‹ Le château de PauChapitre 21 sur 33 · DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE DE L'EXTÉRIEUR DU CHATEAU · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE DE L'EXTÉRIEUR DU CHATEAU

Situation, — A l'extrémité occidentale de Pau , le château s'élève sur une butte soutenue par des talus autrefois parementés en pierre de taille et maintenant gazonnés. Il termine un plateau et n'est séparé de la ville que par un fossé. La superficie qu'il occupe est d'une longueur de 170m sur une largeur moyenne de 100m. Sa forme est irrégulière , mais ressemble un peu à un triangle dont le sommet serait tronqué.

Au xe siècle , on ne pouvait choisir d'emplacement plus convenable pour un ouvrage fortifié , comme devait l'être , à cette époque , toute demeure seigneuriale. Le plan en était bien conçu pour la défense. Du côté de la

ville , ainsi que nous venons de le dire , le château n'était protégé que par un fossé. Aussi, était-ce là que se dressait la face du donjon, et un peu en arrière le flanc de la tour Montaûset , double obstacle opposé aux entreprises de l'ennemi. Du côté du nord et de l'ouest, les jardins , entourés d'une enceinte crénelée et des eaux du Hédas , offraient des moyens de résistance. Enfin, du côté du midi , des escarpements naturels, baignés par une dérivation des eaux du Gave , rendaient la place presque inaccessible à toute tentative d'assaut. C'est là qu'Henri II fit construire les grands appartements des rois de Navarre.

Fossé. — Du côté de la ville le fossé était large et profond} il avait pour contrescarpe un mur vertical. Partout ailleurs les murs d'enceinte très-élevés étaient baignés par les eaux du Hédas ou du Gave.

Ponts. — Deux ponts-levis existaient jadis. L'un fut démoli en 1824. La partie mobile du tablier était attenante à la porte qui forme maintenant le chevet de la chapelle moderne du château. L'autre pont était jeté du côté des jardins sur le Hédas, à la porte appelée aujourd'hui porte de Corisande, et qui se nommait, il y a peu d'années, porte du pont levis. La partie mobile du tablier a été remplacée par un pont fixe.

Lorsque le castel féodal eut perdu tout le caractère de place de guerre et qu'il eut pris le titre de Château royal, Louis XIII voulut en rendre les abords plus commodes : au lieu de passages étroits, faciles à garder et à intercepter, comme les ponts-levis du moyen-âge, il fit construire le pont qui sert maintenant d'entrée principale, et qui joint le palais à la ville. Il est formé d'une large arcade cintrée, pittoresquement couverte de lierres et de jasmins pendants sur l'ancien fossé métamorphosé en charmante promenade.

Louis-Philippe fit construire en 1838 un autre pont qui, traversant la route de Jurançon comme un arc de

triomphe, conduit à la Basse-Plante et au Parc. Il est à désirer que ce pont gracieux reçoive les sculptures qui devaient le décorer.

Portes. — Une seule porte donnait primitivement entrée dans l'intérieur du bâtiment. Elle était cintrée et s'ouvrait entre l'aîle méridionale et le donjon qui la défendait. On n'y parvenait qu'après avoir traversé un passage étroit, aujourd'hui démoli, et six portes ogivales bien défendues. On remarquait à l'une d'elles la coulisse où glissait la herse qui fut enlevée en 1793.

Il existe aujourd'hui trois portes extérieures : celle qui donne entrée dans la cour d'honneur , celle de la côte de St-Martin et la porte de Corisande. Du temps d'Henri IV, afin d'avoir avec la ville, des communications plus faciles, on jeta un pont-levis devant le donjon. Cette porte qui fait l'ornement de la chapelle, est en marbre gris dans le style de la fin de la Renaissance. Elle est composée de deux ordres superposés. L'ordre dorique du bas encadre la baie de l'entrée, dont l'arcade est en plein-cintre. L'ordre ionique reçoit une table saillante sur laquelle on voit les traces de cette inscription aujourd'hui presque entièrement effacée :

Henricvs dei gratia

Christianissimvs rex francle

Navarre tertivs dominvs,

supremvs bearm.

