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LES VISITEURS CÉLÈBRES DU CHATEAU

Les souverains du pays ne sont pas les seuls qui aient doté de souvenirs leur vieux château royal. Dans ce palais situé sur la frontière de deux grands royaumes, l'hospitalité béarnaise s'exerça souvent, cordiale et magnifique. Il faudrait revenir sur les temps anciens de l'histoire locale, si l'on voulait recueillir les noms de tous les hôtes illustres qui nous ont laissé la mémoire de leur séjour. Des rois de France comme Louis XI et François Ier, visitèrent le futur berceau des héritiers de leur couronne, « Henri II, dit M. de Jouy, reçut Charles- > Quint à Pau, avec toute la munificence d'un grand j> monarque et toute la grâce d'un grince français, d Il aurait dû dire béarnais; car la courtoisie des Béarnais est devenue proverbiale. Que de nobles princesses ont passé dans ces lieux dont elles aimaient plus tard à se rappeler les charmes paisibles ! Nous avons raconté que Jeanne d'Albret avait accompagné vers son auguste fiancé la reine Elisabeth, sœur du roi de France. Assise sur le trône des Espagnes, la malheureuse épouse de

Philippe II, qui la trahissait pour la princesse d'Eboli, dont nous avons déjà parlé, écrivait à son oncle de Béarn pour lui dire : Je riay point oublié la bonne chère que vous m'avez faicle à Pau! Ici parut encore Marie-Louise d'Orléans, la veuve du dernier roi d'Espagne de la maison d'Autriche, la fille de l'illustre Henriette d'Angleterre, immortalisée par Bossuet. Ici, quelques années après, la reine, femme de Philippe V et ce prince lui-même s'arrêtaient en passant. Après les reines reçues au château, il faut citer madame de Maintenon , lorsqu'elle conduisait le duc de Maine dans les Pyrénées.

De tout temps, avant, pendant et après la Révolution, le palais de Pau ne cessa d'attirer l'attention; il n'offrait plus aux yeux que des murailles nues et dégradées , et l'on aimait encore à parcourir ses vastes salles désertes, parce que l'ombre du bon Henri les animait toujours! Quel nombre infini de visiteurs célèbres depuis le commencement du siècle seulement !

Le 22 juillet 1808, Napoléon et Joséphine firent à Pau leur entrée solennelle, au milieu des acclamations de la population entière. LL. MM. IL logèrent au château de Gelos. Après les réceptions officielles, l'empereur se hâta de monter à cheval pour aller visiter la demeure du vainqueur d'Ivry auquel il avait élevé un monument. Napoléon, d'un coup-d'œil, aperçut tous les besoins du pays. Avant de quitter Pau , il signa de nombreux décrets, notamment pour l'ouverture de voies de communication avec l'Espagne, l'endiguement du Gave, l'embellissement des Eaux-Bonnes, l'érection d'une église dans une ville qui avait la honte de n'avoir pas un seul édifice religieux convenable , etc.

Sous la Restauration et depuis la Révolution de Juillet, plusieurs princes du sang parurent au palais de Pau. Le duc d'Angoulême (le 21 décembre 1815 et le 29 mars 1823); la noble fille de Louis XVI (le 28 juin 1824); la duchesse de Berri (le 20 juillet 1828); le duc de Nemours (le 9 juillet 1839); le duc et la duchesse d'Orléans (le

30 août 1839), sont venus tour à tour saluer le berceau de leur race et le palais de leur immortel aïeul. Ces augustes voyageurs ont laissé des souvenirs de leur passage. Madame la duchesse d'Angoulême, avant d'entrer dans la ville, voulut voir la modeste maison où Henri IV fut nourri à Billère. Elle s'y rendit à pied et sans être annoncée Ayant appris, quelque temps après, que les Lassensàa, descendants de la nourrice du bon roi , allaient être dépossédés de leur ancien patrimoine , la princesse en fit elle-même l'acquisition, afin que la chaumière ou s'écoula la tendre enfance d'Henri fût aussi religieusement conservée que le palais où il reçut le jour.

Le duc de Montpensier, à la fin d'août 1843, donna dans les salles magnifiquement restaurées du château, une fête royale, en l'honneur d'Henri IV, dont la statue enfin était inaugurée sur une place de sa ville natale. Le vieux palais n'avait pas retenti du bruit des réjouissances publiques depuis 1787 , époque du retour du Parlement de l'exil. Le duc et la duchesse de Nemours ( le 22 août 1845 ), le duc et la duchesse de Montpensier (le 28 octobre 1846) ont aussi habité les grands appartements.

Dirai-je les illustres personnages de la France et des divers pays du monde qui, en se rendant aux eaux des Pyrénées, se sont arrêtés à Pau pour visiter la demeure d'Henri IV : Chateaubriand, Lamartine , Casimir Delavigne, Rossini, Rachel, etc. .? Mais qui pourrait essayer de compter tout ce que nous avons vu, dans nos murs, de célébrités contemporaines, soit dans les lettres et les arts, soit dans la magistrature , dans l'armée, dans la diplomatie et dans la politique?

Il est cependant des noms augustes envers lesquels un oubli ne serait pas excusable, parce qu'ils ont ajouté aux souvenirs du château celui de leur passage . S. A. R. le duc de Glocester (le 15 août 1819); la reine d'Espagne (le 29 septembre 1819); S. A. R. le prince Maximilien de Saxe et la princesse Amélie sa fille (le 20 novembre 1824);

S. A. R. le prince Georges de Prusse (septembre 1849); presque tous les princes de la maison d'Espagne. En 1830, le château reçut une visite royale. LL. MM. Siciliennes firent un pieux pèlerinage au manoir d'Henri IV, et l'accueil si bienveillant que Ferdinand II a fait à mon modeste ouvrage sur le berceau de ses ancêtres prouve l'intérêt qu'il conservait au souvenir de son origine béarnaise.

Un jour, une jeune et belle étrangère vint visiter le palais de Pau. En admirant ce gothique édifice, en parcourant ses salles décorées avec art, elle regardait comme une personne qui sait voir et apprécier ce qui est réellement bien. Son crayon saisissait les détails curieux et elle se proposait de les faire reproduire dans quelque manoir de ses ancêtres. Cette noble inconnue a reparu à Pau peu de temps après, mais le front ceint du diadème ; c'était l'Impératrice Eugénie. Ici, elle était chez elle. Le vieux castel des Marguerite a cru revoir une de ses gracieuses princesses qui lui ont laissé, après tant de siècles, un doux reflet de leur gloire. L'empereur Napoléon III' est le premier souverain français qui ait logé au château depuis Louis XIII. C'est là qu'il a offert l'hospitalité, pendant l'hiver de 1857, à des hôtes dignes de ces lieux, S. A. R. la princesse Marie de Bade, et le duc d'Hamilton.

Parmi les visiteurs , j'allais nommer Abd-el-Kader; mais s'il fut traité comme l'hôte de la France , il n'oublia jamais qu'il n'en était que le captif.

Passons des récits de gloire et de grandeur à des souvenirs de crimes et de deuil. Parlons des prisonniers du château, dont Abd-el-Kader, je l'espère, aura clos la liste pour toujours.

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