis, reprit le sultan : il ne faut jamais faire attendre 1 le maître qui veut entrer, car il s'irritera contre les gens de la maison, et les écrasera de sa colère !
L'esclave vint chercher les deux che- Yaliers.
SdlTE DU PRÉCliBiîOT.
Quand la portière se souleva, ils furent éblouis par l'éclat des bougies qui remplissaient la salle. Elles étaient dis* posées circulairement suivant la forme
de l'édifice; chacune d'elles se réfléiiî. la
tait dans une petite glace de Venise, de manière à se multiplier à l'infini, comme à la fête des fleurs dans les jardins de Bagdad; on eût cru voir une immense traînée de feu. Des tapis de Perse s'étalaient sous les pieds; des coussins de velours, surchargés de perles et de broderies, se gonflaient sur les divans. Aux murailles, tendues de brocart d'or, étaient attachés des trophées d'armes étincelantes de pierreries. Des œufs d'autruches se balançaient au plafond, comme dans les mosquées; une jiiche , pratiquée dans la muraille, semblait préparée pour recevoir le Koran. Une aiguière d'or, placée sur une table de bois de sandal, contenait de l'eaudcrose pour les ablu-
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lions; des cassolettes du plus riche travail laissaient échapper des parfums délicieux en fumée blanche et transparente. Partout brillait quelque chose derare et de précieux; les diamants, les rubis, les émeraudes scintillaient partout comme des gouttes de rosée au lever du soleil. Les chevaliers de Rhodes avaient pillé longtemps les vaisseaux de rinde pour embellir la prison de Zizim!
Le sultan, à demî-couché sur le divan, avait une attitude méditative et iatiguée. On éprouvait d'abord, en le voyant, un sentiment d'efifroi. Sa taille était athlétique ; sa tête semblait mon- .su-aeuse sous son turban vert; ses yeux
noirs et hagards saillaient sur sa figure basanée ; son nez aquilin se courbait tellement, qu'il touchait presque à la lèvre supériaure, couverte d'une épaisse moustache. C'était, si l'on en croit les auteurs, tout le portrait de son père Mahomet. Quand celte mâle figure était animée, quand ces yeux torves lançaient des éclairs, quand cette stature gigantesque se grandissait encore par la colère, peu d'hommes étaient capables de regarder le sultan sans pâlir. Zizim, monté sur un cheval de bataille, entouré de soldats, excitant au carnage, fauchant des têtes avec son damas, devait donner l'idée du génie de l'extermination. Mais en ce moment son œil éteint, sa tête puissante pen-
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chée sur un coussin, son corps languissamment drapé dans une robe de cachemire blanc , n'inspiraient que la pitié. On souffrait à voir ce lion du désert enfermé dans une cage étroite où il ne pouvait ni se retourner ni
rugir.
Hussein-Bey, son favori, achevait de lui lire le Koran. C'était un vieillard encore vigoureux, avec un regard d'aigle et une longue barbe blanche qui tombait majestueusement sur sa poitrine. Il remit dans sa niche le livre sacré des musulmans et se tint immobile près de son maître , les bras croisés sur la poitrine, en attendant des ordres.
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Les deux chevaliers saluèrent avec courtoisie. Le sultan, sans se déranger, fit un signe de tête amical au prieur ; un mouvement de la main suffit pour le vicomle , qu'il ne reconnaissait pas, quoiqu'il l'eût vu à Rhodes. Gomme Blanchefort et Monteil avaient appris l'arabe pendant la guerre contre les Turcs, la conversation eut lieu dans cette langue.
— Sublime sultan Gem, dit le prieur, je présente à ta hautesse le vicomte de Monteil, mon oncle très-cher et frère de notre illustre grand-maître.
— Que Dieu soit avec lui, répondit
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le sultan avec le laconisme mahométan.
— Il apporte à ta hautesse d'importantes nouvciles de la part de notre grand-muphti et des sultans de l'Europe, reprit Blanchefort embarrassé pour annoncer au prince le changement survenu dans son sort.
— Dieu est grand ! dit simplement Zizim.
Et après un moment de silence :
— M'apporte-t-il la liberté?
Blanchefort releva avec empressement ce mot qui lui fournissait une
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transition toute naturelle pour en venir à ses fins.
— Est-ce que ta hautesse n'est pas libre? reprit-il. Nos voies ne sont-elles pas droites, nos ènaes bienveillantes ?
Nous nous empressons de satisfaire tes
désirs; tu parles et nous obéissons
Quelqu'un de nous a-t-il blasphémé ton prophète ? Quelqu'un a-t-il troublé
ta prière? Nous avons respecté ta
hautesse comme un grand prince; personne n'oserait toucher un cheveu à la tête de ton esclave. Si nous t'entourons de gardes , comme un trésor précieux, tu le sais bien , c'est pour te défendre contre les desseins de ton frère. . . Pourquoi donc dire sans cesse t c Je ne suis
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pas libre? » Pourquoi te défier toujours de tes amis?...
— Blanchefort, dit le sultan avec gravité, ton cœur est bon, mais ta parole est légère. Quand l'habitant de l'Atlas a surpris des aiglons dans un creux de rocher, il les enchaîne pour profiter de la chasse de leur père : moi je suis un de ces aiglons... Je puis bien encore étendre mes ailes, mais non pas monter dans les nuages et voler vers les hauts minarets... L'aiglon est-il libre parce que son père lui apporte en abondance la gelinotte des sables, parce qu'il a du soleil et de la pluie sur son
roc? Allonge sa chaîne, allonge-la
encore, et l'aiglon te dira : « Je ne peux
pas aller aiguiser mon bec au sommet des cèdres ; je ne peux pas aller combattre les outardes de l'oasis » Ma
cbaîne, à moi, a beaucoup d'anneaux, mais vous en avez toujours un bout dans la main droite. C'était écrit!