Tours. — Le château était flanqué d'un donjon et de trois tours principales destinées, comme dans la plupart des constructions militaires du moyen-âge, à protéger les angles de l'enceinte plus exposés que les fronts. Ces trois tours sont verticales et carrées : elles ont chacune un nom particulier. La tour Montaûset est située au nord-est : elle est vis-à-vis la porte d'entrée qu'elle défendait. Elle a une base rectangulaire de llm 70e de façade sur 7m 40e de profondeur. Sa hauteur , est de

33m 50e. Les murs, dont le revêtement est en fort moellon , ont 2m 50e d'épaisseur. Montauset signifie en béarnais : monte oiseau. Cette pittoresque étymologie provient de l'absence de tout escalier. Dans cette haute tour, comme dans un grand nombre de celles du moyenâge, l'escalier était remplacé par des échelles que l'on retirait après soi. Cette précaution donnait plus de sûreté à la garnison, et rendait l'entrée plus difficile à l'ennemi. C'est le baron de Capdeville , commandant du château, qui fit pratiquer, en 1722, une ouverture dans les murailles, afin d'utiliser le rez-de-chaussée pour une remise. Toutes les fenêtres, excepté celles du haut, ont été ouvertes récemment. Au troisième étage, on a découvert dans l'épaisseur du mur un escalier étroit et obscur qui conduit au sommet, et par lequel deux hommes ne peuvent passer de front.

La tour de Bilhères est ainsi nommée, parce qu'elle regarde le village où le bon Henri fut nourri dans la maison de Lassensàa. Cette tour a la forme d'un carré parfait de 6m 70e de côté; sa hauteur est de 30m. Elle flanque le château au nord-ouest. Ce n'est qu'au quatrième étage qu'on remarquait l'existence des cheminées. Ce fait a paru étrange à quelques écrivains; il s'explique facilement par la coutume pratiquée au moyen-âge, de réserver les étages supérieurs au logement des chefs. On aperçoit encore dans le mur les traces de l'escalier primitif qui fit place ensuite à un escalier plus large.

À côté de la tour de Bilhères fut bâtie, sous Louis- Philippe, une tour absolument semblable à celle de Mazères. Celle-ci doit son nom à sa direction vers le château de Mazères, cher aux princes du Béarn. Les dimensions des côtés de la tour de Mazères et son élévation sont égales à celles de la tour de Bilhères. Des cheminées cachent d'anciennes portes de communication avec les courtines. Ces modifications datent sans doute de 1550, époque à laquelle cette tour fit partie des appartements

royaux. Un lanternon surmonte soq escalier de pierre en vis à noyau plein. Une petite tourelle, connue depuis longtemps sous le nom de cabinet de la reine Jeanne, s'écroula avant 1814, fut relevée en 1818 et démolie en

Créneaux, plates-formes , toits. — Des créneaux rectangulaires couronnent les tours. Ils sont peu nombreux. Us ont été en partie bouchés ou diminués de largeur lorsque l'invention de l'artillerie vint modifier le système de la défense.

Toutes les tours sont défendues par des mâchicoulis ; les arcs, qui unissent les consoles et qui forment l'ouverture des mâchicoulis, sont généralement à plein cintre 5 cependant, on en remarque plusieurs du XVe siècle en accolade. Sans doute, par là on pouvait faire tomber sur les assiégeants une pluie d'eau bouillante, de sables brûlants, de pierres ou d'autres projectiles meurtriers; mais, grâce à leur forme élégante, ces mâchicoulis étaient pour l'édifice une décoration autant qu'un moyen de défense.

