RESTAURATION DU CHATEAU
qui a présidé à l’exécution de certaines parties sculptées, on peut dire avec M. Le Cœur : « Nous devons considérer comme fort heureux que les travaux aient été conduits avec une certaine lenteur, car les architectes d’alors ne comprenaient pas l’esprit dans lequel on doit conduire la restauration d’un ancien édifice (pl. XI, XII).
» A cette époque, l’étude de l’archéologie monumentaleétait chose nouvelle, à laquelle les hommes jeunes paraissaient seuls s’intéresser; les architectes, du reste fort habiles, chargés alors de la restauration du château de Pau, se montrèrent assez peu préoccupés de mettre les nouveaux «travaux en harmonie avec le style dominant de l’édifice. »
l’iG. 20. — Plan général des abords du château et du parc.
A. Château. — B. Place Grammont. — C. Ancien champ Batailhé. — 1). Ancienne église Saint-Martin. — E. Basse-Plante. — F. Haute-Plante.
G. Cimetière. — H. I. Parc. — K. Ancien pont.
L’observation présentée par notre cher confrère et ami n’est que trop justifiée, surtout dans les restaurations intérieures exécutées sous le règne de Louis-Philippe. Sans nous appesantir davantage sur ce qui a été fait, nous nous bornerons à regretter que l’on n’ait pas cherché à restituer quelques-unes des cheminées et des boiseries dont il restait encore quelques fragments, et que les planchers aient été refaits sans tenir compte des dispositions, des décorations et des arrangements primitifs. L’ameublement du château, qui date de la même époque, a été établi dans des conditions identiques à celles de la restauration. La plupart des bahuts, des lits, qui sont donnés comme meubles authentiques, ayant fait partie de l’ancien ameublement du château, sont, pour la plupart, composés d’éléments divers appartenant le plus souvent à des époques complètement dilTérentes.
D’autres, entièrement restaurés, ont été modifiés pour les approprier à un usage déterminé ; ils ont perdu ainsi tout l’intérêt qu’ils pouvaient avoir.
Cependant on peut remarquer deux ou trois cabinets, dont un, en ébène, qui est de toute beauté.
Tout l’intérêt de l’ameublement du château réside dans les belles tapisseries de haute lisse tirées du Garde-meuble; admirables de conservation, elles peuvent être considérées comme les plus précieuses que nous possédions en France. On remarque surtout, au deuxième étage, des tapisseries de Flandre, représentant les mois et les saisons. Les plus anciennes tapisseries conservées au château de Pau se trouvent dans les petits appartements du nord; ces appartements étant peu visités, elles ne sont pas connues comme elles mériteraient de l’être (i).
Disons, à ce propos, qu’on ne saurait regretter trop vivement que, pour mettre de mesure certaines de ces tapisseries, on les ait souvent coupées ou repliées en dessous.
Les travaux de restauration, arrêtés en i848, furent repris et menés rapidement de 1852 à 1855 (pi. IX, X, XI, XII, XIII, XIV).
C’est à cette époque que l’on refit le couronnement et la terrasse du Donjon, et que l’on commença la restauration de la cour d’honneur. Ce n’est qu’en 1864 que le gracieux portique de trois arcades, qui ferme la cour à l’est, fut achevé. Nous devons cet ouvrage, une des plus belles parties de la restauration du château, à M. Ancelet (2). Ce portique a été composé en empruntant au palier du premier étage du grand escalier d’honneur ses voûtes aux nervures délicates et finement profilées, et en faisant revivre dans les pilastres les motifs les plus heureux des sculptures exécutées dans les fenêtres de la cour (3) sous Henri IL Sans les couronnes un peu trop lourdes, placées au-dessus des petites fenêtres à gauche et à droite des arcades, et les contre-pilastres trop maigres qui supportent la retombée des arcs, on pourrait croire que cet ouvrage appartient à la plus belle époque de la renaissance du château (pl. IX, X).
Les bâtiments qui relient le portique à la tour Montaüzet, destinés aux bureaux et aux logements des fonctionnaires, furent construits en même temps (pl. VI).
L’architecte a reproduit, pour ces nouvelles constructions, l’architecture des bâtiments de la cour attribués à Gaston X. On peut regretter qu’il ait pris, pour couronnement de la tour à l’angle, les corbeaux et les mâchicoulis de la tour Montaüzet (onzième siècle) au lieu du couronnement de la tour Bilhères (quatorzième siècle) construite par le même Gaston (pl. XV, XVII).
La restauration de la façade du midi, terminée en 1868, a complété la mise en état des extérieurs ; dans cette restauration, l’architecte a cru devoir accuser au dehors la cage de l’escalier d’honneur qu’il a renfermée dans un pavillon sur lequel vient s’arrêter l’architecture des Gastons (pl. XI, XII, XXII, XXVI).
Les terrasses du rez-de-chaussée et du premier étage ont été reliées entre elles par des
(1) Voyez plus loin : Documents et pièces justificatives, p. Gl et G2.
(2) Ancien pensionnaire de la’cadéinie de France à Home.
(3) Hàtiment du midi.