— Si ta hautesse s'ennuie dans cette tour, dit le vicomte, prompt à saisir i'à-propos, nous pourrons te conduire ailleurs...
— Allah ! n'ai-je pas assez parcouru en pèlerin ce monde si grand? dit le sultan en laissant tomber ses bras avec abattement. J'ai vu les rives de l'Euphrate et les vastes plaines des enfants d'Assur. J'ai entendu la voix des faquirs
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de Médine et j'ai arrosé de mes larmes la rose du Garmel. Je me suis assis sous les dattiers du Caire, et, comme un vagabond qui n'a pas de patrie, je me suis caché dans les antres du Taurus... J'ai traversé les mers comme l'oiseau des tempêtes ; j'ai foulé le sol des Francs et je suis enfin arrivé tout épuisé à
cette tour, où je dois mourir Dieu
est grand ! que ce qui est écrit sur la table de prédestination s'accomplisse!
— Et cependant, dit le vicomte avec un empressement irréfléchi, les sultans de l'Europe t'appellent à Rome, la ville sainte des chrétiens. . . demain tu verras les firmans et une escorte royale attendra tes ordres !
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A cet aveu précipité , Zizim se leva brusquement et s'élança vers son sabre suspendu à la muraille. Il poussa un cri rauque, frappa dans ses mains ; aussitôt les musulmans, qui remplissaient la tour, entrèrent dans la salle avec impétuosité en brandissant leurs yatagans.
Le vieil Hussein-Bey , jusqu'à ce moment immobile comme une statue, s'éveilla tout-à-coup de sa torpeur, bondit jusqu'à son maître et tira un long poignard qu'il portait à la ceinture.
Tous environnèrent le sultan, les yeux lixés sur lui , comme pour deviner ses volontés.
Cependant les deux chevaliers étaient restés calmes. Zizim, au contraire,
paraissait en proie à une fureur terrible ; des mots entrecoupés sortaient de sa bouche; son corps de géant tremblait d'émotion.
— Qu*y a-t-il entre ta hautesse et nous ? dit enfin Blanchefort. Pourquoi tirer le sabre quand il faut se servir de la parole?
— Vous TOUS servez de la parole comme le serpent de son venin, s'écria le sultan ; hommes pervers, j'ai deviné vos projets... Vous voulez me livrer à mon frère. .^^
— L'esprit du mal t'a soufflé cette pensée, sullan Gem , s'écria le prieur.
Je le jure par le Dieu des chrétiens, si je croyais que quelqu'un eût ce désir, je me ferais tuer mille fois plutôt que de te laisser sortir d'ici !
Zizim jeta autour de lui un regard défiant; puis, abandonnant son sabre sur le divan, il saisit la main de Blanchefort, l'entraîna dans le cercle de ses défenseurs et lui dit à voix basse :
— Ton âme est pleine de générosité, Blanchefort, je le sais; mais on te trompe... Ecoute, Bajazet a promis quatre cent mille pièces d'or à celui qui me livrerait entre ses mains... îiussein-Bey, fils d'Ali , me l'a juré par îa
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tête de son père, et Hussein-Bey n*a jamais menti !
— Des méchants ont égaré l'esprit de Hussein-Bey, sultan, et si Bajazet a fait cette promesse au pape Innocent, le pape Innocent Ta repoussée avec mépris Mais pourquoi des esclaves viennent -ils se placer entre nous ?
Sur un signe du prince , les musulmans disparurent derrière les tentures.
Hussein rengaina son poignard et retomba dans son immobilité de marbre. Cependant ses prunelles ardentes étaient toujours tournées vers le vicomte, dont la présence excitait ses alarmes.
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Le prieur s'efforça de persuader à Zizim qu'à Rome il serait plus libre et plus heureux qu'à la commanderie. Il chercha à lui donner une haute idée de la générosité des princes chrétiens, en particulier du pape et du grandmaître de Rhodes. Le sultan secouait la tête et disait :
— Mon frère est si puissant ! Qu*y a-t-il d'impossible au fils de Mahomet?
Enfin Blanchefort parut décidé à frapper un grand coup.
— J'accompagnerai ta hautesse dans ce voyage , dit-il ; mais tu auras près
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de toi un autre défenseur , un autre ami... le baron de Sassenage.
Zizim releva -vivement la tête.
— Le père de la jeune fille? demanda-t-il avec émotion.
— Oui, le père de cette belle Hélène qu'on t'eût donnée pour épouse si tu avais voulu adorer notre Dieu *.
— Cette jeune fille est la houri des vrais croyans, et son père un vénérable vieillard plein de sagesse et de justice, dit le musulman tout pensif, mais je
* Ziiim avait demeuré à Sassenage, dans le Dauphiné , sous la jarde du baron de ce nom, ayant d'habiter Bourganeiif.
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suis fils du croissant et Mahomet est le prophète de Dieu !
11 resta absorbé dans ses réflexions en poussant de temps en temps des exclamations tirées du Koran. Les chevaliers attendirent un moment qu'il leur adressât la parole ; mais il s'était voilé le visage, et des sanglots étouffés sortaient de sa large poitrine. 11 fit un signe de la main pour ordonner aux assistans de s'éloigner.
— Ta hautesse partira-t-elle demain ? demanda le vicomte avec ténacité.
— Le sultan Gem veut mourir
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dans le pays de Philippine de Sassenage !
Et les chevaliers se retirèrent sans avoir obtenu d'autre réponse.