Les mâchicoulis qui couronnent le donjon sont modernes; les corbeaux en pierre qui les supportent sont seuls anciens ; il est probable qu'en temps de guerre on établissait sur ces corbeaux des hourds ou mâchicoulis en bois, système de défense plus fréquemment employé au moyen-âge. Le crénelage qui forme la partie supérieure de la tour est de M. Lefranc, architecte; c'est sans contredit une des parties de la restauration qui lui font le plus d'honneur, quoique le couronnement de la petite tourelle, située au-dessus de la plate-forme, ne s'harmonise pas bien avec les créneaux du donjon et ne semble pas achevé. Les toits ne sont pas tous semblables. Celui du donjon a disparu, emporté par une tempête qui fit à Pau de grands ravages en 1820. Le comble de la tour Montauzet a 9m de hauteur; sa base est rectangulaire. Le faîte en est long de 6m 50e et surmonté de deux poinçons en plomb. Le toit de la tour de Bilhères se termine en pointe et n'a qu'une

girouette. Celui de la tour de Mazères a un faîtage d'environ lm 80e et deux girouettes.

Courtines. — Il ne reste presque plus rien des courtines primitivement destinées à relier les tours qui existent et les bâtiments qui ont disparu. Elles ont successivement fait place à des constructions nouvelles , à mesure que le château , devenu résidence royale, s'embellissait et s'agrandissait aux dépens des fortifications. Au-dessus de la porte principale qui ouvrait dans la cour intérieure, j'avais remarqué que les vieux murs, récemment abattus , étaient décorés de trois rangées d'énormes billettes romanes. C'est un caractère de plus à ajouter à ceux que notre description signale, pour établir la preuve archéologique de l'existence du château antérieurement à Gaston Phébus.

Une galerie de mâchicoulis , placée au premier étage de l'aile méridionale , et un chemin de ronde percé dans la profondeur des murailles , indiquent assez que Henri II se servit de vieilles courtines qu'il suréleva pour y bâtir ses appartements royaux. Au nord de l'édifice, on remarquait un escalier couvert , fort étroit , qui descendait sous le revêtement en pierre du talus et qui s'enfonçait en terre pour aller aboutir au pied du grand mur d'enceinte extérieur. Enfin, en face de la ville s'élevait un bâtiment ou siégeait la chancellerie. Ces ignobles constructions ont fait place à la façade nouvelle.

Fenêtres, meurtrières. — Les tours , autrefois éclairées par des meurtrières , étaient presque entièrement dépourvues de fenêtres, excepté du côté de la cour intérieure. Si l'on examine avec attention des petites ouvertures trilobées , qui existaient primitivement au donjon et qui plus tard furent fermées; si l'on considère ailleurs des fenêtres rectangulaires, divisées dans le sens de leur hauteur en deux baies égales, on reconnaîtra les traces nombreuses de roman, le style évident des cons-

tructions premières ; dans les embrasures de plusieurs fenêtres régnent des bancs de pierre de chaque côté : c'était la place ordinaire des gardes ou des soldats de la tour, au moyen-âge. Les fenêtres les plus ornées, les plus nombreuses, sont carrées avec meneaux en croix, et datent de la Renaissance. Les lucarnes, selon le style de la seconde moitié du XVe siècle, sont très élégantes : elles sont à croisillon. Elles ont été complètement restaurées en 1858. Les meurtrières n'offrent rien de remarquable. Leur forme semblerait indiquer des archères. Elles ne présentent dans leurs fentes verticales, étroites à Texterieur, aucune fente horizontale, aucun trou circulaire disposé pour le tir de l'arbalète ou de l'arme à feu.

Cours. — Le château avait deux cours. Au bas du donjon, dit l'abbé d'Expilly, est le corps-de-garde, et audessus la chambre du trésor, où sont les archives. « Au » sortir de là, on descend à un endroit appelé la basse- » cour du château , où il y a douze maisons, qui ont * été données à des particuliers. » Ces masures furent démolies en 1807, L'ancienne basse-cour fut plantée, en 1826, d'allées d'arbres qui forment aujourd'hui une jolie promenade. Les vieux remparts ont été abaissés afin de ne point gêner la vue.

Une des parties les plus intéressantes de l'édifice est, sans contredit, la cour intérieure, la cour d'honneur. Le motif du milieu est très remarquable par l'originalité du style, et mérite d'être cité comme une des plus agréables décorations de la Renaissance. Des médaillons restaurés représentent des figures de fantaisie qu'on avait prises à tort pour les portraits de nos souverains du Réarn.

