DESCRIPTION DE L'INTÉRIEUR
L'ameublement du château de Pau ne pourra être complété qu'avec le temps. On a déjà rassemblé dans ses vastes salles une belle collection de meubles contem-
porains d'Henri IV. J'ai cru qu'une description, pour être utile aux visiteurs , devait être rapide comme leur passage, afin que l'œil puisse facilement passer de l'objet qu'il admire à la page qui en signale les détails.
Je n'imiterai pas un auteur qui décrit minutieusement des meubles récemment fabriqués sur des modèles anciens , des tentures de satin jaune-clair broché , qu'on a eu le bon goût déjà d'enlever, et les moindres ligures des tapisseries connues , tandis qu'il ne dit rien des tapisseries inédites, comme celle de St- Jean , par exemple. Je n'indiquerai que ce qui m'a paru le plus digne de fixer l'attention sous le rapport de l'antiquité , de Fart, ou des souvenirs. Je parcourrai les pièces dans l'ordre que l'on fait suivre aux visiteurs.
Entrons par une petite porte placée à droite, au fond de la cour d'honneur.
Le salon d'attente n'a de remarquable qu'une voûte à nervure. Toutes les cheminées , toutes les décorations sculpturales , que je ne signalerai pas d'une manière particulière , seront l'œuvre du ciseau habile de M. Piquenot.
Salle a manger des Princes. — Rien d'ancien. Deux statues colossales en carton-pierre, représentant Henri IV et Sully.
Grande salle a manger. — C'est dans cette vaste salle que se réunirent autrefois les Etats du pays ! C'est là que le pâtre ossalois venait s'asseoir à côté des douze barons du Béarn ! Dans ces lieux où retentirent si longtemps d'éloquentes voix défendant les libertés et l'indépendance de nos pères , la Révolution plaça d'ignobles écuries !
Cette salle , d'une longueur de 26 mètres et d'une largeur de 11 mètres, est aujourd'hui richement ornée. Les magnifiques tapisseries qui couvrent les murs sont de Flandre, du XVIe siècle; elles furent faites pour le château de Madrid , près de Paris , par ordre de François Ier. Elles sont divisées en onze compartiments, représentant des scènes de chasse , et les mois de juin ,
de septembre, de novembre et de décembre. Une immense table occupe le milieu de la pièce. On y a donné des banquets de cent couverts. Cette salle avait autrefois deux grandes cheminées : Tune a été ouverte et on y a pratiqué une porte ; l'autre attend l'établissement d'un calorifère et se trouve masquée par une statue. Cette statue d'Henri IV fut exécutée , en 1625 , par Francheville, sculpteur de Louis XIII. Elle était ornée autrefois de bas-reliefs représentant la bataille d'Ivry. Sauvée , pendant la Révolution , par M. Lenoir , elle fut déposée au musée des Petits-Augustins , et passa ensuite dans la galerie du duc d'Orléans. Elle fut donnée par Louis XVIII, en 1819, au château de Pau. Elle est, dit-on, d'une ressemblance frappante; c'est ce que M. Lenoir a vérifié lorsque les profanations des tombeaux de Saint-Denis , en 1793, permirent de revoir les traits non altérés du bon roi , outragé d'une manière impie après deux siècles de sépulture.
La profondeur des murailles ne doit pas étonner. Dans leur épaisseur existe toujours l'ancien chemin de ronde. 11 sert aujourd'hui de communication aux cuisines souterraines, qui étaient autrefois des caves mal éclairées.
Grand escalier. — L'escalier principal est d'un goût d'architecture admirable. Il a une largeur de 2ra 65 e. Ses marches sont droites et au nombre de cent sept. Les arcs des voûtes varient de forme à chaque palier. L'arc est tour à tour ogival , tiers point , plein-cintre surbaissé , plein cintre , etc. Les voûtes, richement ornées de motifs différents, représentent des caissons carrés à feuilles, des nervures croisées à clés de voûte , des nervures losangées , circulaires, prismatiques, polygonales et sphériques , variant à chaque palier. Dans les frises ou platesbandes, on voit des H et des M enlacés : ce sont les initiales d'Henri II et de Marguerite de Valois , qui ont restauré le château. Au haut du premier palier, on lit
au fond de deux culs-de-lampes de colonnes, H. S. R. S. M. S. R. Ce qu'on prend pour des S n'est qu'un signe séparatif, et il faut lire Henri Roi Marguerite Reine.
Parmi les médaillons qui décorent les clés de voûte , on admire surtout une tête de femme ou de chimère , et Técusson complet des diverses seigneuries et alliances des rois de Navarre.
Toutes les sculptures sont anciennes : elles ont été réparées par M. Piquenot avec un rare talent. Cet habile artiste a exécuté, d'après les dessins de M. Lefranc. la troisième voûte qui , au rez-de-chaussée , conduit à un passage pour le service, et au premier étage à la tour de Gaston.
D'après l'avis des hommes spéciaux , l'escalier du château de Pau, par la beauté de ses compartiments , ne le cède à aucun des exemples que l'on puisse citer dans les autres palais de la Renaissance.