‹ Le château de PauChapitre 20 sur 33 · ORIGINE ET CARACTÈRE DES DIVERSES CONSTRUCTIONS · texte numérisé non relu

ORIGINE ET CARACTÈRE DES DIVERSES CONSTRUCTIONS

Comme nous l'avons dit , le château , fondé au xe ou au xie siècle , fut agrandi et embelli par Gaston Phébus, en 1376; par Gaston de Grailly, en 1460; enfin par Henri II, en 1527.

Les rois de France semblèrent dédaigner le modeste manoir du chef de leur race. Louis XIII acheva la spolia-

tion commencée par Henri IV , et Louis XIV donna ce qui restait du mobilier royal à l'intendant Foucault, pour le récompenser de son zèle contre les protestants , après la révocation de redit de Nantes.

Le 23 janvier 1793 , le ministre de la guerre ordonna que le ci-devant château de Pau serait employé au casernement de gardes nationaux et mis à la disposition des agents militaires. Le citoyen Fogères , commissaire des guerres , reçut les clés pour préparer ce bâtiment à sa nouvelle destination. C'est alors que le palais des rois de Navarre subit les plus tristes dégradations.

Sous la restauration , on se contenta de bâtir quelques loges de portier , et de créer une promenade autour de l'esplanade. L'édifice resta dans un état de délabrement déplorable : la chambre où naquit Henri IV ne pouvait être visitée, faute de plancher! Ce n'est pas que la réparation complète du château n'eût été plusieurs fois réclamée et promise. Un architecte connu (je lui ferai l'honneur de taire son nom), fut chargé de présenter un plan. Il est très-heureux que ce plan n'ait pas été exécuté. L'architecte avait eu la pensée incroyable d'abattre toutes les tours pour reconstruire le bâtiment dans le style florentin. On peut voir ce projet dans un bel album conservé au ministère d'Etat.

Louis-Philippe eut la noble pensée de relever de ses ruines le château du bon Henri et de le restaurer avec magnificence. Les travaux commencèrent enfin en 1838. La liste civile fut généreuse , et les dépenses de constructions s'élevèrent, jusque en 1848, à la somme de 562,899 fr. 42 c Des architectes d'un mérite incontestable dirigèrent les travaux ; et , cependant , qu'il me soit permis d'ajouter aux éloges qui leur sont dûs quelques critiques qui me semblent fondées.

Le comité des arts près le ministère de l'instruction publique a soutenu des doctrines archéologiques qui devraient avoir force de loi en pareille matière. En fait de

monuments délabrés , il vaut mieux consolider que réparer, réparer que restaurer, restaurer qu'embellir 5 en aucun cas , les adjontions et les suppressions ne sont permises. Les architectes de Louis-Philippe ont pris le contre-pied de ces instructions des maîtres de la science. Au lieu de réparer le château d'Henri IV , ils ont refait un château nouveau qu'Henri TV aurait grand peine à reconnaître , s'il pouvait sortir de sa tombe. Ils ont détruit plusieurs parties du noble édifice; ils en ont dénaturé d'autres. Ils ont voulu astreindre à une certaine symétrie un bâtiment tout irrégulier dans sa conception , et , qui , par cela même , offrait un caractère historique et intéressant sous le rapport de l'art. Il est à regretter qu'on n'ait pas su, en appropriant les appartements à nos usages modernes, conserver des irrégularités qu'on a masquées à l'aide de cloisons, par amour d'une régularité exagérée ; il aurait fallu laisser subsister également les petits escaliers intérieurs , qui produisent souvent un effet si pittoresque , ainsi qu'on peut en voir des exemples dans l'hôtel de Cluny , à Paris , et dans beaucoup d'autres édifices gothiques. Ce que je dis de l'intérieur pourrait , à plus forte raison, s'appliquer à l'ensemble de la décoration extérieure. Lorsqu'on désire entrer dans l'esprit d'un caractère d'architecture, les détails ne suffisent pas. On pourrait faire un monument parfaitement moderne avec des détails gothiques ou romans ; c'est la marche générale de la composition qui forme véritablement le style. Aîhsi , dans l'architecture gothique , ce qui frappe surtout, c'est l'imprévu ; c'est l'absence de certaines lois académiques de symétrie, de lignes qui correspondent entre elles, de parties qui répètent les autres. Si , dans une église gothique , on espaçait également les colonnes , les contre-forts ; si on leur donnait la même hauteur , la même ornementation, on n'aurait plus une église gothique , mais quelque chose de difficile à définir. Il est donc regrettable

qu'on ait cherché à répéter sur la face de l'ouest une tour semblable à celle de Mazères , qu'on ait voulu faire régner sur la face du midi ces longues lignes de corniches qui ne sont pas dans le caractère de l'édifice , et qu'on lui ait ainsi enlevé une grande partie du pittoresque de sa décoration.

Au moment où les travaux étaient poussés avec ardeur, la république de février vint brusquement les suspendre Dès qu'un gouvernement eut succédé à une révolution , ils furent repris avec plus d'activité que jamais. Des architectes d'un rare mérite, MM. Paccard , Tétaz, Couvrechef et Ancelet, ont successivement dirigé les travaux avec une haute intelligence des vrais principes de l'art. M. Piquenot a exécuté avec talent la partie sculpturale ; M. Buzaud , tapissier , a rendu aussi de grands services par les soins continuels qu'il donne aux précieuses tentures.

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