Les tableaux et les encadrements des fenêtres et des portes sont ornées des plus gracieuses arabesques. J'avais répété, d'après plusieurs auteurs que ces charmantes sculptures étaient 1 œuvre d'artistes italiens, que Marguerite de Valois avait fait venir lorsque, après son mariage avec le roi de Navarre, elle présidait à la restauration du châ-

teau. En examinant plus sérieusement le style de ces sculptures, je crois qu'il faut les attribuer à des artistes français. Peut-être François Ier envoya-t-il à sa sœur quelques uns de ces merveilleux artistes qui décoraient alors les châteaux de Blois, de Chambord et de Chenonceaux. Le travail des ornements de l'extérieur et de l'intérieur accuse l'emploi simultané d'un grand nombre d'ouvriers. Les arabesques n'ont d'autre origine que le caprice de chaque sculpteur. Les pierres, une fois sorties de mains plus ou moins habiles, étaient posées les unes sur les autres. La même idée, le même ciseau ne se remarque pas dans la même ornementation. M. Piquenot, a réparé avec un goût digne d'éloges l'œuvre mutilée du XVIe siècle. Habile imitateur du style des anciens maîtres, il a rivalisé avec eux en faisant ressortir leur travail; et lorsqu'il a dû créer des ornements nouveaux, il a su approprier ses dessins à leur destination, ainsi que le témoignent les grandes portes intérieures de la salle à manger et de belles cheminées du premier étage.

Donjon. — Le donjon consiste dans une tour beaucoup plus élevée , beaucoup plus forte que les autres : on la nomme la tour de Gaston Phébus. Ce n'est pas que ce prince en soit le fondateur : de son temps , on ne bâtissait guère des tours de cette dimension ; mais il répara , il acheva ce qu'il appelait la tour de tuile. Cette tour, en effet, est toute en briques. Sa hauteur, à l'ouest, est de 33 mètres environ ; au sud de 34 mètres 50 centimètres , et à l'est de 34 mètres 90 centimètres ; elle n'a plus de comble. L'épaisseur des murs est de 2 mètres 80 centimètres. Les faces du donjon , du côté de l'est et de l'ouest, sont soutenues par des contreforts qui s'élèvent presque jusqu'à la hauteur des mâchicoulis $ ils présentent cette particularité , qu'au lieu d'être placés aux angles de la tour, ainsi que la construction doit naturellement l'exiger, ils sont placés au milieu des faces, sans que rien puisse faire apprécier pourquoi les faces

sud et nord en ont été privées. Le vieil escalier a été remplacé par un escalier moderne; des chambres commodes et bien décorées ont été faites dans les divers étages.

Souterrain , Puits , Citernes. — Le château renferme un souterrain profond. D'après la tradition, il était d'une longueur fabuleuse , et débouchait à Lescar, c'est-à-dire à 7 kilomètres. En 1828 > on voulut y descendre , mais les décombres qui l'obstruaient auraient exigé de grands frais si on eût poussé l'exploration un peu loin, et on y renonça. Dix ans plus tard, lorsqu'on a contruit le pont qui joint ie château à la Basse-Plante , au lieu de visiter le souterrain mystérieux qui existait sous le terreplein , on en a fermé l'entrée par des travaux de maçonnerie servant d'appui à l'une des piles du nouveau pont.

Les forteresses ont besoin d'être approvisionnées d'eau. Celle de Pau avait une citerne et un puits. La citerne se trouve dans l'esplanade. Elle est à ciel ouvert, assez vaste et assez profonde. Elle est alimentée par une source naturelle : on y descend par un petit escalier en pierre. Dans la cour d'honneur existe un puits contemporain des constructions primitives. 11 a 68m environ de profondeur, et la hauteur moyenne de ses eaux dépasse 30 m. Son diamètre est de 2m 38 e. Il a été curé en 1855 et extérieurement fermé.

S ni.

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